CHAPITRE XXXVIII
parcelle de quelcune des siennes. Mais l'entreprise seroit trop grande si j'entreprenoîs de décider telles controverses : et croy aussi, lecteur, que congnoissant ma profession, vous n'attendrez point cela de moy, et principalement veu que ceux-mesmes qui sont auteurs de tous ces beaux comtes ne sçavent où ils en sont. Je me contenteray donc d'avoir enfoncé ceste matière aussi avant que les plus grands docteurs d'icelle Tout enfoncée.
Quant à S. Michel, S. Jacques, S. Claude (qui prestans leurs noms à leurs pèlerins, les ont faict appeler Michelots, Jacquets, Claudiens) (i), ils n'ont pas leur tasche en quelque certaine besongne comme les autres, et pourtant je laisseray parler d'eux à quelqu'autre. Il y a aussi quelques saincts qui semblent avoir esté controuvez par plaisir ou par malice, comme S. Friand, qui vendit sa robbe (ainsi qu'ils disent) pour avoir je ne sçay quelle friandise. Aussi de S. Faustin ou S. Fortin on en a faict un certain sainct qui n'est pas honneste aux hommes à nommer, et encore moins aux femmes.
Que si quelcun demande si les adorateurs des saincts ont pas opinion qu^iceux guarissent aussi de quelques maladies desquelles les médecins ordinaires ne peuvent guarir, je luy respon qu'ouy. Et premièrement quant au mal de stérilité (auquel les médecins se trouvent si empeschez), il y a force saincts qui en guarissent, faisans avoir des enfans aux femmes, voire sans que les maris s'y employent (2). Et premièrement S. Guerlichou (3), qui est en une abbaye de la ville du Bourg de Dieu, en tirant à Rommorantin, et en plusieurs
(1} Exemplaires cartonnés : [Claudins].
(a) Ibid.': [Voire par une seule appréhension dévotieusej.
(3) c O combien de femmelettes brehaignes sont devenues joyeuses mères de beaux enfans pour avoir enceinte la ceinture de N. Dame, ou baisé les brayes de S. François, ou bien pour s'estre estendues sur rimage de S. Guerlichon en TAbbaye près de la ville du bourg de Dieu en tirant à Romorantin, ou pour luy avoir seulement cha-
autres lieux, se vante d'engrosser bravement autant de femmes qui le viennent aborder, pounreu qu'elles facent leur devoir : c*est-à-dire que pendant le temps de leur neufaine faillent point chacun jour ]^uùeun fois de s'estendre sur luy tout de leur long, au» ne faillent point de boire chacun jour un certain breuvage parmi lequel il y a de la poudre qu'on racle des génitoires d'iceluy, desquels il est horriblement bien fourni. Or comment elles deviennent grosses en ce ûisant, sans que leurs m^is en ayent aucunement la peine, c'est une philosophie dont personne ne peut mieux rendre raison que les moines de ladicte abbaye où est ce sainct, qui les nourrit pour estre coopérateurs de ses miracles. Je ne sçay pas toutesfois si encore pour le jourd'huy ce sainct est en tel crédit qu'il estoit: pourceque ceux qui Tont veu (desquels je tien ce que j'en ay raconté) disent qu'il y a environ douze ans qu'il avoit les génitoires fort usez à force de les racler. Il y a aussi au pays de Constantin en Normandie (qu'on dit communeement Contantin), un S. Gilles, qu'on dict avoir quelquefois faict rage d'engrosser les femmes : mais il est tant vieil qu'il n'en peut plus. Que si quelcun me faict ceste objection qu'il n'est miracle que de vieux saincts, je respon que le miracle d'engrosser les femmes n'est pas de la nature des autres (i). J'ay aussi
touillé les pieds, comme on faict à Bourges au chastean hors de h villo : ou pour avoir levé le devantier à S. Arnaut, comme on sonloit faire à S. Auban : ou pour s'estre vouées à S. Faustin eo Périgueux, que les femmes du pals appellent S. Chose : ou finalement pour avoir tiré les cordes du clocher de Téglise de N.-D. de Liesse i belles dents! • Marnix, Tableau des différens de la religion^ Leyie, i599,.réimpr. à Bruxelles, iSSy, II, 387. Pierre Viret appelle notre saint Grelichon^ dans son Traicté de la vraye et fausse religion, i56o, liv.VIl,ch. 35.
(i) Les vingt-^inq lignes ci-dessus sont remplacées par ce qui soit dans les exemplaires cartonnés :
[ se vante d'engroiser autant de femmes qu'il en vient, pourvea
que pendant le temps de leur neuvaine ne faillent à s'estendre par