‹ Apologies [microforme]Chapitre 4 sur 9 · TA · texte numérisé non relu

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sent pas, mais plutôt se superposent. La misère du cœur est grande; le démon invaineu qui livre sans cesse des attaques, en dépouillant nos fiertés et notre orgueil, nous révèle de quel limon nous sommes bâtis. (Je défends Lozeau, car vous savez qu’on l'avait accusé d’avoir écrit des vers d'amour). Aucune raison n’a, cependant, guéri l'humanité de ses concupiscences et de ses faiblesses. Ce serait en donner une image factice que de lui arrauger des traits seulement spiritualisés où l’on reconnaîtrait le leurre de l'imagination, et non la figure immuable de ce roi inquiet et omnivore qui, sous toutes les latitudes et dans tous les pays, se nourrit des aliments de l'amour et cherche à se consoler de vivre avec des sensations purement humaines. Je ne l’absous pas; je le voudrais saisir tel qu'il es

Amenez-le devant les tribunaux qu'’élève à nos appétits l’intransigeante raison du divin; il y sera douloureux, abattu, déchiré. Mais, vous le connaissez, de même qu’il est peu capable d'aimer éternellement, son repentir est de courte durée. Il retourne, inconscient esclave, se donner à la joie de vivre. Souriez, hommes graves, à ce fils des siècles, à ce mannequin de

chair et d’os. Mais ne le déformez pas en voulant pallier sa passion et lui composer, au bout d’une plume illusoire, une physionomie idéale qu’il tâche de commencer toujours et n’achève jamais. Qu'il surgisse dans la splendeur de ses triomphes ou s’avoue trois fois vaincu par le renaissant désir et les blessures de ses fautes! A ce compte-là, seulement, le mot vrai sur l’amour de l’homme sera dit.

Dans un ordre élevé, toute la magie de l’amour supra-terrestre opère. Son domaine est à part. Il a ses disciples, ses héros, ses martyrs. Un génie, seul, peut le chanter, là où tant de mauvais poètes, pareils à des enfants de chœurs, en mal de poésie, ont si drôlement échoué.

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M. Albert Lozeau dresse à ses poètes préférés des autels. Il a un beau vers sur Ronsard, mais

qui ne lui rend pas toute justice. L’art du chef de :: Pléiade ne naissait pas vieilli; et sa vertu doit toujours être présente. Les dieux sont encore dans leur ciel et les formes qu'ils ont inspirées vivent d’immortalité. Sur des essences

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fondamentales, nous mettons des arrangements nouveaux. Le champ de la pensée est exploré en tout sens. Dans le sillon initial, le germe de toutes les idées a été déposé. Le moderne qui pense découvrir quelque conception entièrement neuve est un présomptueux qui se flatte de rêves excessifs et inutiles, car les idées les moins exprimées dormirent au fond d’un philosophe nu poète ignorés. Les formes, elles, par leur variété inventive, peuvent refaire à la vie, aux initiatives artistiques, un visage inconnu et digne d’être acclamé.

Toute chicane omise, reconnaissons l'influence du poète des Vies encloses sur M. Albert Lozeau. Ce-rêveur halluciné de Rodenbach, se révèle, à, nos yeux, l’un des poètes adorés de Lozeau. Et comment, aussi, ne pas se prendre aux charmes alanguis que dégage une chanson où pleurent le soir, l’automne, les âmes meurtries et douloureuses ? Rendons-lui grâces en souvenir du passé : c’est la version d’un poète exquis, que l’on s’acharne à nier quand on est en proie à une souffrance orgueilleuse, et vers lequel on revient, l'orage cessant. Et n’a-t-il pas recrée le poème

de ia douleur à sa manière, de ces divines pou-

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pées, vêtues à. satin blanc, qui, à jamais ensevelies, tiennent dans leurs doigts rigides, la guirlande de rêves naïfs dont le parfum embaume le silence du néant?” Défuntes, elles parlent encore!!!

Les poètes féminins, qui appartiennent à la même famille que celle du chantre de Bruges, satisfont ce besoin de tendresse maladive, ce désir de griserie qui est en nous à certaines heures de la vie où nous nos sentons moins végétatifs.

Ils sont les évocateurs d’états d’âmes concentrés et subtils; sous leurs phrases mouillées de pleurs et de corolles jaunies semble remuer le cadavre pathétique de chères sensations mortes ; ils expriment cette montée de sanglots qui surgissent du tréfonds de nos âmes; ils cajolent nos blessures et nous approchent de la tristesse éternelle qui compose des hommes müûris avant l'heure, mais sauvés par leur commune détresse. Maîtres en regrets, ils nous rappellent à la grande loi souveraine de la douleur qui cisèle les âmes et parachève leur destinée: adorations d’antan qui marquèrent les journées heureuses, images passionnelles dessinées par le délire, nées du rêve éteint que bercent nos âmes encore ouvertes.

encore suppliantes; fraîches idoles, maintenant couvertes par le sable du temps, entrées si vite dans la nüit invincible: voilà l’empire où règne et se déploie l’analyste des âmes, et celui qui, de l'existence intérieure, s’est ingénié à poursuivre les troublants mystères.

A l'instar du poète belge, un Albert Lozeau construit de petites chapelles intimes où se déroulent les théories mélancoliques et sentimentales de son cœur de doux citharède. Il recompose, pour ses lecteurs canadiens, l’histoire intime de pensées fines, menues, qui font songer à des coups d'ailes, souvent à des gestes d’encensoirs maniés, ou bien à des dentelles travaillées avec un soin minutieux, des franges translucides, où l’astre avant de mourir, darde des flèches empourprées. Dans ses filets de pêcheur de lune, passent et repassent des masques morts, des algues marines, des coquillages, des lys d’eau, les étoiles aux regards dansants, les poudroiements diamantés, la mer, l'infini.

Il raconte une de ces ivresses que chacun d’entre les hommes ont éprouvées, et au bout de laquelle, après des soupirs et des cantilènes, traduisant des passions qui égarent, une froide

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