MADAME DE MAINÏENON ET LES DÉBUTS DE L'AFFAIRE
Vus de loin, en bloc, et résumés en deux pages, les débuis de l'histoire du quiétisme semblent un défi à la prudence et au bon sens. Cette visionnaire, à peine sortie de prison, que tant d'ennemis poursuivent encore, Fénelon, Beauvilliers, Chevreuse, tout le groupe qui va demain se réunir autour des jeunes princes, s'ouvre à elle et accepte sa direction. La folle aventure! Oui, s'il vous plaît de retenir uniquement les menus incidents qui prêtent à rire, si vous poussez jusqu'à la plus niaise sottise la candeur de Fénelon et de ses amis. Non, si vous avez le sens de l'histoire, la petite flamme d'imagination qui brûle les abstractions des professeurs et ressuscite les morts.
On oublie toujours qu'ils ne manquaient pas d'esprit, ou plutôt, on ne s'en souvient que pour leui
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reprocher d'en avoir eu trop. Méditez ce paradoxe. Voilà un groupe haut placé, puissant, redoutable et, par suite, très jalousé et très surveillé. Imaginez-les ridicules, môme pour un instant; ils auraient été perdus. Que la Cour s'amuse d'eux, leur disgrâce est certaine et foudroyante. Or que voyons-nous ? Pendant trois ou quatre ans, leur pouvoir ne cesse de grandir. Alors M""' de Maintenon les abandonne. Les politiques ne les connaissent plus. Quiconque guette une faveur, leur tourne le dos. Néanmoins ils gardent leur prestige. On rit bien, en 1698, Bossuet aidant, mais sans allégresse et pour trois semaines. Ce n'est pas l'éclat spontané, vainqueur, le rire qui tue, mais le rire maussade, contraint, honteux, des mauvais plaisants, des envieux et des lâches. Aussi bien, il n'y a pas de quoi. A la vérité, toutes les scènes d'intimité présentent facilement quelque chose de ridicule à qui n'est pas de la maison; les intimités religieuses plus encore, à qui n'a qu'une âme basse. Fénelon, Chevreuseet les autres, moqueurs s'ils le voulaient, savent bien que M™" Guyon à certaines minutes, est quelque peu bizarre. Mais ils la tiennent pour sainte et à une sainte on pardonne tout. On fait plus. On se plie à ses manies ingénues, on porte bravement les petits surnoms qu'elle donne, avec d'autant moins de répugnance que ces menus enfantillages s'harmonisent davantage avec l'esprit d'enfance qu'elle prêche et dont tout le groupe a vraiment besoin. Nous les connaissons, les uns raisonneurs, portés au scrupule, les autres, Fénelon en tête, découragés par la sécheresse de leur prière. A sa f iron qui n'est pas si mauvaise puisque enfin elle a
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réussi, M"" Guy on leur dilate le cœur à tous, elle les guérit de ces retours alarmés sur eux-mêmes, elle les rassure et les atfranchit.
!;int«rieur, leur dit-elle, n'est pas une place forte qui se prenne piu* le canon et par la violence ; c'est un royaume de paix, qui se possède par l'amour... Dieu ne demande rien d'extraordinaire ni de trop diflicile : au contraire, un procédé tout simple et enfantin lui plaît extrêmement. Tout ce qu'il y a de plus grand dans la religion est ce qu'il ya de plus aisé ».
Et tout cela — n'en croyez pas les manuels scolaires — tout cela, sans plu^ de fracas. Rien là qui ressemble à la conversion retentissante d'un Rancé ou d'un Conti. On ne court pas au désert, on ne tracasse pas les comédiens, on ne déclame pas sur le pur amour dans le salon des glaces. Rien de nouveau. Il n*y a qu'une amie de plus dans le salon de la duchesse de Beauvilliers. Les gazettes et les « nouvelles ecclésiastiques » n'ont pas appris au monde que Tabbé de Fénelon venait de changer de méthode d'oraison. Ce sont gens prudents et qui ne parlent de choses intimes qu'à portes fermées. Goûtduromanesque, cette discrétion, comme le croit M. Masson? non, simple bon sens. Pas plus que l'amour humain, le pur amour ne s'affiche. Après comme avant cette « prodigieuse séduction », Fénelon reste ce qu'il était, ce qu*il sera toujours. « Beaucoup de vivacité, de courtoisie, de gaieté même. Il rit et cause volontiers sans façon »* Croyez-en la Palatine à laquelle, je vous assure, Fénelon n*a jamais prêté le Moyen court,