CHAPITRE XXVI
qu'il dîsoit qu'il y a du blasphème ineslé parmi. Ce fut luy aussi qui donna les premières commissions pour faire mourir ceux qui contredisoyent à la religion Rommaine, estant ennuyé des longues procédures tenues au procès de Berquin. Et comment en prit-il à feu Estienne Poncher (i), archevesque de Tours? En poursuyvant Térection d'une chambre ardente, il fut ars et brûlé du feu de Dieu, qui luy commença au talon, mais gangna si avant au long de son corps, que s^estant foict couper un membre après Tautre, en la fin il mourut misérablement, et ne tenant en sa mort plus beaux propos que tenoyent les susdicts. De mesme punition fut puni un maistre Jan Ruzé, conseiller en parlement. Car estant le plus grand -brûleur de son temps (c'est-à-dire, qui faisoit la plus cruelle poursuite contre les ennemis de la religion Rommaine, h ce qu'ils fussent brûlez), luy avint un jour que venant de faire rapport d'un procès contr'iceuc, fut pris du fea au petit ventre : et à peine put-il estre conduict en sa maison, que ce feu se prit aussi à ses parties secrettes : dont mourut misérablement, le feu ayant gangné par tout le ventre : sans toutesfois monstrer aucun signe de recongnoistre Dieu. Et comme le juge^ ment divin fiit exécuté sur cestuy-ci promptement, aussi fut-il sur un autre conseiller de ladicte Cour, nommé Claude des Asses. Car le jour mesme qu'il donna son opinion pour faire brûler un des susdicts, après disner se mit à paiilarder avec une chambrière, et en l'acte mesme estant frappé d'un' apoplexie,
(1) ff Stepkanus II de Poncker, Baionenst primum preefectus eecleticgy translatut est anno i55r ad metropolin Turonensem^ aMicata sut idem tempus C tarit atis Dei prcefectura... Decessit PaHsiit rS MartH i55S. • GatUa chr., XIV, 134. Cf. Maan, Sancta et metropolitana ecclesia TuroneHsis, Auguste Turonum, 1667, ÎD-fol.
lo8 APOLOGIE POUR HERODOTE
mourut sur le champ. Un libraire aussi qui servoii cl'espie(t)n ces deux persécuteurs et à leurs compagnons, nommé Jean André, en cheminant fut surpris d'une fureur et rage, luquelle l'accompagna jusques ii l'heure de son irespas, qui fut bieotost après. Nous lisons iiussi des merveilleux jugcmens de Dieu contre ceuï qui furent les chefs de lu pcrsécuiîon faicte contre le povre peuple de Cabrièrc et Merindol : et apprenons par cela comment ceux qui cschapp(;nl les mains des hommes doivent lousjours penser ce que dit le commun proverbe, à-sçavoir que celuy n'est eschappé qui traîne son lien. Car à dire la vérité, tels malheureux trainent bien leur lien quant à ta justice de Dieu, encore que les juges de ce monde les ayent mis en liberté : voire trainent leur lien non seulemcm en ccste vie, mais encore apr£s. Je di ceci tant pour Jean Menier seigneur d'Oppcdc, qu'autres, auquels fut tellement faicl le procès pour les concussions, pilleries,