‹ Apologie pour HérodoteChapitre 78 sur 223 · CHAPITRE XXX l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX l

erreurs. A laquelle allégation fut faicte il y a environ quinz'ans ceste response par un personnage (ï) excellent dès lors, mais auquel tputesfois Dieu augmente encor de jour en jour ses grâces excellentes :

Nos grans docteurs au chérubin visage Ont défendu qu'homme n'ait plus à voir La saincte bible en vulgaire language, Dont un chacun peut congnoissance avoir. Car (disent-ils) désir de tant sçavoir N'engendre rien qu'erreur, peine et souci. Arguo sic, S'il est donques ainsi Que pour l'abus il faille oster ce livre, Il est tout clair qu'on leur devoit aussi Oster le vin, dont chacun d'eux s'enyvre.

Et comment donc s'entend ce que nous lisons en Olivier Maillard, ancien prescheur, quand il dit aux bourgeoises de Paris qu'elles ont leur bible en François > (2) Il entend une façon de bible qui estoit premièrement d'un'interpretation faicte à leur poste, et puis glosée de la glose d'Orléans (3), à-sçavoir qui gastoit le texte : voire ayant la glose meslée parmi le texte, laquelle faisoit accorder avec iceluy les abus et la fausse doctrine

(i) Th. de Bèze. •

(2) Voy. Le premier (et le second) volume de la bible historiée translatée de latin en français de pierre Comestor par Guy art des Moulins et revue par Jean de Rely, impr, pour Jacques Sacon, Lyon, i5i8, 3 t. en i v. in-fol.

(3) Glose d'Orléans plus obscure que le texte, dit le Dict. de Trévoux. Le proverbe est fort ancien, puisque Pierr'e de Belle-Perche en a fait mention, sur le 4» livre des Instituts, tit. 6 de Actionibus, où il dit : Licet glossa alto modo exponat, glossa Aurelianensis est quœ destruit textum. Ce jurisconsulte, depuis évêque d'Auxerre et chancelier de France, mourut en iSoy. Le proverbe se trouve dans une lettre du cardinal Jean de Cervantes, évêque de Ségovie,à ^neas Sylvius, l'an 1443 ; dans Nevizan, Forêt nuptiale^ V, 25; dan» Charles de Grassaille, Regalium Francice libri duo, Lyon, i538, in-8, 1. i, c. 6; dans Fr. Lemaire, Antiquités de la ville et du duché d'Orléans, 1645, in-40, 1648, in-fol.

l54 APOLOGIE POUR HÉRODOTE

delà religion Rommaine. Cestoyent des bibles èsquelles ils disoyent mettre de la contrepoison en tous les endroicts auquels ils craignoyent que les simples lecteurs fussent empoisonnez, selon qu'ils parloyent. Sur lequel propos j'ay faict ce dizain :

Comment ont nos rabbis permis et défendu

Le livre qu'ils ont craint de tous estre entendu?

La bible ont défendu en language vulgaire,

Puis Pont faict imprimer, pour au peuple complaire.

Ceci s'accorde bien. Car tout-ainsi qu'on voit

Que nous ostons le vin à qui par trop en boit,

Ou qu'avecque force eau tellement on Tappreste

Que faire mal aucun il ne peut à la teste :

Ainsi ont nos rabbis voulu la bible oster.

Ou bien leur mixtions à la bible ajouster.

Or estoyent ces mixtions ce qu'ils nommoyent contrepoison (i) : lesquelles toutesfois méritent au contraire d'estre appelées poison. Car il est certain que le texte de la bible estant leu en la sorte qu'il nous est commandé de le lire, n'empoisonne point (c'est-à-dire, ne met point d'erreurs en la teste, ains si nous y en avons, les oste) : mais leur glose au contraire est celle qui évidemment empoisonne ceux qui ne sont munis de contrepoison.

(i) Allusion à deux ouvrages cf Artus Désiré : le Contrepoison des cinquante 'deux chansons de C. Marot faulsemeni intitulées par lui Psalmes de David^ Paris, P. Gaultier, i56o, pet. in-8. — Plaisans et harmonieux cantiques de dévotion qui sont un second contrepoison aux cinquante-deux chansons de C. Marot^ Paris, P.Gaultier, i56i, pet. in-8.

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