CHAPITRE XXXVII 2jî
ils ont eu l'esprit encore bien plus agu en quelques autres contemplations : comme quand par icelles ils ont trouvé es deux cornes des mitres épiscopales le vieil et le nouveau Testament (i) : quand au capluchon des moines (2) ils ont trouvé simplicité et innocence : quand aussi ils ont trouvé autres choses semblables, que nous verrons tantost.
Et s'il faut venir jusques aux expositions mystiques de tous les ferremens et de tous les tourdions de la messe, ne faudra-il pas confesser que là-dessous y a de la subtilité si grande que les meilleurs esprits et meilleurs jugemens du monde sont ceux qui y entendent le moins? Car n'est-ce pas bien subtilizé que de faire jouer à un mesme homme en messatizantj vint ou vint-cinq personnages? à-sçavoir de Christ, et de la vierge Marié sa mère, de tous les apostres, et nommeement du traistre Judas : du larron pendu, du centurion, du publicain, et autres? Et comment peut-il représenter tant de personnes? Une partie avec des seules croisades (3). Car notamment par une des croisades qui se font sur l'hostie et une de celles qui se font sur le calice sépareement, il joue deux personnages, de Christ et de Judas. Par trois autres qui se font auparavant il représente le Père, le sainct Esprit, et ledict Christ, estant par soy et par eux livré à la mort. Mais ce seroit peu de chose si c'estoit ici tout le secret des croisades : escoutons donc. Après ces deux
(i) Voy. Pogge, notre édition, p. 3.
(2) Capluchon est le diminutif de Capelucke (voy. ce dernier mot dans le Dict. fr. italien d'Alberti). de même que capuchon est le diminutif de capuche, et non l'augmentatif comme le veut Littré. Le suffixe on est augmentatif en italien et en espagnol ; il est diminutif en provençal et en français. Les deux significations contradictoires se rencontrent dans médaillon y voy. Darmesteter, Ue la création actuelle des mots nouveaux, p. ii3.
(3) Signes de croix.
croisades faictes ainsi sépareement, er après que \e croisadeur a estendu ses bras (en quoy il figure Christ csiendu en croix) et qu'il a levé son hosiie en haut pour la fairi; adorer (ce qu'ils appellent lever Dieu) par les trois croisades qu'il fait, l'une sur l'hostie, l'autre sur le calice, la tierce sur 50 y- m es m es, il joue le personnage des trois estats, ii-sçavoir de ceux qui sont au ciel, en purgatoire, et en terre. Et quant aux cinq croisades qui viennent après les trois premières, outre ce que de ces cinq les deui, csians separcemeni faictes l'une sur l'hostie, l'autre sur le calice, ont telle signification que nous avons dîct : toutes ensemble signitient encore beaucoup d'autres choses: et p rem îè rem col les cinq jours d'intervalle depuis le jour des rameaux jusques au jour de ta passion : après, les cinq playes de Christ, deux aux pieds, deux aux mains, et une au cosié dextre. Encore n'esl ce pas tout, car de ces cinq i trois rremières qui se font sur le calice <