‹ Apologie pour FénelonChapitre 6 sur 250 · DRAMATIS PERSON K · texte numérisé non relu

DRAMATIS PERSON K

cours de toute la controverse, qui ait, par moments, embarrassé Fénelon. C'est une joie de les voir aux prises. Dans la pratique, Tévêque de Chartres se tire comme il peut d'une situation deux fois inextricable. D'une part, étant tout à la fois le directeur et le dirigé de madame de Maintenon, c'est peut-être lui qui l'a mise en garde contre M^^e Quyon et Fénelon, mais c'est elle, en retour, qui l'anime, plus qu'il ne voudrait, à la bataille. D'autre part il se trouve dans le même camp que Bossuet, lequel a donné au débat une ampleur démesurée et bruyante. Godet ne peut pas en conscience et ne veut pas aller si loin. Il se tait, le plus qu'il peut. Mais, quand, par prudence et charité il se défend de répondre à Fénelon, voilà M. de Meaux qui répond pour lui par le moyen de lettres anonymes. De plus il est dès lors très hostile au jansénisme et il doit voir que, dans toute cette afTaire, Port- Royal a partie liée avec les adversaires de Fénelon.

La Rey>'ie, lieutenant de police.

Excellent homme au demeurant, mais fonctionnaire modèle ; l'imagination encore toute chaude de l'afTaire des poisons, la moindre preuve lui ferait prendre madame Guyon et Fénelon en flagrant délit de mystique diabolique. Il ne semble pas très grand théologien, mais M. de Meaux le catéchisera sous les arbres de Versailles.

Le D»' Pirot, censeur.

Souple, grise, lâche et pé'dantesque figure. C'est à lui, ami pourtant de M. de Meaux, que Fénelon a confié l'examen des Maximes. Il approuva le livre, puis, consterné de cette insigne maladresse, le dénonça plus haut que personne. Nous avons son apologie, écrite de sa propre main. Elle est écrasante contre lui ^

Les théologiens de Noailles : Be.\ufort et Boileau.

C'est ce dernier, semble-t-il, aidé de Duguet, qui a rédigé la fameuse instruction pastorale contre Fénelon. On a prêté ce morceau à Racine, mais ce n'est qu'une conjecture en l'air. Boileau ne manque pas de génie. Il joue un rôle important dans les préliminaires de cette histoire, comme l'un des ennemis les plus acharnés de M'"'' Guyon. Il avait été monté contre elle par la fameuse sœur Rosk, aventurière de bas étage qui se donnait pour sainte, qui avait dupé plusieurs

1. Publiée et impitoyablement commentée par M. Urbain {Revue d'histoire littéraire de la France, 15 juillet 1896^

() APOLOGIE POUR FÉNJELON

autrw jaAs^isites, Duguet, le sage et pieux Duguet entre ftutres, et dont madame (iuyon avait devin^'i la perfidie ^ Jpbs n''pandu, tr.ès estimé comme il le méritai,t d'ailleur$, yahhé Boilc.ouu. chevalier de la sœur Rose, allait partout, .décriant M"° Guyon, avec une yioiepce et un.e injustice qui /)t longtemps hausser les épaules à M- de M^aux.

J.E CAHDiNAL Le Camus, évêquc de Grenoble.

Il a sa légende qui ne m'inspire pas une confiance absolue, maisdont je lui laisse le bénélice.Son autorité, qui était grande en ce temps-là, pour diverses raisons, a pesé fortement contre le P. La Combe et M""' -Guyon, qu'il avait rencontrés dans ^on diocèse, et par suite, contre Fénelon. Et cependant, des instances qui lui furent faites, aucune ne le décida à parler clair. Il avance, il se retire et n'osant rien affirmer, il semble du moins vouloir tout iaisser croire.

DoM Innocent le Masson, général des Chartreux.

En sa qualité de biographe de Mg^ d'Aranthon, chez lequel madame Guyon avait séjourné, il est le grand, l'unique témoin contre cette femme. €elle-ci, visiblement irréprochable à Paris, aurait choisi la Savoie comme cadre de ses abominations. Le venimeux Phélipeaux n'a pas d'autre autorité que Dom Innocent. Cette autorité est nulle. La cour d'assises la plus prévenue congédierait un pareil témoin. Sur la vertu de Dom Innocent on ne peut avoir p,ucun doute. M. Tronson l'estimait et c'est tout dire ; mais « c'était un homme crédule qui, dans sa solitude recueillait ftussi avidement les calomnies qu'il les débite pesamment dans ses livres-. » Du reste, rien de plus décevant que ces terribles livres. Ils nous annoncent les pires horreurs et, en fin de compte, ils ne disent rien. Gomme Le Camus, Dom Innocent est « de ceux qui voudraient parler et n'ont rien à dire 3, »

Louis-Alphonse de Valbelle, évêque de Saint-Omer.

Nous verrons ses prouesses au lendemain de la condamnalion de Fénelon. C'est un médiocre, mais il n'est pas mauvais que l'histoire garde le nom des lâches.

t. II est souvent question de la sœur Rose dans l'autobiographie de madame Guyon. Cf. aussi Sainte-Beuve, Por/-Ro^aZ, t. Vï, p. 55-58. Duguet lui-même finit par reconnaître l'imposture.

Page 1