CHAPITRE XXXVIII
Vilement puissance sur toutes maladies, pour guarir d'icelles, ou pour en fraper les personnes que bon leur semblerott. Or en ceci nous pouvons voir évidemment combien il s'en faut que les papicoles facent autant d'honneur à leurs saincts que les payens à leurs dieux. Ce que je di comprenant aussi les sainctes sous k nom des saincts, et les déesses sous le nom des dieux. Mais les papicoles, ne se contentans de ne faire que ce demi honneur à leurs saincts tant en ceci, qu'en ce qu'ils leur veulent faire à-croire qu'ils ne sçavent qu'un mestier, sont venus jusques â leur faire du déshonneur fort grand en ce que nous avons dict ci-dessus : à-sçavoir en leur donnant des mestiers si vils, si abjects, voir si ors et si sales qu'à grand peine les peut-on nommer sans avoir mal au cueur : comme pour exemple quand ils ont faict les uns cordonniers, voire aucuns « savetiers, les autres porchers. Car combien que les payens missent Pan au nombre des moindres dieux et des plus petis compagnons entr'iceux, si ont-ils eu honte de luy donner des pourceaux en garde. Et quant aux saincts qui sont manouvriers, forger des armes (comme fait Vulcain) est bien une besongne plus honneste que faire des souliers. Il est vray que les prescheurs des papicoles ont bien fait en sorte (au moins ceux qui ont eu de l'esprit), que le povre peuple n'a laissé par cela de leur faire des offrandes aussi belles et bonnes que s'ils eussent esté de quelque noble estât : car ils tournoyent cela à leur plus grande louange. Tesmoin celuy qui preschant la vie et les louanges de S. Crépin, disoit que ce glorieux sainct avoit pu estre pape, avoit pu estre roy (voire roy de France), avoit pu estre empereur, mais il avoit mieux aimé estre cordonnier. Et toutesfois (dict-il) messieurs et mes-dames, considérez combien c'est vilain mestier, et combien ord et sale : quand il n'y auroit que cela qu'il leur faut
tousjours manier le chigro |i], et tirer ces puâmes peam à belles dents. Et tant mieus pouvez-vous congnoistre combien a esté grande l'humilité de ce glorieux saioct. Mais toutes les plus nobles bandes de cordonniers et savetiers de la ville où il preschoit, l'empoignirent au sortir de la chaire, et le frottèrent si bien qu'ils luy firent construire d'une piteuse sorte toute sa déclamation. Duquel faict laissant opiner les autres [j'cnten, qui avoit tort, ou les batteurs, ou le battu), je di quece prescheur avoit raison de dire cela de S. Crépin, pouf luy sauver son honneur ; mais il disoit une chose qui est fort malaisée à croire, et qui seroit (comme je pense) péeulière à ce sainct, c'est qu'estani en ce monde il eust desjà choisi le mestier dont il se vouloit mesler aussi quand il seroit en paradis.
Mais voici un' objection qu'on me pourra faire sur ce que j'ay dict, que les papicoles faisoyent moins d'honneur à leurs saincts que les payens avoyent faici à leurs dieux, quand ils donnoycnt à entendre que chacun sainct n'avoit puissance que sur une maladie, et ne sçavoit faire qu'un mestier. On me pourra objecter les saincts qui sont patrons des villes ou pays, ne plus ne moins que les payens avoyent un dieu patron de chacun lieu. Exemple : comme les Babyloniens avoyent le dieu Bel pour leur patron, les Êgyp^'*'"^ fsis et Osiris, les Rhodiens le Soleil, les ^roiens Juno, les Paphiens Venus, les Delphiens ApoUo, les Athéniens Minerve, les Ëphésiens Diane : ainsi tes Espagnols pour leur patron ont sainct Jaques, les Fraii' çois ont S. Denys, et ceux du Limosin ont spécialement S. Martial, les Alemans tous en général ont S. George, et ceus d'Augsbourg ont eu S. Ulrich, ceui
(I) Le chigro; 1 la pici