CHAPITRE XXIX I
Qui besongna de telle sorte Que d'un panier fit une porte (i).
Il y a quelques autres passages corrompus de la mesme façon es premières impressions de Tancienne interprétation. Et me souvient nommeement quant à everrit pour evertit^ qu'un certain imprimeur (2) fut en grand danger poup Tavoir remis au texte. Or quant à plusieurs mots dudict nouveau Testament desquels ils n'ont pas changé Tescriture, ils ont pour le moins changé la signification, c'est à dire les ont faict signifier ce qu'ils devinoyent, comme en S. Paul au lieu que hœreticum devita (3), signifie Évite un hérétique, ou Gardetoy d'un hérétique, ils ont deviné que c'estoit.à dire, Oste la vie à un hérétique. Toutesfois encore n'est rien tout ceci au pris de l'interprétation de ce passage InvC' nimus Messiam, S. Jan, chap. i, Nous avons trouvé la messe. Et de cestuy-ci, Signa autem eqs qui crediderint, hœc sequentur] Fay le signe de la croix sur ceux, etc. Entre lesquelles braves interprétations ne doit estre oubliée celle d'un curé du pays d'Artois, qui ayant un prpcès contre ses paroiciens touchant quelques réparations qu'il faloit faire au temple, et entr'autres de le paver, en la fin prit le prophète Jérémie pour son avocat, au chap. 17, où il dit, Paveant illi, et non paveam ego: indue super eos, etc. Quand (dit-il) Jérémie dit expresseement, Qu'ils pavent, et non pas moy, ne vous donne- il pas bien à entendre que ce n^est
(1) Ou suivant le recueil de P. Grosnet, p. 55 :
Celluy estoit bon charpentier, De ce à vous je m'en rapporte :
En contrefaisant son mestier, D'une corbeille feit la porte.
(2) Apparemment Robert Estienne, père de Henri.
(3) Ad Titum, 111, lO;
pas à faire au curé de paver Téglise, ains aux paroiciens? Mais de ceste interprétation, Confitemini alterutrum, Confessez-vous à un prestre, qu'en dironsnous? Car ici nous ne trouvons point que le mot Latin ait le son du François ou en approche, comme es passages précédens. De ma part, je ne cèleray point quant à ceste interprétation, et quelques autres semblables, ne sçavoir par quel chemin ils y venoyent.
C'est assez parlé des simples prestres, ou moines: parlons des prélats. Il est certain qu'ils ont bien secondé en cest endroit les simples prestres: tesmoin celuy qui oyant alléguer des loix qu'on nommoit Clementina et Novella (i), se mit en très-grande cholère de ce qu'on luy amenoit le tesmoignage de paillardes. Et s'il est licite de parler aussi du chancelier du Prat ( entant qu'il a esté homme d'église), il monstra bien qu'il avoit du sçavoir, mais non pas plus qu'il luy en faloit pour sa provision : quand ayant leu la lettre que le roy d'Angleterre Henri VIII escrivoit au roy François premier de ce nom, où il y avoit entr'autres choses, Mitto tibi duodecim molossos (2) (x:'est à dire, Je vous
(i) Dans la facétie de Pogge, 198, d'où ce conte est pris, il regarde un juge et non un prélat. Cf. Duemocritus ridens, p. 148 : Judex indoctus; — Carpentariana, Paris, 1724, in-12, p. 325 ; ~ (Gayot de Pitaval), Bibliothèque de cour, de ville et de campagne, Paris, 1746, 6 V. in-i3, II, 142.
(2) < Comment pourrait-on croire qu'un homme qui se distingua au barreau et qui remplit de grandes places dans l'ordre judiciaire, ait pu ignorer la langue dans laquelle on rendait encore la justice et qui était de première nécessité pour toutes les études de droit ? On a remarqué, il est vrai, qu'il avait souvent montré de Téloignement et une espèce de jalousie contre les gens de lettres, trouvant qu'ils le primaient dans l'esprit du public et dans la faveur du roi; mais, quoiqu'il n'aimât point les lettres et qu'il eût cru perdre son temps en recherchant la société de ceux qui les cultivaient, il n'en dut pas moins sa première élévation aux talents de l'esprit et à ses connaissances, parce qu'alors dans les cours de magistrature on ne s'élevait pas autrement. Le parlement de Paris, qui le connaissait bien et qui ne lui aurait pas plus ménagé les reproches d'ignorance que tous les