CHAPITRE XXXIf Iji
nostre temps qui ont faict mestier et marchandise de telle chose: du nombre desquels est Menot. Comme au fueillet 209. col. 3, il dit que quand on s'est mis à table, pour le commancement on ne dit mot, car chacun entend à son jeu. In medio enim exit sermo inter fratres, Dicunt enim Voici bon vin et bon pain. Mais en la fin, In omnem terrain exivit sonus eorum. Et au fueillet 196. col. 4, Dominœ ancillis quœ intrant ca» meram earum, et non custodiunt se ab ipsiSj scepe oS" tendunt quœ non licet hominibus loqui. Voire sont venus jusques aux paroles de Tévangile S. Jan; ausquelles ils portoyent telle révérence, que les ayans escrites en du parchemin ils les enchassoyent richement pour estre pendues au col, et là servir de préservatif contre tous dangers et plusieurs autres. Et mesme ( si j'ay bonne mémoire de ceste philosophie) ils appeloyent tels préservatifs ou semblables, des agnus Dei. Ils sont (di-je venus jusques à ces paroles-là, et les ont converties en sornettes aussi bien que les autres, comme nous voyons es presches dudict Menot.
Quant aux autres qui appliquoyent (comme j'ay tantost dict) à leurs saincts les passages escrits expresseement et spécialement d'un seul Jésus Christ, nous ne sçaurions trouver ni pourrions demander des exemples plus notables que ceux que nous avons veus ci-dessus au chapitre xxv, pages 81, 82, etc., pris du livre intitulé Des conformité j de S. François à Jésus Christ, Car que sçauroit faire pis le diable d*enfer estant venu en propre personne, quant à la profanation de TEscriture, que nous voyons avoir esté faict par l'auteur de ce livre ? Et non seulement les passages qui sont escrits de Jésus Christ (jusques à mettre en la fin du livre, Multa quidem et alia signa fecit Franciscus quœ non sunt scripta in libro hoc\ mais aussi quelques-uns qui sont escrits d'autres, sont là appliquez à
ce diabolique imposteur. Toutesfois si quelcun ne se contente desdicts exemples de Tabus de TEscriture à l'endroit de S. François, je luy en mettray ici de S. Dominique pareillement. Escoutons donc ce que 6arelete aussi dit de son sainct Dominique et de l'ordre d'iceluy, né se contentant de luy attribuer des passages dicts de Jésus-Christ, Hœc est illa religio quœ in uno veteri Testamento significata, Zachar. 6, Ecce quatuor quadrigœ, etc. C'est à dire ( car je ne mettray que Finterprétation de ses mots), Voilà quelle est ceste religion qui a esté signifiée par le vieil Testament. Par Zacharie, disant au chap. 6, Voilà quatre charrettes qui sortent du milieu de deux montaignes. En la première charrette estoyent des chevaux roux (c'est à dire LES FRÈRES MINEURS ), cu la sccondc charrette, des chevaux noirs (c'est à dire les ermites), en la troisième charrette^ des chevaux blancs (c'est à dire les carmes), en la quatrième charrette, des chevaux pomimelez et forts c'est à dire les frères prescheurs) ( i ).
(i) Frères mineurs. « L'habillement de S. François consistait en une robe de méchant drap de couleur cendre, avec un capuce pointu atta^ché à la même robe. » Hélyot, Hist. des ordres monastiques, VII, 35.
— Ermites ou Augustins ; voici ce qu'on trouve dans leurs statuts au sujet de leurs vêtements : « Quod ad materiam attinet, habitus exte^ rior, pallium et capucium erunt composita ex panno nigro, grossiori, qui in provincia et locis in quitus degimus inveniri poterit. »
— Carmes : à Torigine ils avaient leurs chapes barrées de blanc et de tanné, en souvenir d'Elisée qui jeta son manteau à son disciple Elie, lorsqu'il fut ravi au ciel sur un char de feu. Les parties extérieures du vêtement se trouvèrent noircies par le contact de ce feu miraculeux, tandis que les autres conservèrent leur blancheur. On raconte que les Carmes ayant été empêchés par les Sarrasins de porter des manteaux blancs, parce que c'était le costume des chefs de cette nation, reprirent ce costume lors de leur établissement en Europe. — Frères prêcheurs: Dominique de Guzman, leur fondateur, changea le costume des chanoines réguliers, qu'il avait pris d'abord, contre celui que la S^* Vierge avait montré au bienheureux Renaud d'Orléans. Ce costume, consistant en une robe blanche et un scapulaire de même couleur, fut augmenté de la chape et du chaperon noir. On voit les Dominicains représentés sous la figure de chiens blancs et noirs [Domini canes) aux