‹ Apologie pour HérodoteChapitre 146 sur 223 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

de fontaine : mais on le fait cuire de Teau de la rivière : qui signifie quant au sens spirituel que la vraye pénitence ne peut bien cuire, c'est à-sçavoir estre parfaicte de l'eau du puis ou fontaine, qui représente les larmes d'attrition. Mais qui bien veut le faire cuire, luy est nécessaire prendre de Peau de rivière, c'est à noter de vraye contrition. Par l'eau du puis qui point ne court, est entendu attrition, et par l'eau de la rivière, contrition. Parainsi disent les docteurs qu'il y a bien différence : car attrition n'est pas certaine, ne n'en cuit bien le pois spirituel : mais contrition est certaine, qui fait bonne décoction du pois de pénitence. L'eau de rivière qui se mouve, court et fiue, moult est valable pour faire cuire pois. Je dis qu'il faut avoir contrition de ses péchez, et prendre l'eau courante : c'est à-sçavoir les larmes du cueur, qui doivent courir, mener et venir jusques aux yeux. »

Au chapitre nii : a La purée moult est à louer, et est une chose qui moult bien pare les disners de Caresme. La purée se passe par l'estamine : par laquelle devons entendre le propos de soy abstenir de péché. »

Au chapitre v : « Après la comestion de la lam* proye. Ion se prend au poisson. Je trouve que la lamproye devant tout autre genre de poisson est bien nutritive : parquoy j'ay voulu comparer restitution à ce poisson. Aucuns sont qui diront paraventure qu'ils n'ont assez argent pour acheter ceste lamproye (i). Communeement les lamproyes sont chères : il est vray, mais elles sont bonnes aussi. Si vous voulez manger de ceste noble lamproye, qui est la rémission de vos

(i) « La lamproye, en hiver, se mange par la noblesse, parce que c'est un poisson friand, et au printemps par le paysan, car alors elle est cordée (dure), i Dict. de Trévoux.

28o APOLOGIE POUR HERODOTE

péchez, c'est à-sçavoir Tamour de Dieu, si la faut-il acheter, nonobstant qu'elle soit bien chère. Vous ne Taurez point pour demi franc, demy escu, ou un franc, un escu : mais il est bien force de bailler tout l'argent, les biens et autres choses que vous retenez sans raison de vostre prochain. Il faut tirer cest argent de vostre bourse pour en faire restitution : pareillement toute rancune du coffre de vostre cueur : ou vous ne mangerez jà ceste lamproyc dignement avec son sang, duquel est faicte la bonne sauce, c'est à-sçavoir le mérite de la passion. »

Au chapitre vi : « Par le safTran, qui doit estre mis en tous les potages, sauces et viandes quadragésimaies, j'enten la joye de paradis, laquelle nous devons penser en toutes nos opérations, odorer et assortir. Sans le saifran nous n'aurons jamais bonne purée, bon pois passé, ne bonne sauce : pareillement sans penser aux joyes de paradis ne pouvons avoir bons potages spirituels. »

Au chapitre vu : « Les orenges sont bonnes aussi en Caresme selon les médecins. Par l'orenge j'enten la charité que devons avoir envers Dieu, qui est bien dénotée par Porenge quant à la couleur, et quant aux grains mussez dedans. Ce fruit est de couleur punique (i), c'est à-sçavoir jaune, tirant sur le rouge, qui

(i) Punique dans ce sens n'est pas dans les dictionnaires. Littré ne donne que punicine : matière acre et incristallisable de Técorce du grenadier. A punique répond étymologiquement ponceauy et le^ttnicum tnalum c'est la grenade. L'orange se dit malum aureum, selon Forcellini qui ne hasarde son assertion qu'avec timidité : poma ea quct vulgo aurantia dicimus, ut quidam putant, tandis que M. Aug. Nisard traduit Vaurea mala de Virg. Ec. III, 71, par pommes d'or. Bien plus, M. Quicherat a jugé à propos de combiner l'expression flammeus color pour rendre le punique ou le jaune tirant sur le rouge, de notre texte. Enfin, le Dictionarium tetraglotton de Plantin, i563, traduit puniceus par écarlate. C'est le cas de dire que des couleurs il ne faut pas trop disputer. Ajoutons toutefois qn'écarlate manque

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