CHAPITRE XXXI iSg
ment touchée de ce qu'eU'avoit ouy en ceste prédication, et ne pensant plus qu'à repentance, fut en danger d'estre destournée par ses chalans, et remise au premier chemin : Venerunt (dit-il), galandi amorosi et rustici, les rustes, qui dixerunt, Surgatis, surgatis : facitis nunc la bigotte : vadamus ad domum. Quœ dixit^ O atnici met, rogo dimittatis me : non audistis quid dixit ille bonus prœdicator de pœnis inferni vobis et mihi prceparatis nisi aliud faciamus? Un peu après, Habe^ bat in suo armariolo aquam de senteurs, quœ vendebatur pondère auri. Cœpit quœrere de loco in locum^ de platea in plateam, de domo in domum, Quis hodie dabit prandium prœdicatori? Dictum est ei quod in domo Simonis. Et puis il raconte la harangue qu'elle fit en baisant les pieds de nostre Seigneur et les lavant de ses larmes : et pour la fin, qu'elle se tenoit sous la table comme un chien : et que nostre Seigneur lui dict, « O » Marie, levez-vous. » Et qu'elle luy respondit, — « Sei- » gneur, je ne me lèveray jamais de ceste place que » vous ne m'ayez donné la rémission de tous mes » péchez et vostre saincte bénédiction. » Alors luy dict, — « M'amie, levez-vous : vos péchez vous sont remis : » vostre foy vous a sauvée. » Finalement il raconte comment Marthe présenta Magdalene à la vierge Marie: devant laquelle elle s'agenouilla, et dict, « Madame, » pardonnez-moy s'il vous plaist si je parle à vous. J'ay » esté de mauvaise vie et pécheresse : mais par la grâce » de Dieu je ne le suis plus. Vostre fils m'a pardonné » aujourd'huy : vous estes bien-heureuse d'avoir un » tel fils. » Voilà comment ce gentil prescheur deschifFre ceste histoire, s'accordant si bien avec les joueurs de passion, qu'il n'est aisé à deviner s'il a emprunté d'eux, ou s'ils ont emprunté de luy. Quand je parle des joueurs de passion, j'enten ceux qui mettoyent l'histoire de la passion en ryme pour estre jouée au lieu
l6o APOLOGIE POUR HERODOTE
de quelqu'autre moralité ou farce, ou plustost au lieu de toutes les deux. Et premièrement quant à ce point, que ceste femme qui est dicte pécheresse par Tévangéliste, avoit nom Magdalene (selon que nous l'avons maintenant ouy de Menot) et qu'ell'avoit pris ce nom du chasteau qu'on appeloit Magdalon, le voici confermé par un de ceux qui se sont meslez de ladicte ryme (hormis qu'il met en ces deux noms des E non des A), en ces quatre vers, sentans très-bien la vene antique,
J'ay mon chasteau de Magdelon, Dont Ton m'appele Magdelaine, Où le plus souvent nous allon Gaudir en toute joye mondaine (i).
Et quant à mondanité, il luy en attribue toutes les espèces qu'on sçauroit imaginer : mesme la fait chanter chansons lascives : et introduit un certain escuyer nommé Rodigon luy venant faire la cour. Et entr'autres choses est monstre comment elle ne veut aucunement prester Toreille à sa sœur Marthe. En fin il déduit par le menu comment elle vint à repentance.
Mais pour retourner à Menot, voyons de quelle façon il accoustre l'histoire de l'enfant prodigue : et comment au lieu qu'ell' est briefvement racontée par révangéliste, il la raconte au long, l'enrichissant de toutes sortes de circonstances forgées à plaisir et couchées en termes propres pour faire rire. Au fueillet 1 19, Pater quidam habebat duos filioSy quorum junior se ostendit magis /atuum, quia inconstans fuit. C'estoit un enfant plein de sa volonté, volage, un mignon, un
(1) Ces vers sont du feuillet 60 b du Mistère de la passion nostre seigneur Jesucrist... Imprimé à Paris pour Phelippe le noir libraire, i533, in-4o goth. à 2 col., CQiii ff. chiffrés et i f. non chiâré.