I. — La théologie mystique de M. Crouslé
Un bon tiers au moins de l'œuvre de M. Crouslé est absorbé par la discussion théologique, philosophique et morale des multiples hérésies de Fénelon. La vie est trop courte pour que je le suive sur ce terrain et pour lui montrer qu'il se bat toujours contre des fantômes ; je me contenterai donc de quelques vues d'ensemble su ries méprises fondamentales où l'entraîne sa prévention.
La moindre ligne de Fénelon lui fait peur. Il y soupçonne, il y découvre quelque venin. A chaque tournant de la controverse, une même scène se déroule plaisante et pitoyable. M. Crouslé tremble d'abord, il hésite, il se dérobe. Comme des femmes, sur un champ de foire, auprès d'un charmeur de serpents. Elles veulent voir et toucher, mais en même temps, elles craignent que ces affreuses bêtes ne se réveillent. Prudent et sage, M. Crouslé fait mine de se retirer. « Nous n'entrerons pas dans ces subtilités w.
écrit-il'. Vaine sagesse. Son démon le pousse. II veut étouffer les maudits serpents. Il entre donc, se perd aussitôt dans les subtilités oii il ne voulait pas entrer, et en revient tôt ou tard, les mains vides et l'air vainqueur. Lisez ses pages sur l'état passif, et savourez cette incohérence candide^. Visiblement M. Crouslé ne trouve aucun sens aux textes parallèles de Fénelon et de Bossuet. Tant pis ! Celui-ci a toujours raison.
Mieux valait un acte de foi aveugle dans Tinfaillibilité de l'aigle de Meaux. M. Crouslé avoue loyalement son incompétence en matière de théologie et de mystique. Si cela est, pourquoi tant raisonner sur des problèmes que de son propre aveu il n'entend pas? Pourquoi se mêler de catéchiser Fénelon et de lui démontrer, pièces sur table, que ses défenses ne sont pas moins dangereuses que les Maximes? Que les laïques me pardonnent. Ce n'est pas l'orgueil de caste qui me fait parler. Je demande seulement qu'on ne s'engage pas dans une controverse dogmatique avant d'avoir étudié les premiers éléments de la question. La soutane ne fait pas le docteur. W. G. Ward, laïque et père de famille, passe pour un des bons théologiens du siècle dernier. Il avait approfondi, non pas seulement le problème du quiétisme, mais les autres traités qui éclairent ce problème et notamment celui de la nature pure qui paF-aît inconvenant et grotesque à M. Crouslé ^ Ainsi documenté, Ward avouait ne pas arriver à comprendre ce qu'avait bien