Correspondance, III, p
■2. Ihid , m, p. 459.
1)2 APOLOGIE POUR FKNELON
IjCS
que le monde est noir dans lequel nous vivons ! L méchants, les lâches et les étourdis — il y a des noms et considérables sous chacune de ces épithètes — affirment le mal avec allégresse : les bons, précisément parce qu'ils sont bons, restent indécis, et par cela môme autorisent les méchants. Qui vengera l'innocence? Qui? M. de Cambrai dont la généreuse obstination vous paraît si ridicule. Qui? M. Tronson luimême, comme je le montrerai bientôt. Du reste, je tiens à rappeler que le supérieur de Saint-Sulpice n'a jamais hésité sur le compte de Fénelon. Tels ou tels endroits des Maximes ont pu lui paraître obscurs, mais je défie bien qu'on trouve une seule ligne de lui Oli il condamne Fénelon ^
1. M. Levesque aurait bien voulu, semble-t-il, trouver cette ligne. Annotant, d'une façon qui ne me semble pas tout à fait impartiale, annotant un précieux inédit de Ledieu, il rencotitre un passage qui — on ne sait vraiment pourquoi — le gêne fort. Confident de Bossuet, Ledieu écrit que « le séminaire de Saint-Sulpice était tout à Fénelon. » Est-ce une honte? Je ne le crois pas. En tout cas ceux qui ont lu le testament de Fénelon seront un peu surpris de voir un sulpicien gêné par ce témoignage. Il n'a pas dit un mot sur plusieurs autres passages de Ledieu qui appelaient une réprimande sévère, mais il ne laissera pas passer cette ligne compromettante. « Ledieu exagère, dit-il ; de ce que Saint-Sulpice était resté en bons termes avec Fénelon, ancien élève de la maison (une excuse, comme vous voyez !) il ne s'ensuit pas que Saint-Sulpice approuvât toutelo. conduite de Fénelon. (Ledieu n'était pas allé si loin). Bossuet contredit ici son secrétaire, dans sa Relation sur le quiétisme, V, 7. « M. Tronson m'a dit lui-môme; il a dit encore à plusieurs personnes ?) et à moi-même, en présence d'irréprochables témoins ,?^ qu'il croyait M. de Cambrai obligé en conscience de condamner les livres de madame Guyoa (oui, Tronson croyait cela, et le croyant il Ta dit à Fénelon qui lui a obéi en les condamnant) et d'abandonner son propre livre; enfin tout était fini, s'il avait voulu passer par son avis ». M. Levesque qui nous a appris lui-même, sur un exemple éclatant, à nous défier de la mémoire de Bossuet sent bien qu'il faut ajouter une preuve meilleure à ce témoignage insuffisant. Voici la preuve : « M. Tronson, le 16 avril 1697, écrivait à Fénelon dans le même sens « Je ne
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D. — L'enqukte de m. de Meaux.
Ici nous rentrons à toutes voiles dans le pittoresque. Le lecteur ne s'en plaindra pas.
M. de Meaux avait donc reçu de M"'" de Maintenon la mission que nous avons dit. Chargé, dès 1693, de convertir Fénelon, et chargé par une femme en qui se reflétait la propre majesté de Louis XIY, il se met à l'œuvre. Pour cela, force lui était hien d'enquêter sur M"" Guyon elle-même. Voici, juste à point, cette dame qui s'offre à l'enquête. Sur le conseil de ses amies, elle demande à M. de Meaux de vouloir bien examiner ses propres écrits, sa doctrine et sa personne. Suis-je bien téméraire en affirmant que d'ores et déjà Bossuet se trouvait suavement enclin à la croire dans l'erreur. M"" de Maintenon le désirait ainsi, et déjà, son propre cœur n'était peut être pas bien « entier » à l'endroit de Fénelon. Enlin et si vous le voulez, surtout, il devait certainement trouver matière à suspicion dans les expériences mystiques, lesquelles étaient pour lui — en ce temps là du moins — un livre fermé. La
puis m'empêcher de vous dire que... je ne crois pas que vous puissiez vous dispenser en conscience de condamner les livres de madame Guyon » Qui nie cela, encore une fois ? Mais pour que t M. Tronson écrivit dans le même sens que Bossuet, il aurait dû dire à Fénelon, dès 1697, d'abandonner les Maximes ». Or, de ce point, qui seul importe, pas un mot dans la lettre de M. Tronson. M. Levesque ajoute : « Si Fénelon eut écouté M. Tronson, (lequel ne lui a pas dit d'abandonner les Maximes) l'aifaire eut été terminée là ». D'où Fénelon porte seul la responsabilité du duel et du Boandale! Nous verrons bien. Cf. Revu9 Bossuet^ SS juilUt i909, pp. 27, 28.
9i AP0L0(ÎIE POUR FÉNELON
preuve en est qu'il pliera insensiblement devant Tautorité des grands spirituels que Fénelon etM°"Guyon vont lui révéler et qu'il finira par admettre comme indiscutables plusieurs principes d'abord énergiquement repoussés par lui. Prévenu, je le répète — et aucun historien sérieux ne me contredira — mais très bon, très paternel, sans aucuneanimosité de fond. M"** Guyon est pour lui une malade, Fénelon un ami séduit, mais encore très cher. Il les traitera tous; deux avec une tendresse un peu rude, avec un patience, parfois, souvent, un peu bouillonnante mai inlassable. Jusqu'à la tin des conférences d'Issy il ne mettra pas notre vénération trop à l'épreuve. Son enquête a dû commencer vers la fin de juillet 1693. Elle se fit d'abord par lettres. Bossuet, très sagement, mit l'enquêtée au secret, à la campagne, lui défendit de voir personne, d'écrire à personne. On accepta la consigne dans le sens où elle avait été donnée, Bossuet n'ignorant pas que M""" Guyon continuait à correspondre avec ses théologiens ordinaires ^
L'aigle et la colombe se rencontrèrent, face à face, le 31 janvier 1694 ^ Curieuse scène, pathétique et plaisante qui, dans la suite, se reproduira tant de fois. L'aigle — l'image est exacte — les ailes lourdes de « toute la tradition », l'œil en feu, les serres tranchantes comme un dilemme, on le voit fondre sur la pauvrette après quelques préliminaires pacifiques.