CHAPITRE XXXVIII
de tous les dieux, Primus in orbe deosfécit timor (i). Car comme la bonne femme, après avoir donné une chandele ^à sainct Michel, en donnoit aussi une au diable qui estoit avec luy : à sainct Michel, à-fin qu'il
(i) Ce poète est Pétrone ; Toid le patuge complet, d*après Téd. de Barmano, I, 87a :
Priwnu in orbe Deosfécit timor : ardua eœlo Fiâlmina quum codèrent, discussaque moenia Jlammis, Atque ictujlagraret Athos : moxPhœhus adultus Lnstrata dejectus humo : Lunœque senectus Et reparatus honos : hinc signa ejffksa per orbem Et permutatis disjunctus mensibus annus Projecit Htium hoc : atque errorjussit inanis Agricolas primos Cereri dare messis honores : Paimitibus plenis Bacchum yincire : Palemque Pastorum gaudere manu. Natat obrutus omni Neptunus demersus aqua : Pallasque cavemas Vindicat. Et voti reus et qui vendidit orbem Jam sibi quisque Deos ayÙo certamine fingit,..
Il faat rapprocher le ptssage de Falgentius, Myth, I, c. i : « Non» mulU etiam servorum culpabiles^ dominifuriam évitantes ad simm^ lacrmm pro/ugi, yeniam merebantur et quasi salutis certissimo conlatori,jiorum atque thuris ob/erebant munuscula, timoris potius effectu quam amoris ad/ectu. Denique hujus rei non immemor Petromius ait : Primus in orbe Deos fecit timor. Nom et Mintanor musicus in XpoufxaTOisoicov libro artis musicœ quem scripsit^ ait : Deum doioris, quem prima compunctio humani finxit generis. ■ Cf. Sut., Theb.y III, ▼. 661. Saint- Evremond 8>st trompé en attribfumt le mot à Lacrèce {De la vraye et de la fausse beauté des ouwrages d'esprit ) : « Quand Lucrèce veut faire le sérieux et le disooarcur, d'abord c'est un homme perdu qui ne sçait ce qu'il dit. Témoin ce vers que j'ay ouy citer souvent si mal à propos : Pri» mus, etc. La crainte a fait accroire aux hommes qu'il y avoit des dicas. Car si on luy demandoit qui est-ce qui a fait naître cette crainte ? Ne seroit-il pas obligé de répondre que c'est l'idée naturelle que let hommes ont de la divinité ? Car la crainte et les antres patsiont ne sont en nous que parles objets qui les excitent par le moyen de l'imagination ou de la pensée. Que si je trouve en moy l'idée de la divinité avant que j'y trouve la crainte que je dois avoir pour elle, c'est donc cette crainte qui est l'effet et non pas la cause de la pensée qae fen ay. Ne faut-il pas avoir bien peu de pénétration et d'étendue d'esprit pour n'aller pas jusque-là ? • M. de Pongerville traduisit devant Louis XVIII le vers ainsi :
La crainte la première enfanta les faux dieux. V. E. Foamier, YEsprit des autres.
luy fisi du bien, au diable, afin qu'il ne luy ftst polm de mal : ainsi ne faul-il douter que saînct Antoine et autres semblables saincls n'ayent estd adorer autant « plus pour crainte Uu mal qu'ils pouvoyent faire, que pour espcrancL' de quelque bien. El voilà pourquoy il y a eu grand combat entre -ceui de la ville d'Arles et les Antoniens de Viennois sur ceste question, lesqueb se diroyent po^esseurs du corps dudict S. Antoine : d'amant que tant les uns que les autres en monstroyeni un qu'ils disoyeni csire sien : mais en la fin sainct Antoine est deraoure' ayant deux corps entiers, par faute d'un, et outre iceux, plusieurs membres en divers lieux : pour le moins avec demie douiaine de genoux, l'un h Bourg, l'autre à Mascon, l'autre à Dijon, l'autre ii Chalons, l'autre à Ouroux, l'autre auiL Augustins d'Albi. Voilà combien sainct Antoine a gangné à faire du mauvais, ou pour le moins à faire courir le bruit qu'il estoii tel. Aus'i nous doit apprendre ceci à nous gouverner sagement à l'endroit de ceux qui sont en danger d'cstre canonizez apris leur mort : car ce que dit le proverbe que les trespassej ne mordent plus, n'est pas vray quant aux canonizez, ou toute ceste philosop&ie des papîco\es
Mais voyons si en ce point aussi il y a conformité entre les dieux des payens et les saincts : et par mesme moyen regardons, tout conté, tout rabatu, lesquels onc plus receu d'honneur de leurs adorateurs. Je di donc qu'il n'y a point de doute que les payens n'eussent opinion de leurs dieux, qu'ib sfavoyent faire malades aussi bien que guarir, comme les papicoles ont estime de leurs saincts : mais au lieu que les papicoles pensent