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II. La Religion au début du XX1 siècle

La Religion est sur le penchant de la ruine ; elle est sur le déclin ; elle est sur le bord de la tombe, disent tout haut ses ennemis passagèrement victorieux. Et certains chrétiens, secoués par le frisson de la peur, murmurent tout bas : « Si c'était vrai! » Non, ce n'est pas vrai. Jésus-Christ ressuscité ne meurt plus, et sa divine religion est impérissable comme Lui. A cette heure même où on la dit morte, elle vit, elle résiste, elle avance. Considérons ce spectacle pour y puiser une leçon et une consolation.

A. La Religion vit.

Sur le premier plan de notre monde contemporain, elle se dresse comme une grande statue, statue animée, qui marche, qui parle, qui agit. qui fonctionne. Mieux que cela. Elle se dresse comme une grande société, société organisée, hiérarchisée, inentamée.

Est-ce que se* ministres ne sont pas à leur poste,

deboul sur la brèche, en chaire, à l'autel, au chevet des malades, nombreux, intrépides, inlassables?

Est-ce que son Chef n'est pas à Home ? On l'appelle Pie X, et il continue saint Pierre. Il a soixante-treize ans, et il porte à son front la jeunesse de l'éternité. Il est captif, et il fait trembler les méchants. Il n'a pas d'armée, et sa puissance va plus loin que celle des plus grands potentats.

Est-ce que ses fidèles ne sont pas semés aux quatre vents du ciel? Est-ce que la race des chrétiens est tarie ? Est-ce que des millions dames ne se nourrissent pas de la doctrine de Jésus-Christ, de sa morale et de ses sacrements? Est-ce que des milliers et des milliers de familles ne donnent pas à la religion de Jésus-Christ leurs alliances à bénir, leurs enfants à élever, leurs moribonds à consoler et à sanctifier?

Est-ce que sa parole ne retentit pas partout? Esl-ce que, à toute heure, elle n'ébranle pas les oreilles et les cœurs? Est-ce que les impies n'en sont pas obsédés et épouvantés? Elle parle, et non dans des caves, dans des loges souterraines, dans des conciliabules secrets, mais à ciel ouvert, en plein jour, dans ses temples el en dehors de ses temples. Elle ne sent pas le besoin de se dérober; elle n'a rien à cacher.

Est-ce que ses bienfaits ne sont pas patents ? Nous sommes assez honnêtes pour ne pas promettre ce que nous ne pouvons pas donner, ce que personne ne peut donner, c'est-à-dire la félicité immédiate, universelle, absolue. Qui cependant oserait dire que nous sommes à l'égard de notre peuple des inutiles et des stériles ? Nous avons quelquefois du travail pour ceux qui veulent gagner leur vie, souvent des aumônes pour ceux qui n'ont pas de pain, toujours des instructions pour ceux qui ignorent, des consolations pour ceux qui souffrent, des relèvements pour ceux qui tombent, des prières pour ceux qui vivent, des espérances pour ceux qui meurent et des pardons pour ceux qui nous insultent. Que les hâbleurs qui veulent nous supprimer et se passer de nous, essaient d'en faire autant. La religion vit.

Elle tient une place immense dans les préoccupations des gouvernements et des peuples, dans la vie privée et dans la vie sociale. Elle est à la base de notre civilisation, de nos lois et de nos usages. Elle apparaît jusque dans la maison de ceux qui la méconnaissent sous la forme d'une mère, d'une épouse, d'une fille dont la vertu et la piété imposent le respect. Elle plonge ses racines dans notre conscience, dans notre instinct et en quelque sorte dans notre sang,

.1 ce poinl que les incrédules eux-mêmes sont généralement meilleurs que leurs doctrines... car ;i leur insu et malgré eux, sans le savoir et sans le vouloir, ils vivent de l'influence du christianisme, ils respirent l'air qu'il a répandu, ils jouissent de ses bienfaits, ils sont eux-mêmes son ouvrage. La religion est partout dans notre monde contemporain, tantôt visible, éclatante comme un lover qui éclaire, réchauffe et vivifie; tantôt insoupçonnée, latente comme un parfum qui embaume, comme un sel divin qui arrête la corruption. Elle vit. Mais qu'est-ce que vivre? C'est résister.

B. La Religion résiste.

Elle est attaquée... avec quelle habileté et quelle violence, vous le savez. Elle est attaquée par l'orgueil des faux intellectuels et par la fureur des passions populaires, par les légistes hypocrites et parles folliculaires vendus. Elle est attaquée dans dogmes qu'on dit absurdes, dans sa momie qu'on accuse tantôt de sévérité et tantôt de dégradation, dans ses sacrements que les uns déclarent inutiles, tandis que les autres les proclament nuisibles. Elle est attaquée dans son histoire qu'on falsifie à loisir, dans ses intentions qu'on travestit et dénature, dans ses ministres qu'on vili

pende sans pitié. Elle est attaquée dans ses biens qui sont confisqués, profanés, jetés sur le marché avec un cynisme déconcertant. Elle est attaquée, et avez- vous remarqué ceci?

Elle est seule attaquée. On la poursuit partout, et contre elle on fait ilèclie de tout bois; on inflige à sa liberté et à ses droits des blessures qui crient vengeance. Mais on laisse bien tranquilles le judaïsme, le protestantisme, les mahométans et les bouddhistes. Je ne dis pas qu'on a tort de les laisser tranquilles ; mais je constate que les impies tapent toujours sur le dos des curés et des religieuses ; sur le dos des ministres protestants et des rabbins, jamais. La religion catholique a cette gloire unique, singulière, exceptionnelle, de susciter la haine et la fureur de tous ceux qui ont rompu définitivement avec l'honneur, avec la vertu, avec la conscience. Tous les ennemis du bien sont ses ennemis. Vraiment, je serais incrédule de bonne foi que je trouverais dans ce phénomène de quoi me faire réfléchir, de quoi m'incliner vers le catholicisme. La religion est attaquée, seule attaquée. Elle vit quand même et elle résiste.

Elle est attaquée rameutent. En 1860, quand parut la Vie de Jésus de Renan, Proudhon triomphant écrivait : « Que les âmes dévotes prennent

leur passeport d'avance, parce qu'avant dix ans il ne restera plus un seul prêtre pour leur administrer les saintes huiles. » Proudhon est mort. Renan est mort. Et, la grâce de Dieu réagissant contre la malice des hommes, lareligion a trouvé des prêtres, elle en trouve aujourd'hui, et j'espère bien qu'elle en trouvera demain autant qu'hier et aujourd'hui. On nous répète de semaine en semaine que la religion va mourir, qu'elle est morte, bien morte, que la science l'a tuée, que le catholicisme est enfin vaincu et terrassé... et, le lion étant repu lé mort, nous voyons des braves qui déjà s'approchent pour lui arracher la crinière. Cependant ils ne sont pas tirs rassurés, et, en même temps qu'ils se préparent à mener les funérailles de L'Église catholique, ils inventent des calomnies pour la rendre impopulaire, des liens pour la rendre impuissante, des mesures pour l'empêcher de vivre et pour l'empêcher de ressusciter. La religion laisse dire tous ces faux prophètes et tous ces fossoyeurs trop pressés, et elle se venge de leur méchanceté en priant pour eux et en les enterrant. Elle ivsiste... Vivre, c'est non seulement résister, mais encore conquérir.

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