Relation sur le quiéthme, édition Lâchât, t. XX, p
142 APOtOGIE pOUR FÉNELON
yai^ accordé^)). Cela est extraordinaire. Si, comme le dit l'évoque, après ses soumissions elle était libre, il ne faut pas lui fa^^'e u^ grief d'être partie quand elle J'a vouli^i. Si elle él^^t prison;iière, Ji.^ supérieure du couyent lui servait de geôlier, et j,l est peu croyable qu'un geôlier don^,e Ja cle^ d,ep champs à son prisonnier sans un ordre d^u juge. Du reste, dans les inte;*rogatoires que JLa Reynie fît subir à M"*" Guyoi en 1696, il lui reprocha bien d'avoir dogmatise maijlgré la parole donnée à Bossuet, mais non d( s'être .enfuie 4.e Meau?: sans ^a permission.
<( Au fo.n^, cQt épisode mystérieux a une importance capitale, jusqu'au jour où madame Guyoi quitta ^J[eaux, Possuet, du moins dans les lettres qu( pous avons de lui, paraît indulgent pour elle : « Elle a souscrit, dit-il, les articles avec toutes les soumissions que Fon pouvait exiger; elle est prêle à se soume.ttj*e à no^ .prdon^iances... Mon sentiment est q.ue cela suffit. P'autres youDRAlE^'T qu'on entrât dans le détail^», etc. — «Vous sciyez, monseigneur, que je n'ai pul dessein ,(Je favoriser madame Guyop. Je ne ^e presserai pas ^e la renvoyer, tant qu'elle me sera obéissante. Au surplus, je recevrai les preuves ((;les cri;nes impu,tés) ; mais j'aji à vous dire que, selon me^ connaissances, ,çlles sont fort faibles. M. l'arcjieyêque(de Paris) qui m'ayait dit qu'il m'enverrait ce qui a été fait, ne m'a rien envoyé du tout : on n^e lui a fait souscrire tout au plus qu'un désaveu géné-
1. A ^ronson, 30 septeinbre 1695. (Lâchai, t. XXVIll, p. 653). CL lielation, t. XX, p. iU. ^
2. Lâchât, t. XXYUl, pp. 645, 646. Cf. 643. Lettres du mois de mai 1695.
fal el coiiditionftel 4.e toijte errejia^ ; pt itîq/ je ne crois pas cela suffisant. Quanta la déclaration d'un cerlaip prélat éloigne, que vous avez crue, c'est moins que rien. Je vois dai>sAcrtames geps^ pX j^ voi^is pjQ/njnçi^e sans hésiter M. B., un grand zèle, mais faux, et uoe très grande ignorance de la matière K » Ce qui suit est ,d,e toute importance.
« îJladame ftuy.on, ay^ot q^i^ijlté M.e.^.ux, g^çs^j^p^, à la Cour ou à Paris, a dû être circonvenu pm* i. s ennemis de la dame et se repentir de son indulgence. Il en est x'éduit à s',e;ccuser dans une lettre à Trorison- et pour mieux le faire, il reproche à la prophétesse d'être partie sans sa permission.
fit qui sait si ce changement survenu dans la conduite de Bossuet envers madame Guyon, ne doit pas servir à expliquer celui qui, vers la même époque, se remarque dans Jes rapports de Fénelon avec l'évêque de Meaux M).
Vous avez entendu l'histoire avec sa rigueur et ses scrupules : peut-êtro ne serez vous point fâché d'entendre le roman, je veux dire, quelques passages du récit que M'"" Guyon a fait de cette aventure. Je ,(^i5 (( romain )) p^xce ,q^^e l'.ç.n .^r^-aj^ge .tp.MJou;-^ pj^^s ou moins les choses à sa façon, lorsque l'on raconte sa propre li,istoire. M. de Meaux et M"" Guyon s^nt j:ous deux parties au procès. Jls roçiapcent i.pj^ deux leur récit. Ni l'un ni l'autre jie peut être cru sur parole. Ces réserves faites, écoutez M"' Guyon.
1. A La Broue, 3 juin 1695, édition Lâchât, t. XXVIII, p. 6i8.
^. lùid., p. tiuJ.
3. fievue cT histoire littéraire de la France, li) aviM 18^,5.
Elle raconte d'ailleurs fort bien et l'occasion est solennelle.
Lorsque (les visitandines) parlaient à M. de Meaux de moi, il répondait: je ne vois en elle, tout, comme vous que du bien : mais ses ennemis me tourmentent et veulent trouver du mal en elle. Il écrivit un jour à la mère le Picard (supérieure), qu'il avait examiné mes écrits avec grand soin; qu'il n'y avait rien trouvé que quelques termes qui n'étaient pas dans toute la rigueur de la théologie; mais qu'une femme n était point obligée d'être théologienne. La mère le Picard me montra cette lettre pour me consoler, et je jure devant Dieu que je n'écris rien que de très véritable.
Elle exagère sans doute, mais sur le fond, je crois absolument.
Lorsqu'il venait, c'était, disait-il, mes ennemis qui 1 disaient de me tourmenter : qu'il était content de moî D'autres fois il venait plein de fureur me demander cette signature qu'il savait bien que je ne donnerais pas (il voulait qu'elle avouât qu'elle ne croyait pas au Verbe incarné). Il me faisait menacer de tout ce qu'on m'a fait depuis. Une prétendait pas, disait-il, perdre sa fortune pour moi et mille autres choses. Après ses feux il retournait à Paris et il était du temps sans revenir.
Encore un ou deux traits, avant la sortie.
Ce qui est étonnant est que dans le temps qu'il était le plus emporté contre moi, il me disait que si je voulais venir dans son diocèse, je lui ferais plaisir; qu'il voulait écrire sur l'intérieur et que Dieu m'avait donné sur cela des lumières très sûres.
Dans un sermon qu'il fit au couvent (2 juillet) il avança des choses beaucoup plus fortes que celles que j'ai avancées. Il dit qu'il n'était pas maître de lui au milieu de ces redoutables mystères.
Ceci n'est certainement pas inventé.
Qu'il fallait que cet aveu de la vérité fût nécessaire, puisque Dieu le lui faisait faire comme malgré lui. La supérieure le
1 lit saluer après son sermon, et lui demanda comment il pouvait me tourmenter, pensant ce qu'il pensait. Il répondit que ce n'était pas lui : que c'était mes ennemis. Je sortis peu après de Meaux.
Voici le récit de Tescapade :
Je lui dit que ma fille ou quelque dame de mes amies me viendraient quérir. Il se tourna vers la supérieure et lui dit: Ma mère, je vous prie de bien recevoir celles qui viendront quérir madame...
A peine fus-je arrivée (chez ses amies) que M. de Meaux se repentit de m'avoir laissé aller de son diocèse. Ce qui le fit changer, comme on l'a su depuis, c'est qu'ayant rendu compte à madame de Maintenon des termes dans lesquels cette affaire était finie, elle lui témoigna qu'elle était peu contente de l'attestation qu'il m'avait donnée; que cela ne finissait rien, et ferait même un effet contraire à ce que l'on s'était proposé, qui était de détromper les personnes qui étaient prévenues en ma faveur.
N'est-ce pas clair, et, d'un autre côté^ n'est-ce pas très vraisemblable? L'attestation disait en propres termes que M"** Guyon n'avait été trouvée par M. de Meaux « impliquée en aucune sorte dans les abominations de Molinos ou autres condamnées ailleurs ». M™' de Maintenon aurait voulu qu'on pensât le contraire, et c'était la précisément le point que cet obstiné de Fénelon ne voulait pas lui accorder.
Il (Bossuet) crut donc qu'en me perdant, il perdait toutes les espérances dont il s'était flatté. 11 me récrivit de revenir dans son diocèse et je reçus en même temps une lettre de la supérieure qu'il était plus résolu que jamais de me tourmentera Ce que je savais, c'est qu'il établissait une haute
1. Ceci encore doit être vrai, du moins en partie. 11 me semble bien en effet que la mère Le Picard a dû soutenir madame Guyon et essayer de calmer M. de Meaux. Qu'on lise la curieuse attestation qu'elle a donnée à madame Guyon lors de son départ de Meaux, maîtresse pièce où se cache oeut-étre une ruse inno-
forliine sur la persécution qu'il me lerâit; éf cbmme il en voulait à une personne f'ort du-dessus de rfioî, il ctiii qu'en' lui échappant, tout lui échappait.
A quelle « haute fortune » fait-elle allusion? Nous n'en savons rien. S'il n'est pas aoutéûx que le prélat fût ii'hs désireux dfe gfirder leè bortneâ grâces de ni'"' cte Maintenon, il n'est pas nécessaire pô'îir expliquer sa conduite de lui prêter une ambition précisé. J'àjduté qilë lès cdtijecttires de M""* Guyon ne nous iiitéressent pointici. Nous voùlohs simplénieH^ recueillir le récit qu'elle fait de sa propre histoire/ réfcit {jâssiortné, mais, je le ct*t(is dit moihs, sîiïcèrej et qui s'adapte exactement avec ce que nous sàVdHl par d'autres témoins.
La mère le Picard en m'envoyahl, là lettre dont je viens di parler, m'envoya une nouvelle attestation de M. de Meaux, s^ différente de la première (qu'il voulait que je lui renvoyasse] qile je jilgeai dès Idl-s c^ilè je tt'alvais nulle justice à espérer dé ce JDrélât. Il lui eivait dit de retirer cette première attestation et de me donner la dernière.
Dâtls tette secoride attestation ^ le passage concernant Mollrtos est supprimé. M"^" Guyorl^ ne tenatlt qu'à ces quatre lignes, se garda bien de se défaire d'un si précieui document et elle répondit à M. de Meaux qu'elle l'avait confié à des mains sûres. Le triste récit s'achève presque sur un sourire. Il en va toujours airisi avfec M'^'^ Guybn.
cëiltë à l'adressé du prélat. Bossuet aurait voulu faire coilfêsset ft madame Guyon qu'elle ne croyait pas au Verbe incarné. C'est du moins madame Guyon qui nous le raconte et les historiens de rire. Mais alors pourquoi la supérieure a-t-elle eu lidée d'affirmer si haut dans son attestation que la prisonnière avait « une vraie dévotion .. surtout au mystère de l'Incarnation » ^i^, G8). Cette petite ligue féminine contre M. de Meaux et pour madame Guyorif n'est-ce pas piquant?
LA (.RANtJÉ feSCAt'Abb Ofe M'"* GUYON \\1
On pfetit jtigèr par la vivacité de M. de Meaux et par les espérances qu il atait oohçues, de l'elTet que produisit sur lui un tel refus. Il débita que j'avais sauté les murailles du couvent pour rti'enfuir. Uiitrè qijé je sailté ibti iilal, c'est qiie toutes les religieuses étaient témoin du contraitei Cependant cela u si fort couru que bien des gens le croient encore *.
Voilà sôti récit a elle et fibiiâ àviôiiâ le devoir de l'entendre; M. Urbain nous a déjà résumé le récit dé Bosâiiet. Uhiâtoirè tie peut décider abëoldiîiem entre ces detix ()àt^61es c d ii t radie toi i-éà, niàl^ Gdttfrtiètlt tîe pas remarquer que d'un côté, en dépit de quelque éiagërâtion, tout est limpide, de l'autre j tout êiïlbrouillë. Le récit dé M'"^ GUJrdii ëë liëtit; celui de M. de Meaux ne se lient pas. Est-ce par oubli, est-ce pour un autre motif? On semble nous vouloir dissimuler quelque chose. Ces deux attestations le gênent, ce paisible départ 1 ennuie. Il voudrait ravoir une des deux feuilles, ne laisser à M"'^ Guyon que l'attestation de récliange. Il voudrait plus encore n'avoir pas donné la clef des champs à la prisonnière. Tout cela est bien curieux. Mais il y a plus curieux encolle. La grande escapade de ^me (^ujon, dûment romancée par les ennemis de cette femme, a pris, dans l'imagination des contemporains et garde encore aujourd'hui, chez plusieurs, les proportions d'un scandale. Elle est sortie de Meaux comme nous sortons^ vous et moi, de notre maison, t^eu importe! La versiorl qui a couru de cette aventure n'a pas peu contribué à compromettre la prétendue fugitive et Fénelon avec elle.
Ainsi mise en goût, la calomnie accompagne