CHAPITRE XXXIX 4OI
attint le moine, et le saisit rudement par le froc, luy demandant sa toile , en l'appelant larron et luy usant de grandes menaces. A quoy il respondit doucement, — c Mon ami , je la vous quitte volontiers : » priant Dieu vous pardonner Tinjure que vous me 9 faites en m'ostant ce qui m'avoit esté donné pour » récompense du grand proufît que j'avois porté à » vostre maison. Je n'ay pas regret à la toile : mais » pourtant j'espère que le glorieux baron monsieur S. » Antoine monstrera un évident miracle, et de bref, » pour vous apprendre à ne traiter pas ainsi les bons » serviteurs et amis de Dieu.» Le boucher, qui ne prenoit garde à telles paroles, s'en retournoit tout gay d'avoir sauvé sa toile : mais estant à un trait d'arc loin du moine, il commança à sentir le brûlé, et voir quelque peu de fumée entour de soy : ce qui le rendit si estonné et ses compagnons aussi, que la toile estant jettée sur le champ, chacun d'eux commança à crier S. Antoine l'hermite, S. Antoine de Pade (i). A ceste voix accoururent le moine et son valet , faisans aussi bonne mine l'un que l'autre : mais le valet se mit incontinent à esteindre le feu, le moine commança à descharger force bénédictions sur les testes de ces povres supplians, qui estoyent agenouillez, ayans )â perdu la parole à force de crier merci à luy et au sainct. Ce qu'ayant faict, il les mena à la messe de parroice, où la toile ayant esté desployée et bien visitée, aussi l'histoire racontée, fut solennellement crié Miracle, miracle. Et pour pénitence fut enjoint au povre boucher de faire compagnie audict moine par tout le pays de Calabre, pour porter tesmoignage de
( t) < On voit dans la ville réglise de S. Antoine de Lisbonne, dite de Padoue ou de Pade. t Moréri. V07. Pogge, notre édition, conte ex.
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cesle histoire. Lequel par ce moyen ne gangna s ment la toile, maïs amassa grande somme d'argei tcnans bien-heurcus ceui qui luy pouvoyent doc k povre boucher au-contraire ne perdît pas seulf sa toile, mais rcceui grand dommage de ce vo loni pour l'argent qu'il y despendit, que pour sa t que qui cependant cessa.
De Calabre je vicndray en France, laquelle ne rien (comme je pense) aux autres pays en fertîli fiiux miracles. Et commanceray par S. Pierre des liina, du pays di; Berri(i). duqueli'histoireesltelii chambriôrc d'un prestre [h parler par révérence) rcceu le sang d'un pourceau dedans un grand d'cstain. aynnl au milieu l'image de S. PicrTC csl en bosse ■. duquel plat le curé se servoit à recevoi oflrandes, et lequel aussi il mettoit en parade sur' le!. Où estant un jour, fut apperceue quelque g< '■ Pierre.