‹ Apologie pour FénelonChapitre 49 sur 250 · L. XXVlll · texte numérisé non relu

L. XXVlll

2. 11 faut lire le résumé de la doctrine de madame Guyon» rédigé par Bossuet, F., IX, 88. On comprend alors qu'elle n'ait pas Voulu se reconndtre dans l'abominable miroir qu'on lui préâea< tftit.

LKS CONFÉRKNCES d'iSSY ÎJ7

terrassant la colombe. M"*" Guyon sortait de ces discussions, accablée, à moitié morte, le sang en feu et la tête vacillante. Elle se voyait folle, coupable des outrances les plus absurdes, des rêves les plus délirants.

Vous défendez, lui avait-il dit, par exemple,

comme une infidélité, toute résistance réelle aux tentations les plus abominables.

J'ai dit cela. Monseigneur, et c'est vous — la plus haute lumière de l'Église gallicane — qui avez lu de telles horreurs dans mes livres, et vous, très sage et très bon, vous croyez que j'ai aussi pensé, voulu tout cela. Je n'ai plus rien à répondre. Je voudrais m'abîmer de honte et je tombe, anéantie; à vos pieds.

Je croirai, Monseigneur, de moi tout ce que vous m'ordonnerez d'en croire... Puisque je me suis trompée, j'accuse mon orgueil, ma témérité et ma folie, et je remercie Dieu, Monseigneur, qui vous a inspiré la cliarité de me retirer de mon égarement.

Vous croyez encore, Monseigneur, que je me suis égalée au Pape et à la Sainte Vierge. S'il n'était vrai, vous ne parleriez pas ainsi. Je croyais bien n'avoir voulu que « tirer les âmes de leurs peines », mais vous avez raison sans doute de me croire plus orgueilleuse que Luther.

C'est ma folie qui m'a fait croire toutes ces choses, et Dieu a permis que cela se trouvait vrai dans les âmes (cela, c'està-dire qu'elle ne leur faisait que du bien, comme l'affirme M. Tronson); en sorte que Dieu, en me livrant à lillusion, a permis que tout concourût pour me faire croire ces choses, non en manière réiléchie sur moi, ce que Dieu n'a jamais

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permis, ni que j'aie cru en être meilleure ; mais j'ai mis simplement et sans retour ce que je m'imaginais Je renonce de tout mon cœur à cela. Je ne puis m'ôter les idées, car je n'en ai aucune : ce que je puis est de les désavouer*.

L'imprudente et l'obstinée ! Vous comprenez maintenant que M""' de Maintenon veuille se défaire d'elle. Cet invraisemblable dialogue entre Bossuet et, jyfmo Quyon va se poursuivre encore pendant desj mois et des mois. De guerre lasse, pour la fain taire, on la mettra en prison.

E. — L'enquête de madame de Maintenon.

Fideidefeiisor, tout comme la reine d'Angleterre! — Admirez son zèle. Déjà, pour lui plaire, deux évoques et non des moindres, Godet des Marais et Bossuet, enquêtent sur M"'" Guyon. Vous croiriez, n'est-ce pas, que la femme de Louis XIV n'a plus qu'à attendre en paix le résultat de leur travail, personne ne l'obligeant, que je sache, à relire le Moyen court et à rester fidèle à la direction de Fénelon. Vous ne la connaissez pas. Si elle le pouvait, elle rassemblerait un concile pour exterminer la visionnaire et exorciser M. de Cambrai. Faute de mieux, elle se contente, pour l'instant, d'une sorte de référendum^ enjoignant à une dizaine de théologiens — Bourdaloue était du nombre — de lui dire ce qu'ils pensent de la nouvelle spiritualité. Que veut-elle donc? Oh! si peu de chose...

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