L., XXVIll, pp
2. Les bénédictins disent le 30 (L., XXVIII, p. 585), mais le postscriptum de la lettre du 30 janvier (L., XXVIII, p. 688) oblige è reculer l'entrevue au moins d un jour.
LES CONFÉRENCES d'iSSY 0?)
Colombe, M""" Guyon, oui encore, mais d'une espèce j très rare, lucide, subtile, obstinée. Soumise de cœur et ! d'esprit, elle entend s'expliquer, se défendre, répondre !à des raisons par des raisons. Visiblement elle m'en- ^ sorcelle, mais enfin je n'arrive pas à trouver scanda- ; leux que cette femme ne consente point à s'avouer , hérétique, aussi longtemps qu'on ne lui aura pas démontré qu'elle l'est en réalité. Est-ce parce qu'elle est femme, est-ce parce qu'il est Bossuet, je ne comprends pas. Rappelez-vous donc les abominations qu'évoquait fatalement dans leur pensée à tous deux, le reproche de quiétisme. Pourquoi n'aurait-elle pas proposé librenient à M. de Meaux les justifications qu'un autre bon théologien, M. Tronson, trouvera bientôt suffisantes et devant lesquelles Bossuet luimôme devra s'incliner? Après tout de quoi s'agit-il? De ses livres, de son langage? elle les condamnera si vous les trouvez condamnables ^ : de sa foi? si elle a conscience de n'avoir pas voulu enseigner les erreurs qu'on lui impute, pourquoi ne le dirait-elle pas? Or, notez bien que c'est là que tout se ramène le plus souvent dans les discussions innombrables qu'elle a soutenues. On veut lui faire reconnaître, non seulement qu'elle s'est exprimée de travers — elle l'admet — mais qu'elle a voulu le plein sens de ses expressions maladroites.
Que s'il y a quelque chose de trop fort dans les expressions, si je mo suis mal expliquée, si je me suis servie de termes
1, « Je consens tout de nouveau qu'on brûle les écrits et qu'on
i censure les livres, n'y prenant nul intérêt ; je l'ai toujours demandé
' la sorte », L., XXVIII, p. 609. Elle ment? Prouvez-le. Dès la
ilamnation, ses amis portèrent le Moyen court à l'archevêque
ae Paris.
outrés, je suis toujours prête d'expliquer sincèrement la vérité (Je ce que j*ai pensé. Qui connaît mon cœur mieux que moi? qui veut juger de ma foi? Lorsque je dis : j'entends cela de cette sorte, pourquoi dire : vous l'entendez autrement i.
Vous ne trouverez pas un seul théologien qui lui donne tort. L'Église ne se reconnaît pas le droit de dire àqui que ce soit : vous l'entendez autrement. Elle juge et condamne le sens naturel d'un livre, elle dit, par exemple, que telle erreur se trouve dans VAugustinus. Mais j'abhorre cette erreur, dit Jansénius. Tant mieux pour vous; répondra l'Eghse. Que Ï3ieu prononce, au dernier jour, sur vos propres intentions dont le secret, fatalement, nous échappe. C'est la règle commune et il est véritablement prodigieux qu'on se soit butté, pendant des années, à vouloir faire dire à cette pauvre femme — pieuse et à qui on permettait l'usage des sacrements — que de cœur et d'esprit elle professait le plus honteux quiétisme ^
Obstinée, c'est bientôt dit. Croit-on, par hasard, que de son côté, Bossuet ne le fut pas ? Lisez attentivement sa correspondance avec M'"' Guyon. Vous serez surpris de remarquer chez cet illustre évèque, si conciliant d'ordinaire, une sorte d'acharnement à ne pas comprendre, à interpréter dans le pire sens la moindre parole d'une femme. Si cette prévention éclate dans ses lettres, très calmes pourtant au début, que ne devait pas être l'impétuosité de l'assaut direct, le fracas de l'aigle étreignant et