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Ledieu, 1, pp

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héroïque qui ayant accepté la terrible mission de le distraire et de le défendre n'a jamais plié, du moins en présence du monarque, sous le faix d'une pareille corvée. Je la plains du fond du cœur et je l'admire parce (jue je suis persuadé qu'en veillant sur son propre honneur, elle pensait davantage encore peutêtre à l'àme du roi.

Quoiqu'il en soit, la succession de cette femme pouvait s'ouvrir d'un moment à l'autre. Jusqu'aux fôtes deCompiègne(1698)qui scellèrent son triomphe définitif, plusieurs Vasthi présomptives ont dû garder l'espoir de détrôner la pieuse Esther. Suis-je téméraire? Soit. M*"* de Maintenon, dès 1692, n'a plus à craindre de rivale, mais qui lui promet qu'elle gardera son empire des premiers jours, cette influence qu'elle a voulu très sincèrement mettre au service de la France et de l'Église? Or, ne voilà-t-il pas qu'en se déclarant pour une femme suspecte dont le directeur languit en prison, elle-même fait imprudemment le jeu de ses adversaires? Changez un mot au cas de conscience que je rappelais tantôt et qui circulait en J693 : le roi peut-il permettre à sa femme d'encourager les quiétistes? On a sûrement chuchoté de la sorte. M""' de Maintenon a l'oreille fine. Elle se voit à deux doigts de sa perte. Elle prend peur. Elle coupe d'un geste brusque les liens qui l'attachaient à M™' Guyon et pour que la volte-face ait son plein effet, pour que le public ne souligne pas le contraste entre ceux qui abandonnent la quiétiste et ceux qui lui restent fidèles, elle veut que Fénelon se déprennej avec elle. Elle prie M. de Meaux de l'aider à atteindre] ce but. Ils échouent tous deux. Alors, renonçant!

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à convertir Fénelon, M'"" de Maintenon se décide à le perdre; elle le livre à Bossuet.

Il y a plus. Cette institutrice quasi couronnée tient àSaint-Gyr comme à la prunelle de ses yeux. ASaint- Cyr, comme à Versailles, elle se heurte à M'^^Guyon. Saint-Gyr, moitié couvent, moitié ruche pédagogique, image fidèle de M""' de Maintenon. L'apôtre du pur amour est venue souvent dans cette maison modèle. On nel'a certainement pas appelée pour reviser les programmes scolaires, mais pour rasséréner celles des maîtresses dont la vocation chancelait parfois et que le règlement faisait souffrir. Nouvelle imprudence. Il y avait là notamment une femme délicieuse, la spirituelle chanoinesse de Lorraine, M"*' de La Maisonfort, jeune, aimante, capricieuse, infiniment séduisante, un« de celles enfin que M""" de Maintenon ne pouvait goûter longtemps. L'explosion se produisit, à la grande colère de l'institutrice. Une longue traînée d'horreur accompagne cet événement dans les souvenirs disciplinés des religieuses. Qu'y at-il eu? Deux ou trois incartades un peu vives, mais si courtes! de M"** de La Maisonfort, deux mots piquants à l'adresse d'une de ces dames plus rigides, les rieuses du côté où était le charme, la règle ébranlée pour quelques secondes, une tempête dans un verre d'eau. Assurément le pur amour n'avait rien à voir dans ces peccadilles de couvent. Bossuet lui-même n'a pas tenu rigueur au prétendu quiétisme de la rebelle qui, dans un moment d'impatience ou d'ironie, aura nargué la sainte règle avec quelque phrase du Moyeïi Court. Mais la souveraine n'entendait pas qu'on plaisantât sur ces choses. On discute la règle

en invoquant M'"° Guyon ou Fénelon. Fénelon et M-'Guyon sont perdus ^

Presque reine, institutrice, M'"" de Maintenon est enfin et surtout une dévote, très sincère et très tervente, mais à courte vue et sans noblesse. Fénelon ne s*est pas fait trop d'illusions sur elle. 11 a cru pourtant qu'on pouvait l'élever au renoncement et à la générosité de la voie royale. Il s'est trompé. Dans le petit groupe que nous avons dit, M""' de Maintenon fait figure de parvenue. Elle s'applique à prendre

1. Qu'oa ne dise pas que je m'amuse, qu'on dise plutôt que nos professeurs ne s'amusent pas assez. A les voir prendre au tragique un événement aussi ridicule, on croirait qu'ils n'ont jamais mis les pieds — je ne dis pas dans un couvent — nous le savions — mais dans un pensionnat quelconque. Songez que Phélipeaux luimême, en dépit de tous ses efforts pour nous émouvoir, confirme de point en point la traduction que je propose, « La Maisonfort — écrit-il, car il ne pèche pas par excès de galanterie — pleine des maximes de l'abbé de Fénelon, ne pouvait se contenir ni déguiser ses sentiments. Elle dit un Jour publiquement qu'il ne fallait se gêner en rien, qu'il fallait s'oublier et ne jamais faire de retour sur soi-même. Ces discours jetèrent le trouble dans l'esprit de plusieurs filles. » Relation, I, p. 46. La belle affaire ! Notez que pour réfuter les bons mots de cette jeune femme, on a mobilisé deux évêques. Godet des Marais, d'un côté, Bossuet de l'autre, madame de Maintenon au milieu, la théologie, le sceptre et le génie pour écraser la pauvrette. Elle s'incline, elle pleure, elle ne verra plus M. de Cambrai, elle se confessera à M. de Meaux Ce n'est point assez. On la chasse de Saint-Cyr, on l'exile dans un couvent de Meaux, on brise sa vie. Qu'importe ! Ces beaux yeux qu'avait essuyés Racine, dans les coulisses du théâtre de Saint- Cyr, ne trouvent pas grâce devant les ennemis de Fénelon. Ceux-ci ne comprennent pas, ils ne sentent pas que le crime de cette femme, ce nest pas d'avoir été quiétiste, mais d'avoir eu trop desprit et trop de grâce. Affectueuse, enjouée, aimable, à Meaux comme à Saint-Cyr elle met l'émeute au couvent, parce que tout ce qu'il y a de jeune et de vivant court à elle, au grand scandale des autres. Je vous jure que c'est tout. Mais enfin restez graves, impitoyables, si vous le voulez. Dites que M™» de La Maisonfort menace de ruiner Saint-Cyr ; que nous importe après tout et cela vaut-il la peine qu'on mette aux prises Bossuet et Fénelon ?

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le Ion, elle accepte, ou veut, ou croit accepter les épreuves du noviciat mystique, elle tâche d'aimer la pénétration cruelle, Tàpre franchise do Fénelon. Rien n'y fait. Cela est trop dur et trop haut pour elle. Cette simplicité l'embarrasse, cette doctrine rassurante lui donne de nouveaux scrupules. Fénelon le lui dit, à mots couverts, dans cette divine lettre où il lui demande grâce pour M"*' de La Maisonfort. Je cite cette lettre en soulignant les mots qui visent en réalité M"^" de Maintenon.

Je voudrais bien, madame, réparer le mal que j'ai fait à madame de La Maisonfort. Je comprends que je puis lui en avoir fait beaucoup avec une bonne intention. Elle m'a paru scrupuleuse et tournée à se gêner par mille réflexions subtiles et entortillées ; ce qui paraît nécessaire aux esprits de cette sorte, devient fort mauvais dès qu'on le prend de travers et qu'on ne le prend pas dans toute son étendue et avec tous ses correctifs. Quand vous le jugerez à propos, j'expliquerai à fond... les cas dans lesquels les maximes de mes écrits, quoique vraies et utiles pour certaines gens (et non pas, ou mieux, non plus pour vous, madame} deviennent fausses.

Suit une longue explication qui éclaircit tout. Il conclut par un coup droit.

Il y a, en notre temps des gens qui gâtent ces maximes, parce qu'ils les prennent pour eux, quoiqu'elles ne leur conviennent pas (ceci est pour M"»*^ de la Maisonfort au cas oïl elle aurait dit sérieusement les sottises qu'on lui prête et Fénelon sait bien que non; le reste est pour M™« de Maintenon.) Il y en a d'autres dans une autre extrémité qui, voyant dans les premiers le mauvais usage de ces maximes^ se préviennent contre les maximes mêmes, et, faute d'expérience, poussent trop loin leur zèle avec de saintes intentions^.

Autant lui dire que bien qu'elle ait répété de bouche et avec transports les paroles de M""' Guyon,

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