F., IX, p
LA RUPTURK 173
le l'ai connue ; je n'ai pu ignorer ses écrits; j ai dû m';issu-
icrde ses sentiments, moi prêtre, moi précepteur des princes,
moi appliqué depuis ma jeunesse à une étude continuelle de
la doctrine ; j'ai dû voir ce qui est évident II faut donc que
jaie tout au moins toléré l'évidence de ce système impie ; ce
li fait horreur et me couvre d'une éternelle confusion. En
> onnaissant toutes ces choses par mon approbation, je me
lends infiniment plus coupable que madame Guyon. Ce qui
paraîtra du premier coup d'œil au lecteur, c'est qu'on m'a
l'Mluit à souscrire à la diffamation de mon amie, dont je n'ai
pu ignorer le système monstrueux, qui est évident dans ses
t'uvrages, de mon propre aveu. Voilà ma sentence prononcée
I signée par moi-même, à la tête du livre de M. de Meaux oii
système est étalé dans toutes ses horreurs. Je soutiens que
coup de plume donné contre ma conscience, par une lâche
îitique, me rendrait à jamais infâme '...
Il me semble qu'il a raison. Pour moi, je déclare que si Fénelon avait approuvé rinstruction de M. de Meaux, je ne serais pas ici pour le défendre. Mais c'est adaire de sentiment. A chacun de le juger selon son cœur.
On objecte que cet éclatant refus avait tout l'air d'un outrage. Bossuet nous Ta dit assez. Il a parfaitement raison. Mais à qui la faute? La promesse de Fénelon était un secret entre lui, M. de Meaux et tout au plus quelques intimes, tous prêtres. Ce n'est pas M. de Cambrai qui a mis Versailles et Paris au courant. Il le rappelle à M. de Meaux.
Je vous promis donc, monseigneur, que j'approuverais votre livre après que je l'aurais examiné. Vous me deviez sans doute un silence de confesseur jusqu'à cet examen ; car vous ne pouviez fermer les yeux pour ne pas voir que si vous en parliez, vous tourniez en scandale horrible le refus que je vous ferais peut-être... Mais rien ne vous arrêtait parce que vous ne songiez qu'à m'engager de plus en plus du côté du
1,F., IX. pp. 100-102.
174 APOLO(iIK POUH FÉlNKLON
public et des personnes que je respectais davantage (madame de Maintenon) alin que je ne pusse plus reculer... Je trouvai, à mon retour de Cambrai, que la chose était répandue dans Paris par un certain nombre d'amis qui étaient de votre confidence et qui en avaient beaucoup d'autres dans la leur. Dès lors, je devins un spectacle fort curieux. Les zélés promirent au public votre livre contre des erreurs abominables, avec ma souscription à cette espèce de formulaire. Alors je commençai à voir que vous vouliez me mener insensiblement, comme un enfant, à votre but, sans me laisser voir. Je vis clairei ment que ce but, contre vos intentions, était pour moi un( éternelle flétrissure i.
Bossuet ayant répondu sur ce point, je dois voua faire entendre sa réponse. Force lui est bien de reconnaître que c'est lui qui a parlé de cette promesse d'approbation. Quoi de plus naturel?
C'était pour l'Église un avantage qu'il ne fallait pas taire, de voir sur le quiétisme l'unanimité dans l'épiscopat.
Cela est parfaitement juste et, en tout autre circonstance, il n'y aurait pas eu le moindre inconvénient à divulguer cette promesse d'approbation. Mais en 1696, l'approbation que l'on demandait à Fénelon était — il vient de nous le dire — une « rétractation cachée ». Enfantillage, répond Bossuet.
Si le monde devait entendre que l'approbation de moi livre fût une rétractation de la doctrine de madame Guyoi par M. de Cambrai, qui n'avait jamais rien donné sur ce sujeti le monde savait donc bien qu'il lui était favorable.
En vérité, qui s'amuse ici, qui joue avec les faits, de M. de Meaux ou de M. de Cambrai? En 1696, sam que Fénelon eut rien publié pour ou contre le quiéj tisme, quelqu'un, soit à Versailles, soit à Paris]