CHAPITRE XL
vouloit tonner et foudroyer par ses excommunications. De quels moyens donc se sont-ils aidez pour empescher que la lumière de la vérité ne fusl plus forte que les ténèbres de leurs mensonges? Des moyens qu'ils ont trouvez es registres des Phalaris, des Busiris, des Nérons, et de tous leurs semblables. Que di-je ? ceuxci ne s'estoyent avisez de la dizième partie des cruautez qui ont esté exercées contre ceux qui tenoyent le parti de la vérité, et qui se présentoyent armez de la parole de Dieu pour soutenir son honneur. Car on leur respondoit par glaives et par feux et par toutes sortes de tourmens : et ceux qui leur faisoyent telle response, estoyent juges et parties, qui prenoyent ceste matière ainsi à cueur pourcequ'ils prévoyoyent que ceste lumière à laquelle on vouloit donner entrée, esteindroit un jour le gros feu de leur grasse cuisine. On avoit beau alléguer les passages des sainctes escritures : leurs ventres (qui trembloyent jà de peur pour leur intérest) n'avoyent point d'oreilles : comme aussi nous sçavons que selon le proverbe ancien nul ventre n'en ha (i). On persuadoit au frère d'accuser le frère, à la femme d'accuser son mari , au mari d'accuser sa femme, les pères et mères estoyent induits à déférer leurs propres enfans, voire à leur servir de bourreaux, à faute d'autres. Ceux qui estoyent appelez inquisiteurs avoyent leurs espions de tous costez, ausquels ils donnoyent le mot du guet. Tesmoins ne pouvoyent estre récusez, quelques voleurs, quelques meurdriers, quelques malfaicteurs qu'ils fussent , mais au contraire ils eschappoyent souvent la peine pour le salaire de leur fausse déposition. On promettoit la foy aux accusez ou suspects, pour les faire venir, mais on estimoit péché de leur garder la foy promise : en alléguant ce
(i) Voy. t. II, p. 293.
)>eau texte, hœreticis fides non servanda. Aucuns, avant que venir entre les mains du bourreau, n'avoyent plus que demie vie, %ortans des basses fosses, où ils avoyent esté combatus par les crapaux et autres telles bestes; et quelquesfois en sortoyent vieux ceux qui y estoyent entrez jeunes. On permettoit aux personnes qui portoyent des aumosnes aux prisonniers d'en donner ^ tous fors qu'à ceux qui y estoyent détenus pour le faict de la religion : et estoit en grand danger celui qui disoit en avoir pitié, quand bien il n'en eust eu pitié qu'en la sorte qu'on Pauroit d'un chien. Sur quoy il me souvient d'un douzain composé . alors par un sçar vaut personnage (i), et doué de grans dons, lesquels encores aujourdhuy fleurissent en luy, estant pour le regard d'iceux fort aimé des bons, et fort hay des meschans :
Liset, monté dessus sa mute, Trouve un pourceau demi brûlé :
Tout soudain sa beste recule, Comme s' elF en eust appelé :
En fin tant y eut reculé, Que Monsieur Liset en piquant, Pareillement et quand-et-quand Trencha un chemin tout nouveau.
Vieil pourri au rouge museau, Déshonneur du siècle où nous sommes.
Ta beste a pitié d'un pourceau, Et tu n*as point pitié des hommes.
Et à propos de Liset, que pensons-nous que dira la postérité quand ell'orra parler d'une chambre ardente ? Ne doutons pas que ce mot ne soit interprété diversement, et que la plus part ne juge ceste chambre avoir esté le nom de quelque chambre d'enfer, ou pour le
(I) Th.deBèze?