CHAPITRE XXVI Io
coups qu'il nous donne. Mais ne faut-il pas tenir pour nouveaux chastimens, tant d'autres maladies auquelles tous les médeciils perdent non pas seulement leur Latin, mais leur Hippocrat et leur Galien? tant de vengeances non accoustumées, que Dieu fait sentir aux petis par la main des grans , et aux grans par la main des petis? tant de morts plus soudaines que jamais, plus pitoyables qu'oncques ? et souvent aussi avec un plus grand désespoir et plus grande rage que nos prédécesseurs ayent jamais veu. Dequoy on trouveroit aiseement plusieurs exemples si "on ouvroit les yeux à tels spectacles toutes et quantes fois qu^ils se présentent. J'ai jà parlé ci-dessus (en traitant de ceux qui s'estoyent desfaicts eux-mesmes) de Bonaventure Des Periers, auteur du détestable livre nomïné Cym^ balum mundi, comment nonobstant la peine qu'on prenoit à le garder (à cause qu'on le voyoit estre désespéré), fut trouvé s'estant tellement percé de son espée qu'il avoit appuyée le pommeau contre terre, que la pointe entrée par Testomach sortoit par l'eschine (i). J'ay aussi parlé d'un secrétaire d'une ville de Suysse, qui pressé du sentiment de ses meschancetez se précipita, ayant trouvé moyen d'eschapper de ceux qui l'avoyent en garde, et depuis me suis souvenu de quelques histoires semblables : mais sans venir à ceux qui par une juste vengeance de Dieu sont ainsi meurdriers d'eux-mesmes, il est certain que nous en voyons tous les jours mourans de maladie en leurs licts avec un désespoir et une rage non moindre que celle de ceux qui sont homicides de leurs propres personnes. Voire ne faut douter que plusieurs qui de nostre temps, mesmement de fraische mémoire, sont mors de maladie cstans désespérez, n'eussent faict une pareille fin
i)Cf. ch. XVIII, injint.
(j'enien, se fussent pareillemeni desfaicts) si on n'eusi faict bon guet à l'cotour d'eux. Le nombre desquels seroil fort grand, si on en vouloit faire songneuscmcni la recerche : mais je me contentera/ de parler de quelques persécuteurs qui ont •m fin esté perscculez par le juste jugement de Dieu, à la veuc de tous. Er conmanccray par ce lieutenant criminel duquel j'ay parlé à l'entrée de ce chapitre. Après donc esire eschiappé de la maladie en laqueUe il avoit enduré un si grand tourment de conscience, fut quelque temps après frappé de loups aux jambes, tellement qu'il perdit l'usage d'icelles : lînalemeni mourut aliéné de son sens, après avoir par plusieurs jours renié ci blasphémé Dieu. Le chancelier et légat du Prat (i) n'eut pas meilleur marché, nonobstant son brave hostel-Dieu (duquel le roy François premier de ce nom disoit qu'il n'estoit pas assez grand pour loger tous les povres que ledict du Prat avoit faieisl ; car il mourut en sa maison de Nanioui