CHAPITRE XXV
du Souverain, Par lesquelles paroUes est déclarée la renommée, excellence, saincteté, et nom resplendissant de S. François. Item, de quelle qualité, comment, et à quelle fin Dieu a faict S. François, il est monstre en Genèse au i et 2 chap. où il est escript, Faisons l'homme (c'est à dire S. François) à nostre image et semblanct : et qu'il ait seigneurie sur les poissons de la mer, et sur les oiseaux du ciel, et sur les bèstes de toute la terre, et sur tout reptile qui se bouge (1) sur la terre. Puis sensuit, Dieu forma l'homme du limon de la terre, et souffla en la face d'iceluy respiration de vie : et l'homme fut faict en ame vivante. Item, Le Seigneur Dieu print P homme, et le colloqua au jardin d'Eden, pour le cultiver et le garder. Adonc le Seigneur Dieu commanda à V homme, disant. De tout arbre du jardin tu mangeras : mais de l'arbre de science de bien et de mal tu n'en mangeras point. Et après il y a ce que Dieu dict, // n'est pas bon que l'homme soit seul : et luy fit un' aide semblable à luy. Et prit une des costes d'iceluy, et en édifia Eve. Par lesquelles paroles il est monstre que S. François en premier lieu a esté un homme très-singulier, et lequel Dieu avoit destiné au monde, non point par cas fortuit ou par le conseil des hommes, mais par sa providence, par laquelle toutes choses sont dispensées. Or pour monstrer cela, il est dict. Faisons : qui est la parole de toute la Trinité présentant S. François au monde. Secondement, qu'il a esté très-entier, et exempt de toute brutalité corporelle : car il a esté hoitime, et par conséquent non sensuel, ou adonné à la sensualité du corps, comme les bestes : mais exempt d'icelle, raisonnable et obéyssant à raison, et s'y assujettissant. Tellement que par
[i) Se bouger a été usité depuis Girard de Rossillott{\iv* s.) jusqu'à Molière (Dép. amour., V, 7).
estroite pénitence il refirénoit si bien ses affections sensuelles, qu'il surmontoit en tout et par tout son ennemi domestique, et obéyssoit â raison sans nulle difficulté. Tiercement, très-parfaict, pourcequUl a esté faict à rimage de Dieu. Quartement, exemplaire de tout bien : pourcequ'il a esté formé à la semblance de Dieu. En cinquième lieu, de vie très-austère : pourcequ'il a eu seigneurie sur les poissons de la mer. En sixième, très-aimé des Anges : pourcequ'il estoit conjoinct aux oiseaux du ciel. En septième, grand ami de tous les pécheurs : pourcequ'il a eu domination sur toutes les bestes de la terre. En huictième, très-uni avec Dieu : pourcequ'il a esté ordonné sur le gouvernement de toutes les créatures. En neufvième, ennemi mortel du diable : pourcequ'il a eu puissance sur tout reptile de la terre. En dixième, le plus abject de tous selon sa réputation : pourcequ'il estoit formé de la poudre de la terre. En onzième, très-plein de grâce : d'autant que Dieu avoit soufflé en luy respiration de vie. En douzième, plein de vertu et d'opération : pource qu'il estoit faict en ame vivante. En trezième, ravi en la contemplation de Dieu : pourcequ'il estoit tousjours en paradis. En quatorzième, très-puissant en parole : car il a faict le salut de plusieurs. En quinzième, bien réglé en toutes choses : car il a gardé les autres et soy aussi. En sezième, imitateur des Apostres et des parfaicts : car il a mangé de tout arbre. En dix-septième, détestant les meschancetez commises contre Dieu : pourcequ'il n'a point mangé de l'arbre de science de mal. En dixhuictième, l'espous de povreté, et renonçant aux biens de ce monde : pource que Dieu luy fît une aide pour luy assister, à-sçavoir povreté pour compagnie. Finalement, dispensateur de toute saincteté et religion : pource que de luy l'Église a esté formée, quant à ce qui concerne les trois ordres, car les trois branches