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femme dans l'esprit de M. de Cambrai. Cette étrange comédie a duré des mois et des mois. Comédie, parce que cette froide Hermione n'a pas d'autre passion peut-être que cet orgueil spirituel dont Fénelon avait essayé de la guérir; drame aussi, parce que cette Arsinoë a la main puissante et la rancune tenace. Singulier rôle qu'elle s'est fait, où la candeur se môle à l'adresse, une vague jalousie au zèle et à la piété. Fénelon vient-il à Versailles, elle ne peut pas ne pas lui parler de l'autre, et elle n'en peut parler que pour la détruire. Qui niera que Fénelon fasse une plus noble figure, se refusant à sacrifier à cette dévote couronnée l'honneur d'une autre dévole. Ni folle, ni criminelle, il ne reconnaîtra jamais que M"'*" Guyon ait pensé les abominations qu'on lui prête, encore moins qu'elle les ait vécues. Prodige de séduction, douloureux scandale ! Dans cette rencontre oii sa fortune est en jeu, Fénelon plus soupl* qu'Ulysse à manier les phrases complaisantes qu semblent tout accorder et ne donnent rien, Féneloi répète simplement et obstinément : cette femme es pieuse ; je condamne ses livres, mais pour ce qui es de ses intentions, telles du moins que je les ai con nues, je me porte garant de sa foi et de sa vertu.
Héroïque? Non certes. Quel honnête homme ne s croirait méprisable si, dans une circonstance analogue il n'avait agi comme lui. On ne renie pas un ami e détresse et même si l'on ne partage pas ses idées, or croirait le moment mal choisi pour afficher ces diveij gences. Romanesque? On le dit souvent, et 1« bol public d'éclater de rire à la vue de ces amours myîj tiques. Pour ma part, ni dans la conduite él
I V'iielon, ni dans ses lettres les plus intimes à M Guyon, je ne trouve la moindre trace de ce qui s'.ippelle amour, môme au sens le plus chaste de ce iîkH. Je suis très porté à croire que le lien qui les at lâchait Fun à l'autre était beaucoup moins tendre que Taffection de saint François de Sales pour sainte Jt'anne de Chantai. Je ne parle pas en avocat, puis- (jiio aussi bien parmi ceux qui ont romancé avec plus ou moins de goût cette aventure, il n'est pres- (jtie personne chez qui cette union ait éveillé l'ombre d'un soupçon. Je parle en moraliste et comme tel, je pose aux personnes qui ont le sens du respect et des convenances ce petit problème : êtes-vous bien sûr (ju'entre ces deux femmes, M""" Guyon ait été la plus aiuiée deFénelon? Je croirai plutôt que non.
Je ne veux rien de vous que votre bonté pour moi : je ne puis laisser rompre des liens que Dieu a formés pour lui seul K
C'est à M""' de Maintenon qu'il parle. Vous ne trouverez rien d'aussi tendre dans ses lettres à M""' Guyon. Et cette plainte :
Pourquoi donc vous resserrez-vous le cœur à notre égard, madame, comme si nous étions d'une autre religion que vous? Pourquoi craindre déparier de Dieu avec moi, comme si vous liiez obligée en conscience à fuir la séduction?... Pourquoi défaire ce que Dieu avait fait si visiblement? Je pars avec l'espérance que Dieu qui voit nos cœurs les réunira, mais ivec une douleur inconsolable d'être votre croix 2.
Lui si réservé, si fier, lui qui se livre si peu ! Voici le brisement final. Fénelon quitte Versailles pour toujours (1" août 1697).