‹ Apologie pour HérodoteChapitre 177 sur 223 · CHAPITRE XXXIX SSg · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX SSg

balternes ? Car s'ils ne les eussent estimez tels, il est certain qu'ils ne leur eussent pas attribué la puissance laquelle Dieu s'est réservée. Ne voyons-nous pas ici une folie, non pas simple, mais accompagnée d'une impiété horrible? Toutesfois en voici un' autre qui passe bien plus outre, sur ce mesme propos des saincts : c'est d'avoir osé dire que si le S. Esprit estoit mors d'un chien enragé, encore faudroit-il qu'il vinst à S. Hubert (i) s'il vouloit estre guari. Ce qui fut dict par un porteur de rogatons ayant des reliques dudict S. Hubert. Et si nous regardons en quelle estime on a eu le pape, aussi bien que les saincts, n'estoit-ce point pareillement une folie estrange, de croire qu'un homme, depuis qu'il estoit faict pape, devenoit dieu ? de croire qu'il avoit les clefs et de paradis et d'enfer, pour loger en paradis ceux qui donneroyent à luy ou aux siens, pour loger en enfer ceux qui ne donneroyent rien? De croire que c'estoit moindre péché de tuer un homme, que de manger de la chair le vendredi, ou rompre quelque autre tel commandement de ce dieu terrestre ? Que si nous venons au sacrifice messatique, et à l'abus qui a esté quant à iceluy, ne dirons-nous pas les hommes avoir esté et plusieurs estre ençores à présent ensorcelez estrangement, avant que croire qu'il y a des âmes en purgatoire qui n'en peuvent estre chassées sinon qu'à grands coups de messes ? Avant que croire qu'un messire Jan ayant prononcé certains mots sacramentaux sur tous les pains d'un marché, face autant de pains devenir autant de dieux ? Croire qu'on mange son Dieu, et puis qu'on le face sortir pour aller au lieu qu'on a honte de nommer? Et (qui est un point bien à noter) n'est-ce pas un cas dont on ne se

(i) Voy. Reinsberg-DOringsfeld, Traditions et Légendes de la Bel-giquey ij 240.

sçauroit assez esmerveiller, que plusieurs choses qui leur devoyent servir à desraciner de leurs entendemens la superstition, Vy enracinoyent d'avantage ? Car ils devoyent tenir leur dieu de paste pour suspect alors au moins qu'ils voyoyent son sang avoir esté empoisonneur, et sa chair empoisonneresse : le sang, empoisonneur de Guillaume archevesque d'Yort, au temps du pape Anastase 1 1 1 1 (i) : la chair, empoisonneresse de Fempereur Henri septième, à l'aide de Bernard du Montpolitian, Jacopin, de la faction des Guelphes (2) .

(i) s. Guillaume, archevêque d*York, mourut le 8 juin 11 54. Celui qui parla d'empoisonnement fut Gervais de Canterbucy, qui laissa une chronique allant de 11 22 à 1199, insérée dans Historiœ anglicanœ scriptores antiqui^X, Lond., i652, in-fol. « Willielmus in sacra solemnitate Pentecostes inter missarum solemnia^ veneno infectus est. » On composa même une hymne dont Alford a conservé un passage :

In octovis Pentecostes Quidam malignanter hostes In eum pacijicum Et ut ipsum privent vita^ Celebrantis aconita Pr opinant in calice; Toxicatur a profanis nie potuSy ille panis Per quem périt toxicum.

La chronique de Bromton, qui va jusqu'à 1 198, se tait, et Guillaume de Neubridge (ii36-i2o8) réfute l'opinion de l'empoisonnement : « Propter inopinatum transitum a multis creditur veneno extinctuSy asserentibus eum ex sacro calice per quemdam ex adversariis vel pro eis œmulantem in/ecto, potum morti/erum (quod dictu horrendum est) et eum potu mortem hausisse. At hoc mera quorumdam opinione : quam tamen petulanter, velut perspicuam veritatem, sparserunt in vulgus. Denique ego processu temporis cumfama ista crebresceret, quemdam virum magnum et grandcevum, Rievallensis monasterii monachum jam valetudinarium et morte vicinum qui eo tempore Eboracensis Ecclesiœ canonicus et memorato archiepiscopo familiaris extiterat, super hoc eum adjurationibus percunctandum putavi. Qui constanter rcspondit hoc esse conceptœ a quibusdam opinionis mendacissimum commentum.., » Disons, à la décharge d'Estienne, que la chronique de Guillaume de Neubridge ne fut publiée pour la première fois qu'en 1567, Anvers, in-S®.

{2) Voy. II, 66.

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