‹ Apologie pour HérodoteChapitre 16 sur 223 · CHAPITRE XXn · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXn

que quand ils ont bien beu^ ils s'accordent comme chiens et chats : mais je la laisse ray vuider aux lecteurs. Car je ne sçay pas si cela est vray, qu^ils viennent aux poings quand ils ont bien beu : j'ay bien mémoire qu'une fois les Sorbonistes tenans leur synaguogue aux Bernardins, avant que boire (au moins ainsi qu'ils disoyent^ et de vray il estoit encores bien matin), après qu'ils m'eurent faîct retirer, aussi mon advocai et mon procureur, et qu'ils yindrent à déhberer quelle response il fallolt faire k une lettre par nous présentée, que feu lïion père avoit impétrée du Roy Henri (par laquelle il leur faisoit quelque commandement qui ne leur plaisoit guères), nous les velsmes en grand danger de s'en trépigner, après estre las et tous enrouez de force de crier. Ce que je n'eusse osé raconter si je n'eusse eu ces deux boas tes moins : lesquels en furent beaucoup plus scandalisez que moy, qui avois un peu ouy parler de leurs gentillesses. Et de faict je crois que quand ils se fussent entre peignez les barbes, ce n'eust esté la première fois, et ne leur fust avenue chose qu'on n'ait veue avenir au Concile entre VÉvesque de la Cava et TEvesque Greguetto. Et à propos de proverbes, ces deux là me font souvenir encore d'un autre^ qui est, F^ce d^Abbé[i)j lequel proverbe estant ancien, me fait croire que desjà anciennement les Abbex eussent les faces enluminées. Quant au Cardinal des bouteilles (2), il semble bien que je luy fay tort, de

(i) Le Duchat trouTé qucEabdala fait allaeioo à ce proverbe, 11^ 7, et dans son RateUii il renvoie au Moyen de parvenir, XVII ; il cite encore Rabekls dans les notes sur le Passavant k propos de : glossa quat tst vaîde aifbatialis^ id est stuHa et stupida ; mais une face enluminée et ane face d'âne font deux.

(2) Le Duchat dlt^ dans les notes de V Apologie, que le cardinal des bouteilles «fat Louis de Lorraine, cardinal de Guïse^ mort ù P^ri^ en 1578; 6 jïji^ \ù Passavant il penche pouf le cardinal Jean-Pierre CaraffEt^ depuis Pape sous le nom de Paul ÎV; enfin dgns i'Hi:!iioire

Poublier en ce propos : mais je n'en parle pas volontiers, pour ce qu'il me ramentoit l'injure que les Italiens ont accoustumé de nous dire, nous appelans boutillons. Or si ces bons prélats vouloyent dire, qu'en faisant telle chère ils ne laissent de conférer à table de quelques bons et honnestes propos, Olivier Maillard leur respondra qu'ils ont menti, et qu'au contraire ils ne parlent que de paillardise. Voici les propres mots de son texte : Vadatis ad mensam prcelatorum, vel dominorum magnatum : semper loquuntur de luxuria, vel aliquibus detrahunt : et ille qui viîius loqmtur, dicitur melior.

Je pense maintenant à une objection qu'on me pourra faire : c'est que quant aux chanoines, prieurs, abbez, et autres grosses créatures du Pape, il y a bien apparence qu'ils facent si grand'chère : et mesme ne seroyent pas sages s'ils ne se donnoyent du bon temps, quand toute la poursuite qu'ils ont faicte pour avoir des bénéfices n'a esté à autre fin et intention (et de faict nous lisons d'un qui avant qu'estre Pape, souloit manger sur une rets (i), par une certaine humilité dévotieuse : estant parvenu au papat, « Ostez-moy ceste-

de De Thou, il dit que c'est le cardinal de Guise que le Passavant désigne sous le sobriquet de Cardinalis lagenifer. Il faut opter ; Passavant parle du passage récent du cardinal à Genève et son épître date de i553 ; or à cette époque Jean-Pierre CarafiFa était en Italie, et quant à son neveu Charles CarafiFa, il ne vint en France qu*en i556 ; le cardinal des bouteilles est le cardinal de Guise ; voy. d'ailleurs L'Estoile, Mémoires-journaux, éd. Brunet, etc. 1875, 1, 238 ; Cf. De Thou, liv. 65, ainsi que Brantôme, le Mareschal de Cassé.

(i) Rets est féminin dans Froissart, Christ, de Pisan, Calvin, masculin dans Paré. Les rois se trouve dans le Lai de Melion, leur roys dans Joinville. M. Brachet, qui met Toriginal retis dans la deuxième déclinaison, dit que l'ancien français avait ret au cas-régime, mais il nous doit les exemples. Littré pense que rois indique retia^ les pluriels neutres du latin devenant souvent des singuliers féminins. Il y a d'ailleurs aussi le sing. neutre retium (Schol. ad Juvenal.) et Ducange donne rethum.

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