CHAPITRE XXU Sg
» rets, » dit-il, « j'ay pesché ce que je voulois prendre »; mais quant à tant de povres moines, qui n'ont ni rente, ni revenu, qui n'ont pas un pouce de terre, qui mesmement sont appelez porteurs dé rogatons, pource qu'ils ne vivent que des aumosnes des gens de bien, et de grammercis, et mesme ceux qui sont appelez mendians (qui Vaut autant que belistres), comment sera-il vraysemblable que ceux-ci ayent de quoy faire bonne chère ? Il me semble que la response est aisée, si nous regardons le proverbe commun, qui dit qu'iV n*est vie que de coquins, quand ils ont assemblé leurs bribes. Quoy qu'il en soit, ce n'est pas sans cause qu'on dit, C'est un frère ^ au lieu de dire, Cest un bon compagnon y qui ne cherche qu^à se donner du bon temps. Aussi ne dit-on sans cause, // est gras comme un moine, duquel proverbe j'ai faict mention ci dessus. Je confesse bien toutesfois qu'on dit aussi ce Comme, Gras comme un pourceau, ou Gras comme un cochon. Et de faict, qu'il y ait quelque correspondance, ou analogie, ou sympathie occulte entre les pourceaux et les moines (je di prenant les moines inpuris naturalibus), leur bon sainct Antoine l'a bien monstre : lequel en sa vie ayant gouverné un troupeau de pourceaux, voulut en sa mort avoir en gouvernement un troupeau de moines : comme tesmoigne l'épigramme suyvant (combien que ceux qui pour le jourd'huy vont crians. N'y a-il rien pour les pourceaux de monsieur S. Antoine ? le facent encore porcher, et que sa légende porte qu'en son vivant aussi il a été gouverneur des moines) :
Diceris, Antoni, porcos pavisse subulcus,
Vivus : adhuc monachos lumine cassus alis.
Par stupor ingenii est vent risque abdomen utrisque : Sorde pari gaudent ingluvieque pari.
Nec minus hoc brutum genus est mutumve suillo, Nec minus insipidum, nec minus illepidum.
Cœtera conveniunt ; sed non levis error in uno est : Debuerat monachis glans'cibus esse tuis (i).
Qu'on a traduict ainsi :
En ton vivant, Antoine, te plaisois (Ainsi qu'on dit) à nourrir des pourceaux : Et maintenant tu fais ce que faisois, En nourrissant tous pareils animaux, Moines bien gras, stupides et bruitaux Comme les porcs, et de mesme nature.
Dont leur convient pareille nourriture. Et c'est pourquoy tu faux en cest endroit : Car par raison, pour la vraye pasture De tes cagots, le gland leur conviendroit.
Il est bien vray qu'un autre Escoçois a faict aussi un épigramme Latin par lequel il met en doute si c'est un mesme S. Antoine pasteur des pourceaux et des moines : mais en la fin sa résolution est :
Credibile est Circen mutasse potentibus herbis In monachosque sues, inque sues monachos (2).
C'est à dire :
Je croy donc que Circé par ses herbes et eaux De pourceaux moines fit, et de moines pourceaux.
Mais sans aller cercher ailleurs des tesmoignages,
(1} Voy. Buchanan, Fratres fraterrimi.
(2) L'animal dont se recrute le troupeau d'Epicure apparaît déjà dans le colloque d'Érasme Abbatis et eruditœ. G. Marot, dans sa traduction, l'a remplacé par le veau : ...Je vous demande, Si vous aviez vertu si grande De muer les corps et les testes . De vous et vos moynes en bestes, Les feriez-vous pas estre veauix ?