‹ Apologie pour FénelonChapitre 64 sur 250 · F., IX, p · texte numérisé non relu

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LA CAMPAGNE CONTINUK 135

Franroîs de Sales. Il l'égale aux extatiques les plus rares, il he voit aiicati de ses ridîttiies, il croît à toutes ses visions, il ëe fait f)ètit devait Si"*" Guyori. Elfe se îtfôrite; ôllë en viéht à p'ôfdre toiitè nnfë^i-ë; elle âcctiëïlle d'abord avec Un resté de scrtipdié, p\il§ à^ec joie, puis, la cHse passée, avec xitie sôuvefathé fiidîfférericè', les fcrtfits lèl pîûs odieux côhtt'é' ^at rivale ^ 11 h'f at {)as d'atiti-è rofna'h dan^ cette affs(îrô

1. Et ceci dès 169o. Le fait est très important. Je fais allusion à rèxtràordîriairè lettre pastorale de l'évèque de Chartres coiitrë M"^* Guyori. Extraordinaire, bien que je la croie dictée par lè zèle le plus pur. Mais enfin, n'est-il pas presque inouï qu'un évêquc foudroie dans un mandement solennel le simple mainiiscrif d'un livré dont il ne peiït juger que stir une copie dont il Ûb sait pas si elle est exacte ou non? Il y a de beaux passages (les Torrenti) et fort utiles dâiis cette ordonnance, nîais la sévérité de Kl de Chattrès paraît bien outrée. 11 est certaiiiénleût plus impitoyable que Bossuet. 11 découpe soit dans les livres, soit dans les manuscrits de Si"» Guyon, un nombre infini de pariées phrases qui, détachées du contexte, prennent le sens le plus abominable. L'auteur le plus orthodoxe ne résisterait pas à une pareille épreuve, mais voici le point où j'en veux venir : « Je h'osefâis approfondir ce qui paraît cache dans l'exposition du cantique... Car que signifient ces derniers renoncements que l'Époux sacré exi^e de l'âme avancée et qu'on ri'explique jamais ». [Actes de là condamnation, ë. lat fin de V instruction de Bossuet, édition 1697, p. cxix). On l'eritend de reste. M Guyon inviterait à mots couverts les fidèles à s'aban- (ionner aux pires infamies. Que M. de Chartres ait cru sincèrement cette fèiïime capable d'ilfle si odieuse perversité, il faut bien le penser: que ce soupçonne fut pas juste, cela me semble plus que sùi\ Mais que dire de M"" de Xlaihtèndû qui â trè:^ certàineniént approuvé cette ordoniïance ? Admise pendant si longtemps à l'intimité de M"" Guyon, comment n"a-t-elle pas supiplié l'évèque mal infofïhé d'eiîacer ce triste passage ? Ôri sait l'imniense prestige qu'elle avait âirx yeux de Godet des Marais. On sait aussi que la dite lettre est datée de Saint- Gyr (21 noveuibre 1695). — Je note en passant que îévèque a cru nécessaire cl'affîriiier à M. Tronson cfu'èfl écrivant cette lettre il Svait eu « borinè intention » ? Pourquoi cette remarque? {Correspondance de Tronson, III, p. 498.) Ajoutons que M. Tronson a approuvé cette lettré... Les bruits calomnieux ont dotic recommencé de plus belle coûtre M"« Guyon. La police était à ses trousses. D'où nouvelles perplexités pour li. Tronson. Que toute cette fiîstoire est cùriéùsf^ !

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et le roman n'est pas plus beau qu'il n'est rare. C'est une aventure de tous les jours. Sœur Cornuau a passe, en tout petit, la pauvrette! par les mêmes transes. Elle a gémi de voir que M. de Meaux lui préférait M*"^ d'Albert. A celle-ci, le prélat vient d'écrire une lettre deux fois plus longue que celle qu'elle en a reçu elle-même. M""' d'Albert est-elle donc plus sainte? Non, mais sans doute sa noblesse a fasciné M. de Meaux. C'est tout ce qu'elle a trouvé dans sa faible tête. Rien de plus commun, et en somme de plus innocent. Il y a du reste, entre ces deux aventures également mesquines, une diffé rence. M"' Cornuau n'a pas épousé le roi de France Sa chétive détresse ne divisera pas TEglise.

Du reste, que l'on prenne mes petites psych(dogies pour ce qu'elles valent. Il faut essayer de se rendre compte du pourquoi des cboses, mais expliqué ou non, le fait est constant. Dès 1693, madame de Maintenon charge Bossuet et d'autres agents à elle de désengouer Fénelon. Mécontente du résultat obtenu — c'est-à-dire du traité d'Issy — elle prend la place de ses agents (1695-1696). Il n'est donc pas exact que l'histoire de l'année dite critique se réduise à l'activité du seul Fénelon. Celui-ci n'intervient, au contraire, que pour se défendre, que pour résister à une pression qu'il a certes le droit de trouver indiscrète, à des exigences que rien ne justifie. Bossuet, Noailles, Tronsonlui ayant délivré un sauf-conduit, Rome seule avait le droit de reprendre les poursuites contre l'archevêque de Cambrai.

Un autre fait est constant. Des menées obscures veulent la disgrâce de Fénelon. Loin de se relâcher

au lendemain des conférences d'fssy, les conspirateurs mystérieux continuent de plus belle leurs machinations et leurs dangereux commérages. Ces deux certitudes se lient. Sans le vacarme antiquiéliste, M"" deMaintenon, si fort compromise par ses propres t. relations avec le petit groupe, aurait montré moins \i de zèle à se déprendre elle-même et à déprendre l Fénelon. Tout le reste est conjecture. Qu'on nous l propose une explication plus vraisemblable, et t j'abandonnerai la mienne. Qui ne voit au demeurant que la solution de ces menus problèmes n'intéresse à aucun titre la défense de Fénelon?

GïiAt>lTRÈ X

Après M"*" de Maintenon, prise de gré ou de force dans l'engrenage du complot contre Fénelon, nous allons voir M. de Meaux se précipiter dans cet engrenage. La roue en tournera sans doute plus vite, et fera jaillir plus d'éclairs, mais ce sera bien toujours la même roue, gardant sa vitesse acquise. Reprenons notre métaphore ordinaire. Acteur assez effacé jusqu'ici, Bossuet va passer au premier plan. Il remplira demain toute la scène. Jusqu'ici, indulgent, paternel, quoique très vif, nous observions sans trop d'effroi les explosions passagères de ce beau génie. Bientôt, nous le verrons déchaîné, pressé non plus de persuader un ami, mais d'écraser, par tous les moyens, le plus dangereux des hérétiques. Nous touchons au moment solennel et mystérieux où s'amorcera ce revirement. Date critique, si l'on veut, mais dans la vie de Bossuet, et non pas dans celle

(le Fenelon ; fait nouveau, si l'ôïi veut encore, mais (|iii s'adapte à une série déjà longue; intervention décisive, mais qui, si etlé h"a:vàLit été ^'^éparée, Éi (die n'allait être exploitée pâf rf'aiutf'es initiatives, resterait inexplicable et ri'aurait pas feit tant dé bruit.

Au commencement de râhriée 1095, madame Guy on s'était, de son plein gré, retirée à là Visitàtiort de Jtfeaux, peut-être pour y siitir de riôùveauX examens et surtout pour qu'il ne tût plus parlé d'elle.

L'a vie de couvent n'étaii pds ^oùr lai déplaîM. Elle édifia la communauté, eue châriùa les qùélqtièfs religieuses, mieux cuirassées contre' l'iiliision et âdn^ douté à' âge mur, à qui l'oh petïtili de cônvetâét étirée elle K

Elle rès'ia ïa six mois, ôcëupéë â prier, à Ruminer son système, et â stibi^ quelques assàiit^ de Si. dé Meaux. C'est, je croîs, pendant ce temps qu'elle a dû rédiger oii compléter ses jusilficati'ôns, œuvre étonnante, d'une érudition et d'une subtilité prodigieuses, que Bossuet a lue et relue et qu'il a mise à profit plus tard dans ses proprés livres. Lst courbe des sentiments du prélat, pendant cette période relativement pacifique, serait îïitéréssaliïte, et, je crois,' facile à décrire, si nous en avions le temps. Plus agressif, plus fermé quand il rëvértait de chez M. Nicole — il y eut parfois de belles scènes

1. Il y eut bien, plus tard, une vieille tourière qui prétendit trembler encore au souvenir des horribles propos que Mm» Guyon lui aurait tenus et qui se vanta de ses propres victoires sur ce personnage diabolique. Dans l'intervalle M"« Guyon avait ifait plusieurs années de Bastille. Les terreurs rétroactives de la tourière s'expliquent sans peine.

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de colère — il se montrait à d'autres jours plus débonnaire, plus attentif, et, par suite, plus accueillant. L'enquête se termina par une attestation favorable que Bossuet donna de ses mains à M""* Guyon et celle-ci quitta le couvent (9 juillet 1695).

Tout cela serait très simple, si Bossuet — pour une raison que nous ignorons, mais qui ne laisse pas de nous inquiéter — n'avait embrouillé à plaisir l'histoire de la dernière semaine, passée par M™" Guyon à la Visitation de Meaux. Au lieu d'une attestation, il en donna deux, une première accordée, que, quelque temps après, il tâcha vainement de reprendre, et une seconde *. Il y a là un imbroglio de dates et d'antidatés que j'épargne à la patience du lecteur. Je coupe court, et comme cet incident et celui qui suivit sont d'une extrême conséquence, je laisse la parole à l'excellent érudit qu'est M. Urbain. « Pourquoi donc, Bossuet, dans sa Relation, ne parle-t-il que d'une attestation donnée par lui^

1. M. Crouslé a cru prendre à ce sujet M"* Guyon en flagrant délit de mensonge. M. Urbain, dans l'article que je vais citer, lui montre qu'une fois do plus, il n'a pas su lire les textes. Tout ce passage de M. Urbain est capital.

2. C'est celle qui est rapportée en second lieu dans Pbélipeaux et que Mm» Guyon donne pour la première ; encore Bossuet

n'en CITiî-T-IL pAS LA FIN QUI JUSTIFIE MADAME GuYON SUR LE POINT

QUI LUI TENAIT LE PLUS AU coEuu. Bossuct ne parle aussi que d'une attestation dans une lettre à Noailles, 2 juillet 1698 [Lâchât, t. XXIX, p. 479) ; au contraire, il écrit à son neveu, le 14 du même mois : «i je vous envoie copie des attestations que madame Guyon a eues de moi » {Ibid., p. 499). Et quand il parle de l'attestation qu'il a donnée, il fait allusion tantôt a la premièke, tantôt a la SECONDE de celles que rapporte Phélipeaux. (Voir dans Lâchât, t. XXVIII, p. 653 ; t. XXIX, pp. 479 et 499 ; t. XX, p. 114.) Il y a

SUK CE POINT UN EMBARRAS VISIBLE DANS LES EXPLIC.VTIONS DE BoS-

suet ». La note est de M. Urbain, les soulignements passionnés, de

el dit-il que M'"^ Guyon n'a jamais osé la montrer? De deux choses l'une, ou il parle de celle dont Tronson lui a envoyé copie, et il ment, ce que je ne saurais admettre ; ou bien il parle de l'autre, et il ne devait pas lui suffire de dire qu'on ne la montrait pas; il fallait ajouter qu'on en montrait une autre qui était fausse, ou, si elle était vraie, expliquer pourquoi il y en avait deux datées du même jour et également authentiques. »

Tout cela est d'une limpidité un peu fumeuse, mais ce n'est pas la faute de M. Urbain. Avec ses dates et ses antidates, ses attestations données, puis reprises, Bossuet est dans l'embarras. Venons à la grande escapade et laissons parler M. Urbain.

« Du reste, ce n'est pas la seule chose obscure qu'on remarque dans les récits que Bossuet et Phélipeaux nous ont laissés de cette aventure. Dans sa Relation^ Bossuet dit : « Elle me demanda la permission d'aller aux eaux de Bourbon ; après sa soumission, elle était libre * ; (mais si elle était libre, quel besoin avait-elle d'une permission ?) « elle souhaita qu'au retour des eaux on la reçût dans le même monastère où elle retint son appartement. Je le permis. Pourquoi donc écrit-il à Tronson qu'elle avait donné sa parole de revenir à Meaux et s'y était engagée ? Pourquoi lui reproche-t-il de ne l'avoir pas fait? N'est-on pas libre de ne pas profiter d'une permission?

« Bossuet écrit encore : « Elle a prévenu mon congé en supposant à la supérieure de Sainle-Marie quejel'a-

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