‹ Apologie pour HérodoteChapitre 155 sur 223 · CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII

mot de courtisane (qui est le moins déshonneste synonyme de putain) a pris son origine de la cour de Romme, à-sçavoir des premières dévotes qui fréquentoyent plus que très-familièrement jour et huit avec les. prélats de Romme (i). Au demeurant ce propos des richesses papales me ramentoit le sermon d'un moine Gascon, auquel il preschoit que quand Tantechrist viendroit, il useroit d'une largesse incroyable, et n'espargneroit aucunement les présens pour gangner les cueurs des personnes : bref qu'il sèmeroit For et l'argent par tout. Par lesquels mots il fit si bien venir Teau à la bouche d'un certain Gascon qui estoit Tun de ses auditeurs, qu'il cria tout haut, E diu quart biera ed aquet bon Segno d'antechrist ? Si ce povre Gascon (auquel peutestre il y avoit grand pitié) eust esté averti qui estoit cest antechrist, il n'eust pas demandé quand il viendroit, mais seulement des lettres de recommendation pour luy porter (2). Il est vray qu'il luy eust falu apprendre (si desjànelesçavoit)quelquemestier de ceux par lesquels on entre en crédit envers sa saincteté.

Je laisse ces grands terriens ecclésiastiques, et retourne à leurs supposts, employant l'autorité du bon prescheur Barelete, qui parle du proverbe qui couroit de son temps (et avoit couru long temps auparavant), Les prestres, les moines, la mer, sont trois choses insatiables. Et d'où pensons-nous que soit venu ce proverbe ? Il est certain que l'expérience commune Pa mis en usage : car quand on a veu les gens d'église tirer

(i) « Marescallus habet juridictionemin cortesanos seu nos et curiam nostram sequentes. » Bulle du faux Benoît XIII, 1394. c Quinquaginta meretrices honesta cortegianœ nuncupatœ. » Journal de Bufchard.

(2) Ipse vero Antichristus, ut pessimœ generationi satisfaciat^ opesmalorum irritamenta ejbdiet et exponet », dit un docteur cité par Malvenda, De Antichristo, libri Xly Roms, 1604, in-fol., 1. VIII, c. i3. Cf. Renan, Y Antechrist, 1873, p. 478.

proufit de tout, on a dict ce qu'on voyoit toutes les heures pratiquer devant ses yeux. Car non seulement on les voyoit prendre du vif et du mort (ainsi que porte le proverbe François), mais à ceux mesmement qu'ils avoyent jà pillez et vifs et morts, piller les enfans jusques à la troisième et quatrième, voire jusques à la dernière génération. Et quels moyens avoyent-ils si grands de piller ? Les abus leur estoyent des moyens les plus aisez du monde : le nombre desquels abus nous sçavons avoir esté infini, et pourtant ne se faut esmerveiller si leurs richesses pareillement ont esté infinies. Entr'autres a esté ce moyen merveilleux, de se servir des morts pour piller les vifs et les morts : duquel seul je parleray pour le présent. Je di donc premièrement que ce moyen ha deux parties, comme il y a deux sortes de morts. Une partie est par les morts qui sont canonizez, l'autre partie par les morts qui meurent sans canonization : qui sont ceux par lesquels je commanceray le présent discours. Je di donc qu'au lieu qu'ils se sont servis des corps et des âmes des morts canonizez, ils ne se sont servis que des biens et des âmes des autres, lesquelles ils ont faict revenir de purgatoire pour menacer et espovanter ceux qui ne voudroyent foncer à Tappointement. Car nous sçavons que la meilleure pratique des simples prestres et moines souloit venir et vient encores à présent du requiem : tesmoin ceste façon de parler commune entr'eux, Allons boire sur le premier cuir qui viendra. Tesmoin aussi le curé qui se plaignoit à ses paroiciens, en disant, Que voulez vous que je face, mes paroiciens ? Vous ne me baillez point d'ofErandes, et si ne mourez^ point, dequoy pensez- vous que je vive? Mais quand, après avoir bien chanté le requiem, on ne leur bailloit à leur appétit matière de chanter gaudea^ mus, alors le diable y estoit : alors les âmes de ceux ausquels on avoit chanté un si maigre requiem, retour-

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