CHAPITRE XL
moins du purgatoire de ses prédécesseurs. Je laisse les cruautez exercées en secret, je laisse les confiscations des biens des condamnez, et souvent de ceux qui ne l'estoyent encores : voire quelquesfois des personnes qui n'estoyent pas encores accusées : tant leur procès estoit aisé a faire. Je n*omettray toutesfois une sorte de cruauté, laquelle eust semblé estrange à Phalaris mesmes : c'est que quand on vouloit faire recevoir le dernier supplice et tourment aux susdicts, on usoit bien du feu ainsi que Phalaris : mais en leur ^coupant la langue premièrement, on leur ostoit le soulagement de la parole, lequel Phalaris laissoit aux siens : et quelquesfois la langue estant coupée, encores on les embaillonnoit, pour les empescher de jetter aucune sorte de voix. Comme aussi il n'estoit permis de dire qu'on en eust pitié, ou en faire quelque semblant : et encore moins de louer la constance de ceux ausquels on laissoit le moyen de la monstrer au milieu des tourmens. Or quand je parle ainsi, qu'on exerçoit telle et telle cruauté, ce n'est pas à dire qu'elle ne s'exerce plus aujourdhuy : mais c'est pourceque ceste cruelle persécution n'est aujourdhuy universelle, ne se trouvant (grâces à Dieu) en quelques lieux du bois assez pour continuer les feux du temps passé.Car nostre Seigneur Jésus Christ a donné aux cendres de ses martyrs la vertu qu'on dit estre es cendres du phœnix : mais l'a donnée en beaucoup plus grande abondance : veu que les cendres d'un phœnix ne produisent qu'un phœnix, les cendres d'un fidèle serviteur de Jésus Christ produisent un nombre infini d'autres.
Maintenant je feray juge la postérité ( qui pourra mieux juger sans passion) si Hérodote raconte aucune folie si estrange que la susdicte, de ceux qui depuis si long temps ont preste et de ceux qui prestent encores
aujourdhuy Toreille à tant d*abus : et si d'autfepart il récite une merveille qui deust sembler aussi incroyable' que ceste-ci, à-sçavoir que le découvrement de tels abus, semblables aux jeux d^enfans, ait cousté la vie k, tant de mille personnes. Audemeurant je prie à Dieu^ au nom de son fib nostre seigneur Jésus Christ, qu'il fece la grâce à celle que je pren pour juge, de ne voir tels abus autrement qu'en papier, ainsi qu'on les voit ici.