CHAPITRE XXVI IO
n'eschappèrent pas la main du grand juge, ainsi que l'ay dict. Et entr'autres Menier la sentit fort horrible, par une strangurie et un feu qui le bruloit depuis le nombril iusques en haut : lesquels maux il porta en telle patience que depuis qu'il en fut saisi, jusques au dernier souspir il ne cessa de blasphémer et despiter Dieu : faisant fort mal son proufit des exemples de plusieurs hommes et femmes lesquels il avoit ouys louer Dieu entre les tourmens alors qu'il les faisoit massacrer. Mais aussi il faut considérer qu'il enduroit la mort comme un brigand et meurdrier, les autres l'enduroyent comme martyrs (i). Or entre les gens d'Église qui auparavant ledict d'Oppède avoyent persécuté les povres fidèles de Provence, y eut un Jacobin nommé de Roma (des cruautez duquel j'ay faict mention cidessus) qui pareillement sentit la main de Dieu bien pesante. Car sous couleur de la charge qu'il avoit d'inquisiteur de la foy, ayant tyrannizé tant es corps qu'es biens tous ceux qu'il trouvoit n'adhérer point à la religion Rommaine, il se retira en Avignon, en délibération de faire grand'chèrc du pillage qu'il avoit apporté de divers lieux dudict pays de Provence. Mais le pillard fut pillé par ses domestiques et mis à povreté : et bien-tost après il tomba en une maladie espouvantable, et incongnue aux médecins. Car elle luy engendra des ulcères en plusieurs places, lesquels s'emplirent de vers, tellement que sa chair tomboit par morceaux : et devint si puant que nul, non pas luy«mesme, pouvoit endurer sa puanteur. Ainsi en vint là qu'il voulut persuader à quelques-uns qu'ils le tuassent : ce que n'ayant sceu persuader, il essaya
(1) Voy. Histoire de l'exécution de Cabrières et de Mérindol... déduite dans le plaidoyer de Jacques Aubery, lieutenant civil au Chastelet de Paris^ Paris, Séb. Cramoisy, 1643, in-40.
luy-mcsme de se desfaire. Mais n'ayant pu mettre en eiécuiion cestc malheureuse dêlibdraiion, il fut contraint d'endurer jusques à la fin : non sans plusieurs cris ou plusto^t horlemcns, conjoiots avec maints blasphèmes et despiiemena de Dieu : comme c'est ordinairement le refuge de tels mcschans, se sentans pressez de douleurs. Et h propos des gens d'église, il me souvient aussi d'un qu'on n'a pas accoustumé d'oublier, quand on parle de tels jugemens de Dieu : à-sçavoir Petrus Casiellaaus(i). Car de faîct nous avons en luy (aussi bien qu'en aucun autre] un exemple notable du jugement de Dieu ; pourceque après avoir faici grande profession de l'évangile pendant le règne du roy François premier de ce nom, jusques à encourir la male-grace de la Sorbonnc pour ceste raison (laquelle il ne craignoit à cause de l'appuy qu'il se sentoii avoir dudici prince), il retourna sa robbe au r^gne du roy Henri deuxième de T (pourtant qu'il voyoit que ceus qui faisoyt