CHAPITRE XXVIII l
la ryme d'un bon compagnon (i), qui a esté assez long temps devant iuy, nous lisons,
Plus fringant et esperiucat,
Et cent fois plus gay que Perot,
Ou le valet d'un avocat.
Pouvons-nous excuser leur lourderie en ce qu'ils prenoyent grand'peine à entretenir ce qui les mettoit en grand'peine? Car qui ne sçait non seulement les incommodité/, mais aussi les maladies qu'apportent les longues perruques? (combien qu'encore pour le jourdhuy elles plaisent à aucuns.) Et quant à la barbe, si elle sied bien à un homme, ou non, je m'en rapporte à ceux que nous voyons si honteux de n'en avoir point. Je m'en rapporte aussi à ces vers,
... turpis sine frandibus arbor, Turpis equus nisi colla jubce flaventia vêlent : Pluma tegit volucres, ovibus sua lana decori est : Barba viros hirtceque décent in corpore setce (2).
Et toutesfois il faloit que les povres crucefis de ce temps-là s'accommodassent à l'humeur des hommes d'alors, et que tombans entre les mains de ceux qui aymoyent à porter la barbe du tout rase, ils eussent la patience de la porter rase pareillement : s'ils se rencontroyent parmi autres qui aimoyent à porter une barbette seulement au lieu d'une barbe, il leur estoit force se contenter d'une barbette. Comme au contraire quand ils estoyent es pays où on portoit la barbe nouée à la ceinture, ou touchante jusques aux genoux, il leur estoit force de s'accoustumer à ceste mode, en-
(i) Coquillart en son Monologue des perruques, selon Le Duchat, mais nous n'y avons rien lu de pareil. (2) Ovide, Met. XIII, 847.
l34 APOLOGIE POUR HERODOTE
core qu'elle ne leur fust plaisante. Car chacun vouloit que son crucefis trouvast beau ce qu'il trouvoit beau : et voilà d'où vient qu'il y a tant de sortes de crucefis.
Je n'oublieray pas entr'autres choses leur façon de bastir, qui estoit telle qu'ils se privoyent presque de toutes les commoditez lesquelles aujourdhuy nous requérons (et à bon droit) en nos bastimens. Et se peut quasi dire qu'ils s'emprisonnoyent en leurs maisons, c'est à dire, faisoyent leurs maisons en façon de prisons. Car ne se soucians que de faire des grosses murailles et espesses, ils se privoyent cependant de la commodité de la clarté, faute d'avoir l'esprit de faire le fenestrage tel qu'on le fait aujourdhuy. Au lieu aussi qu'ils se pouvoyent mettre au large, se mettoyent à Testroit : faisans force trous ou nids à rats, au lieu de faire quelque nombre de membres aisez, larges et spatieux. Et de regarder que les maisons n'eussent quelque subjection les unes aux autres, aussi que leurs voisins n'eussent veue sur eux, il n'en estoit point de nouvelles. Mesmement quant à l'endroit de la maison qui n'est pas honneste à nommer et toutesfois y est nécessaire, ils n'ont pas imité la nature quant à luy choisir sa place. Car au lieu qu'ell'a destourné si loin des yeux et du nez la plus vile et malplaisante partie du corps, ils mettoyent ceste partie de la maison à la veue d'un chacun et comm'en parade.
Et s'il faut parler des ouvrages d'alors au pris de ceux de maintenant, où dirons-nous que les artisans avoyent l'esprit ? Si on regarde bien le plus beau buffet ou châlit (i) d'alors, ne dira-on pas que c'est char- Ci) Chalit, dont Torigine est inconnue à M. Brachet, so trouve dans Th. Martyr (xii» siècle, 104) sous la forme chaelit, dans Huon de Bordeaux (v. 4918) sous la forme kaalit. Il a pour équivalent l'it. cataletto, Tesp. cadalecho et vient decaptare, lectus.