‹ Apologie pour Hérodote (volume 3)Chapitre 5 sur 221 · CHAPITRE XXI l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI l

de sa femme et de sa mère, estant femme veufve. Ce gentil Cordelier, père confesseur de ceste veufve, l'avoit si bien faict croire en ses dieux, qu'elle pensoit fermement sa fille avoir plus heureusement rencontré qu'il n'eust esté possible de souhaiter : et pour mieux la persuader (combien qu'il n'estoit besoin de grande rhétorique pour ce faire, veu la bonne opinion qu'elle avoit de luy pour la dévotion qu'elle portoit à son ordre), luy usa de ceste harangue, suyvant la prière qu'elle luy avoit faicte de luy trouver parti pour sa fille : « Je croy sans faute que Dieu m'a envoyé son

■ ange Raphaël, comme il fit à Thobie, pour trouver » un perfaict espoux à vostre fille. Car je vous asseure » que j'ay en main le plus honneste jeune gentilhomme

■ qui soit en Italie : lequel a quelquesfois veu vostre > fille, et en est si bien pris, qu'aujourd'huy, ainsi que » i'estois en oraison, Dieu le m'a envoyé, et m'a dé- » claré Taffcction qu^il avoit à ce mariage. Et moy, qui

• congnoy sa maison et ses parens, et qu'il est de vie » notable, luy ay promis de vous en parler. » Voilà rentrée de laquelle usa ce beau père à l'endroict de ceste bonne femme : et pour faire bien la fourbe, et oster tout souspeçon, il adjousta : « Vray est qu'il y a » un inconvénient que seul je congnoy en lui : c'est » qu'en voulant secourir un de ses amis, qu'un autre » vouloit tuer, tira son espée, pensant les départir : » mais la fortune avint que son ami tua l'autre. Par- » quoy luy, combien qu'il n'ait frappé nul coup, est » fugitif de sa ville, pource qu'il assista au meurdre.

• Et par le conseil de ses parens s'est retiré en ceste

• ville en habit d'escholier, où il demeure incongneu

• jusques à ce que ses parens ayent faict son appoincte-

• ment, ce qu'il espère qu'ils feront en bref. Par ce

• moyen faudroit le mariage estre célébré secrette-

• ment, et que vous fussiez contente que le jour il

II a

■ allast aux lectures publiques, et tous les soirs viaxt

» soupper et coucher ctans, ■■ La bonne daroe trouva la plus grande apparence du monde k tous ses propos, (comme le proTtrbc dit qu'aisé est à tromper qui à nul mal ne pense) : de sorte qu'i ces mcsmcs conditions ils furent fiancez ce jour mestne, et après minuict fut dicte ta messe & laquelle ils cspousèrcnt ; et le mariage consommé, vescurent quelque temps ensemble avec un contentement réciproque, duquel la mère disoit avoir occasion de louer ' lais un Dominus vo-

biscum prononcé en la lar ce tant honneste

jeune gentilhomme (qui i Corddier et prestre

prestrisant) commença h g le mystère. Car ceste

jeune mariée esiant allée sa mère (suyvant la

dévotion que j'ay dict queue portoit à S. Franjoisl pour ouïr messe au convent des Cordcliers, ainsi que ce gentilhomme se retournant vint îi dire Dominus vobiscum, Jemoura la povre jeune femme plus estonnée qu'un fondeur de cloches : et dit à sa mère que celuy qui disoit la messe estoit son mari, ou pour le moins un qui luy resembloil bien fort. La mère, faisant scrupule de penser seulement que si sainctes gens eussent usé d'une telle tromperie, et mesmes estimant ceste pensée ne pouvoir estre sans grand péché, tascha de destourner sa fille de telle opinion. Mais le Ile Mïssa est accusa (out : car alors se reiournam encores, non seulement conforma la fille en son opinion, mais y fcii aussi entrer la mcre : laquelle toutcsfois ne k- voulut point croire du tout jusques au soir, qu'elle le vint trouver eouchc avec sa femme, et (suvvant le eoiii]ilot qu'elles avuyent faict ensembk) lui prit se^ deii\ mains comme par jeu, cependant que la lille hiy mtoii s^i cocll'c r sous laquelle s'cstant trouvée la lielk* euuiiinue, ne fut plus question de douter s'il C'iuit pre^tre, mais bien de penser comment on se pourroit vanger tani Je

Page 1