‹ Apologie pour HérodoteChapitre 122 sur 223 · CHAPITRE XXÎV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXÎV

ceste réponse, pour couper broche (i) à toutes les disputes qui s'en^ pouiroyent encore faire : Je di que de* vant que l'église en eut déterminé il estoit licite d'opiner d'une sorte ou autre : maintenant pourceque le concile de Basle a esté d'autre avis, il est dangereux de tenir l'autre opinion : voire je croy que cela soit hérétique. Et mesme les mots pris pour nostre thème s'accordent à cela, Tota pulchra es, arnica mea, et macula non est in te, Cantic. cap, 4. C'est à dire, Ma bienaimée, tu es toute beÛe, et en toy n'y a point de macule.

Mais Tauteur des sermons intitulés Dormi secure amène d'autres preuves que tous les autres: car il allègue trois miracles faicts tout à propos ; ayant premièrement (comme j'ay dict ci-devant) pris la diabolique hardiesse de falsifier le passage de David, en retrenchant ce qui ne faisoit pour luy, et au lieu de: Et in peccatô concepit me mater mea, alléguant seulement Concepit me mater mea, et puis prenant ces mots pour le thème du presche qu'il fait de la conception de la vierge Marie, et les appliquant à elle. Or promet- il de monstrer qu'ell'a esté conceue sans péché originel, par trois sortes de raisons : Premièrement pource que Dieu l'a préservée (car il prend pour tout prouvé ce qui ha le plus grand besoin d'estre prouvé). Secondement, pourceque cela a esté préfiguré par la saincte escriture, et approuvé par les sentences des saincts docteurs. Tiercement, pourceque cela a esté confermé par exem-

d'innoTer en célébrant une fSte que rien n'autorise, est la pièce la plus considérable de cette longue controverae. V07. Ed. Laboulaye^ La Liberté religieuse, i858, p. i5o.

(1) « G>mbienque la broche en fiist rompue, quanquam abscitsa res erat, ex Livio. » Nicot... c Couper, rompre broche à quelqu'un, agendi nobiscum ansam alicui prasscindere. n Monet. « Couper broche à quelque chose, ces mots se dfsent figurément et dans le stile bas. » Richelet.

pies. Qui sont donc ces exemples ? Des miracles apostez( i ). Desquels je pense estre ceux-mesmes que nous avons tantost ouys estre reprochez aux Cordeliers par les Jacopins. Le premier est (duquel j'ay faict mention desjà parcidevaçt) que ayant publié par tout qu'il prouveroit la vierge Marie avoir été conceue en péché originel, toutes les trois fois fut surpris de maladie, et ainsi fut empeschéde ce faire. Toutesfois encore depuis se délibéra de déterminer touchant cest article, et arresta du jour : mais la nuict précédente il tomba en une trèsgrief^e maladie, de laquelle pressé il invoqua la vierge Marie à son aide. Laquelle Testant venu trouver incontinent, luy dict qu'il enduroit ceste maladie pourcequ'il s'efForçoit de prouver qu'ell'estoit conceue en péché originel. Toutesfois après luy avoir dict cela, elle prit le couteau de la chambrière qui la suivoit, et d'iceluy coupa au costé dudict maistre Alexandre une pièce de chair pourrie : puis avec un aiguille et du fil de soye (car il y a serico filo) raccoustra et consolida la place, puis elle s'en alla. Et après son départ luy se porta très-bien, et déclara ceci à un escholier qui dormoit en la mesme chambre : et alors renonça totalement à ceste opinion qu'il avoit eue touchant la conception de la vierge Marie : et non content de cela, composa un gros livre pour l'approbation de l'opinion contraire. Le second conte est, qu'un bon frère mineur allant chasque nuict faire ses oraisons au chœur du temple, oyoit ordinairement sur l'autel de la vierge Marie un certain son comme d'une mousche : et s'esbahissant qup cela pouvoit estre, une fois entre les autres dict à cela qui faisoit un tel son, « Je t'adjure par nostre sei-

(i) Rob. Estienne et Nicot écrivent apposté. Le xv!» siècle l'appliquait aux choses : « quelques propos apostez, » Des Périers, nouv. LXXXI; miracula fantastice factay dit Barelete.

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