‹ Apologie pour FénelonChapitre 98 sur 250 · II, p · texte numérisé non relu

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pu vouloir direrévêque de Meaux sur un des point» > essentiels de la controverse. A-t-il manqué de clair- * voyance? La question n'est pas là; il s'agit de savoir l si lorsque les hommes du métier hésitent, de simples i apprentis ont le droit de décider. ji

Justement, c'est ici que nous attend ce savant homme. 11 reconnaît lui aussi que la matière est délicate, niais il estime qu'elle serait des plus simples si Fénelon ne l'avait embrouillée. Tout le mal vient de ces pointillés et autres jeux d'esprit oii Fénelon se délecte sans jamais arriver à bien se comprendre luimême. Il n'y avait pas de question mystique avant Je livre des Maximes et les effusions de quelques dévots ignorants ne dérangeaient pas encore la cervelle des docteurs.

C'est là, semble-t-il, une des trouvailles capitales de M. Grouslé. 11 ne demanderait certes pas mieux que d'abandonner les mystiques si Bossuet bien empêché de faire autrement ne les avait pris sous son manteau \ Mais enfin ces mystiques, à bien les prendre, ne paraîtraient pas si gênants. Leurs extravagances amoureuses sont inolfensives, le rayonnement de leur dévotion atténuant et redressant ce poétique délire. Avant Fénelon personne ne songeait

1. Il faut bien reconnaître que si M. Grouslé outre sur ce point leti sentiments de Bossuet, il ne les fausse pas tout à fait. N'oublions pas que le Bossuet des livres doit toujours être contrôlé par celui des lettres. La sollicitude que lui inspirent les vrais mystiques est un peu factice et telle de ses lettres ferait une préface assez piquante au mystici in tuto. S'il n y a pas là o duplicité » comme chez son « artificieux » rival, il y a du moins un dédoublement assez remarquable, bien que très innocent, comme nous essaierons de le montrer. Notons en passant que les éloges de M. Grouslé découvrent toujours quelques-uns des points vulnérables de son idole. Dieu nous garde de tels amis !

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à attacher quelque importance doctiinale aux idées confuses exprimées par ces bonnes âmes. On se réchauffait à l«ur flamme et pour leur doctrine — si toutefois elles en avaient une — on n'y regardait pas de si près. Le tort de Fénelon a été précisément de vouloir y regarder de trop près, de tirer une philosophie de ces propos incohérents. Bref, si k matière est devenue inintelligible à un docteur es lettres de moyenne force, c'est la faute de Fénelon \ Je le regrette beaucoup pour M. Crouslé, «iai« cette commode solution mérite à elle seule de plus graves censures que tout le livre des Maximes-. Que Fénelon ait formulé ou non une théorie exacte du mysticisme, il n'importe pour le moment, mais lui reprocher d'avoir philosophé sur ces matières, c'est rejeter du même coup tous les traités de théologie mystique et, entre autres, Y Instruction sur les états d'oraison. Ou le mysticisme est folie, ou il est sagesse. Si les mystiques déhrent, brûlons le Mystici in tuto sur le même bûcher que les Maximes. Si leur apparente folie est sagesse « — et la plus haute sagesse — il faut bien que les mystiques aient un sens, que leurs prétendues extravagances impliquent une métaphysique. Puisque toute philosophie du mysticisme l'irrite et le scandalise, comment M. Crouslé peut-il se croire en mesure de décider pertinemment

1. Cette idée revenant sans cesse dans les deux volumes de TH. Crouslé, je ne donne pas l'indication précise de taus les passages.

2. Notons cependant que c'est là un des grands arguments de "Noailles contre Fénelon ou mieux — s'il est permis de nommer les secrétaires de Noailles — un des arguments de Boileau et de Duguet, auteurs probables de la fameuse instruction.

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entre la métaphysique de Fénelon et celle de Bossuet?

11 en appelle au bon sens. Le bon sens, suprtMne citadelle des bossuétistes, car vous -savez bien que Tarchevêque de Cambrai n'avait pas le sens commune Que vient faire ici le bon sens? Inviterez-vouj le bonhomme Ghrysale à rédiger les canons d'uj concile sur la grâce sanctifiante? Demanderez-voi au rat de La Fontaine ce qu'il pense de Tétat pass^ et des dernières épreuves! Pourquoi pas, di M. Crouslé, tout épanoui. Et le voilà qui, pour ei finir d'un mot avec Fénelon, lance dans ce débat suj le pur amour, le plus égoïste et le plus vulgaire d( proverbes « Charité bien ordonnée commence pi soi-même^ ». A ce compte, Saint Vincent de Paul Sainte Térèse déraisonnent plus encore que Tarche-^ vêque de Cambrai.

Laissons le mysticisme qui décidément nous échappe, et venons à ce qu'il y a de plus élémentaire dans la vie spirituelle. Deux petits exemples nous convaincront de l'étrange manie qui pousse M. Crouslé à voir et du mystère et du venin dans la moindre ligne de Fénelon.

1** D'un esprit et d'un cœur très élevés, éprise des idées généreuses que Fénelon avait développées devant elle. Madame de La Maisonfort plaisantait parfois sur les minuties du règlement de Saint-Cyr. On

1. M. Crouslé sait aimablement gré à Fénelon de ne pas permettre l'oisiveté à ses pénitents [Quies = repos = inaction = engourdissement de marmotte, sa psychologie du mysticisme ne va pas plus loin). Pascal ne concéderait pas avec une bonne grâce plus méprisante, un atome de moralité aux casuistes.

la vit môme s'emporter étrangement. En faut-il davantage pour inquiéter M. Crouslé sur la spiritualité de Fénelon? S'il ne le dit pas, il lient pour assuré que les pénitentes de Bossuet ne se mirent jamais en colère. On connaît la jolie lettre où Fénelon demande grâce à madame de Maintenon pour les peccadilles de la chanoinesse et rappelle à celle-ci les principes élémentaires de la vie religieuse.

La liberté fondée sur le vrai renoncement à soi-même est un assujettissement perpétuel aux signes de la volonté de Dieu qui se déclare à chaque moment [qui se déclare — le sens est ici trop clair — par les exigences constantes de la règle, par les mille occasions de renoncement que présente la vie au couvent). C'est une mort affreuse dans tout le détail de la vie et une entière extinction de notre volonté propre, pour n'agir et pour ne vouloir que contre la nature.

Il n'y a rien là, dans les circonstances, que de simple et de banal. Tout directeur a cent fois parlé de la sorte et répété sous une forme ou sous une autre : « je vis, non je ne vis plus, c'est Jésus-Christ qui vit en moi ». « Il faut mourir à la nature », à la mauvaise sans doute ; intelligenti pauca. Ecoutez maintenant les scrupules de M. Crouslé.

Si ces paroles ne portent point en elles le fatalisme et le fanatisme, nous les entendons mal : mais comment faut-il donc les comprendre ? Croire que u la volonté de Dieu se déclare à chaque moment », qu'est-ce sinon attribuer à Dieu toutes ses propres inspirations, et prendre toutes choses comme voulues de lui? Qu'est-ce que cette entière extinction de toute volonté propre..., sinon une volonté qui n'est plus et qui veut cependant, mais qui ne veut que ce qu'elle ne veut pas ; une volonté armée en guerre contre la nature et qui, par conséquent, ne se meut qu'en opposition au sentiment instinctif, bon oumauvais^ parce qu'il est toujours sus-

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pect... N'y a-t-il pas là tous les éléments d'un fanatisme redoutable ^ ?

Je n'exagère rien quand je dis que toutes les critiques doctrinales de M. Crouslé sont de cette force — hélas ! et de ce style. Donnez-moi n'importe quelle lettre de Bossuet et je m'engage à vous montrer chez ce grand homme un fanatique, un fataliste, un quiétiste, un casuiste enfin, pour aller d un seul bond ai comble de Fhorreur.

2° Même si l'on n'aimait pas Fonelon on souffrirait de voir une main si maladroite et si vulgaire touchei à de tels sujets, froisser, flétrir les pures confidencei des âmes pieuses, Fénelon écrit-il encore, avec tous les spirituels :

La crainte se perfectionne en se purifiant, elle devient une délicatesse de l'amour et une révérence filiale qui est paisible ;

n'attendez pas que M. Crouslé approuve ces lignes parfaites. Je cite sa lourde glose et je me contente de souligner ce qu'elle contient de plus irritant.

ISous croyons comprendre en partie cette transformation de la crainte; et l'idée nous paraît gracieuse... On a en quelque sorte peur de ne pas se montrer digne de lui (de Dieu) ; soit, mais si c'est cela, comment ce sentiment peut-il être « paisible » ? Je veux bien que la révérence filiale soit « paisible ». Mais alors, ce n'est pas un sentiment craintif. La crainte ALORS n'est pas « perfectionnée » ; elle est supprimée. En un mot nous ne comprenons pas qu'un sentiment puisse être à la fois craintif et paisible ^ .

Il ne comprend pas ; je m'en doutais bien, mais, de bonne foi, est-ce la faute de Fénelon ?

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