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elle est encore plus médiocre. On rencontre h Paris des paroisses de quarante à cent mille âmes, avec huit, dix ou quinze prêtres exténués par le matériel du ministère, accablés par le soin des lidèles qui pratiquent, et incapables de donner même un regard à des foules immenses qui sont devenues la proie facile de la libre-pensée. Dans les trois quarts de sa population, Paris est devenue une ville païenne, et l'on pourrait dire à peu près la même chose de nos grandes villes qui généralement ne reçoivent pas une culture religieuse suffisante. Le clergé des villes donne d'ordinaire une somme de travail qui dépasse la moyenne de ses forces; mais, quoi qu'il fasse, il ne parvient pas à pénétrer, à connaître, à atteindre tout son peuple, à égaler le labeur pastoral aux besoins du troupeau.
Dans ces conditions, il nous est tout à fait impossible de marcher à la conquête des peuples infidèles. Quand on s'appelle la France, la fille aînée de l'Eglise, peut-on, sans avouer sa déchéance, ne pas porter au dehors la foi chrétienne? D'ailleurs, que font au loin nos missionnaires, sinon accréditer la patrie en même temps que la religion? C'est l'Angleterre qu'on respecte là où régnent les prédicateurs anglicans, et c'esl notre nation qu'on révère, là où se dé-
vouent nos missionnaires. Nous en envoyons... mais combien peu ! L'Eglise de France n'a pas beaucoup de prêtres pour empêcher les chrétiens de retourner au paganisme ; elle en a moins encore pour aider les païens à se mettre en marche vers le christianisme.
Voici qui est bien autrement grave. Non seulement le clergé ne suffit pas aux besoins généraux des âmes, mais il ne suffit pas aux besoins particuliers du siècle. Napoléon, en rétablissant le culte, avait dit : « Je veux des évêques, des curés, des vicaires, et voilà tout. » Il considérait que le rôle du clergé consiste purement et simplement à baptiser, confesser, marier, célébrer la messe et enterrer les morts. Et il y a aujourd'hui encore pas mal d'honnêtes gens qui voudraient nous enfermer dans ce rôle rétréci et humiliant. Qu'on le sache, le rôle du clergé est tout autre, plus étendu, plus élevé, plus grandiose. Le clergé doit christianiser la nation tout entière, et dans notre siècle cela n'est pas une petite affaire. Pour suffire à une pareille tache, il faut beaucoup d'ouvriers et des maîtres-ouvriers. Entrons dans quelques détails.
En ce xxe siècle qui débute si tumultueux, si superbe, si difficile à conduire, nous rencontrons sur notre chemin trois puissances avec lesquelles
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il esl nécessaire de compter et qu'il serait puéril de traiter par le dédain : la science, la jeunesse,
le peuple. La science, la fausse science s'insurge contre la religion, et elle a à son service des hommes souvent très forts et très habiles, — lesquels composent des livres, des revues et des journaux, — lesquels journaux, revues et livres, après avoir accrédité le doute dans les régions élevées, le vulgarisent dans les classes populaires. Nous avons donc besoin de compter dans le clergé un certain nombre d'hommes délivrés des accablements du ministère pastoral, jouissant de la solitude, mère des grands travaux, et delà liberté, source des inspirations sublimes, ayant du temps, des loisirs, des bibliothèques pour se mettre en état de réfuter toutes les erreurs contemporaines, possédant une large instruction, une plume exercée, le savoir et le style, capables de faire des livres et de rédiger des journaux, pouvant se [(réparer pendant des années à une parole savante, éloquente, documentée. Nous en avons, mais pas assez.
Et puis, à côté de la science, voici la jeunesse qui appelle à son tour des ouvriers sans nombre. La jeunesse qui étudie d'abord. Combien il importe de lui donner une forte éducation religieuse unie à une sérieuse formation intellectuelle ! Sans cola
quel serait le sort de la foi dans un avenir prochain ? Aussi, dans certains diocèses, cent, deux cents, ou même trois cents prêtres sont employés au ministère de l'éducation. Et la jeunesse qui travaille, la jeunesse des bureaux, des comptoirs, des ateliers, des chantiers elle court
d'immenses dangers et elle est presque sans défense..., les moyens de dissipation, de séduction, de corruption : journaux, cabarets, théâtres. fêtes profanes se sont accrus dans des proportions effroyables. Pour sauver cette jeunesse, il faut des œuvres de préservation et de persévérance, des patronages, des cercles d'études, etc.. ; il en faut dans les villes, il en faut dans les campagnes. Et pour diriger ces œuvres, aujourd'hui absolument nécessaires, il faut des prêtres, beaucoup de prêtres. Nous en avons, mais pas assez.
Le peuple enfin doit attirer notre attention. Sod état religieux et moral fait pitié. Nous avons six millions d'ouvriers, dix-sept millions de paysans, cinq cent mille employés de chemin de fer. Beaucoup n'ont point de religion, et les choses sont si bien organisées qu'ils ne peuvent pas eu avoir, il est facile de dire que tous ces hommes sont irréligieux, méchants, corrompus, ennemis déclarés de toute vertu, de tout ordre social. Quand ce serait vrai, qu'est-ce que cela prouverait ? Qu'ils
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sont dignes de compassion, puisqu'ils blasphèment ce qu'ils ignorent. Mais cela n'est pas vrai. Non, il n'est pas vrai que nos paysans et nos ouvriers sont foncièrement mauvais, comme certains le prétendent. Il reste au fond de leur âme un immense besoin de vrai, de bien, et même de religion. Ils sont accessibles à la pure lumière de L'Evangile. Ils se laissent toucher par le dévouement. Sous une écorce rude, se cachent très souvent des âmes neuves et des cœurs droits. Seulement ce peuple, abandonné comme une pâture aux missionnaires de l'impiété et du vice, il faut l'instruire, le moraliser et le christianiser. Ce peuple, dont les conditions d'existence sont généralement très dures, il faut l'aider par la charité, par le travail, par des œuvres de justice et de fraternité chrétienne. Et pour améliorer l'état moral et l'état matériel i\u peuple, il faut des apôtres, des évangélisateurs, des ouvriers apostoliques, des prêtres. Nous en avons, mais pas assez.
ILAT OPPORTUN. — 10.