CHAPITRE XXXIX SgS
» cul. » Mais il n*y avoit pas pour rire quand le prestre ne desbridoit pas la messe assez viste au gré des auditeurs : ains alors le diable y estoit à pied et à cheval. Au diable sois tu donné messire Jan. Haste toy de par le diable : on desjeunera sans nous. Tes fièvres quartaines, messire Jan, tu ne sçais pas lire à demi. Lesquels suffrages ne sont encore rien au pris de ceux qui furent dicts par des gentilshommes François à un prestre, qui au lieu de leur épitomizer ou abbréger leur messe extraordinairement, la leur alongea de toute la passion. Ce qui avint par leur faute, car au lieu de luy demander une messe de chasseur, ils luy demandèrent une messe de gendarme, pensans Tavoir encore plus courte. Luy, après avoir long temps songé quel évangile faisoit mention de gendarmes, en la fin s'avisa de ces mots de la passion cum fustibus et armis, et pourtant mit toute la passion dedans sa messe, faisant cependant despiter et renoncer tant le sacrifice que le sacrificateur messal à ses auditeurs, qui estoyent jà bottez, et avoyent jà leurs chevaux tous prests, et se morfondans à la porte du temple.
Ces exemples sont (à mon jugement) plus que sufiisans pour prouver ce que j'ay tantost dict : à-sçavoir, que celle qui s'appeloit la mère saincte église ne cachoit aucunement ses meschancetez à nos prédécesseurs, mais les leur faisoit voir, au moins à tous ceux qui n'estoyent aveugles, et ouyr à tous ceux qui n'estoyent sourds. Il est vray que ces exemples monstrent spécialement comment ils profanoyent ce qu'ils tenoyent pour une vraye et saincte religion. Car de leur meschante vie et de leur fausse doctrine, il en a esté parlé plus amplement en quelques autres chapitres. Mais quant à nos prédécesseurs, pour un qui se plaignoit de leur fausse doctrine, cinquante se plaignoyent de leur mauvaise vie : et la plus part du
monde les accusoit de choses fort légères, leur laissant passer cependant de grans crimes, sans en mot dire. G)mme quand ils ne les accusoyent pas de leurs maléfices en ce qu'ils tenoyent des bénéfices en telle et telle sorte, mais de tenir des bénéfices incompatibles, ou d'en tenir trop grand nombre : ainsi que nous lisons que le roy Louys xii dict à un évesque qui luy demandoit quelque bénéfice outre plusieurs qu'il avoit desjà, « Je vous en donneray tant que le diable empor- » tera tout, » Tôt dabo tibi {comme le récite Menot) quod diabolus portabit omnia. Lequel prescheur, avec ses compagnons alléguez souventesfois ci-dessus, peut fournir autres exemples de ce dernier point.
Je vien aux faux miracles, dont les uns ont esté descouverts du temps de nos prédécesseurs, les autres de nostre temps : et commanceray par Janne, la saincte pucelle d'Angleterre. Geste pucelle fut tenue long temps pour saincte et pour prophétesse par la subtile invention des Cordeliers : qui mesmes faisoyent acroire qu'ell'estoit descendue du ciel : et donnoyent à entendre (à fin que cela fust plus vraysemblable) qu'elle ne mangeoit ne beuvoit, combienqu'en cachette elle banquetast et paillardast fort et ferme avec les sainctetez des beaux-pères. Entr'aiitres choses, ils persuadoyent au. povre peuple qu'elle sçavoit les péchez de toutes personnes : et de faict, à chacun qui alloit vers elle, elle disoit les péchez qu'il avoit commis. Mais les Cordeliers usoyent de ce moyen pour les luy faire sçavoir, c'est qu'ils ne laissoyent aller vers elle que premièrement on ne se fust confessé : or pouvoit elle entendre aiseement du lieu où ell'estoit tout ce que disoit un chacun en sa confession, les Cordeliers luy ayans choisi un lieu très-commode à cela. En fin l'abus estant descouvert (après avoir abusé un nombre infini de personnes), elle fut exécutée à mort avec les bons