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CHAPITRE V LES SÉMINAIRES

Nous n'avons pas assez de prêtres. Il faut en trouver. Où? Dans la famille. C'est au foyer domestique que germent les vocations sacerdotales, et c'est le prêtre, dans son presbytère, qui généralement leur donne la première culture. Cependant l.i famille et le presbytère ne sont qu'un vestibule. L'enfant destiné au sacerdoce n'y reste pas longtemps. Vers l'âge de douze on treize ans, l'Église met la main sur lui, le tire de la masse, et le dirige vers les pieux asiles, où sa jeune âme doit s'imbiber de science, de vertu et de piété. Ktudions lit physionomie des petits Séminaires.

Le petit Séminaire a pour but de favoriser la lente évolution du germe sacerdotal dans l'âme des enfants. Ce n'es! pas une petite affaire. Gela comprend une période de six ou sept années. Cela n'a l'air de rien, et pourtant c'est une histoire longue et compliquée. Voyez-vous cet épi de blé dont on va fairede la farine et du pain? Tout le

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monde en vit, et personne ne le regarde vivre. Son histoire est aussi dramatique qu'elle est inaperçue et silencieuse. Quand il germe, il doit lutter contre le froid et le chaud, contre les attaques des mulots sous la terre, contre les cailloux qui lui barrent la route, contre les herbes qui prennent sa place. Quand sa tige verte émerge du sol, il rencontre des régiments d'insectes et des escadrons de moineaux. Quand le blé se noue, quand il fleurit, quand il mûrit, il est à la merci du vent, du soleil, d'un nuage qui passe, d'un oisillon qui cherche pâture. Tel est le germe sacerdotal, et cette comparaison suffit à faire comprendre la haute fonction de nos petits Séminaires, qui sont comme le terrain de culture où s'élabore la formation des jeunes lévites.

Là, au petit Séminaire, sont réunis les jeunes gens destinés au sacerdoce. On ne les sépare pas des jeunes gens destinés au monde. Ce n'est pas nécessaire. A quoi bon isoler le clergé du reste des hommes? A quoi bon en faire une caste dans la nation? Élevé avec les avocats, les magistrats, les notaires, les médecins, les propriétaires d'un pays, le prêtre conservera avec eux des relations amicales, qui plus tard pourront être utiles aux uns et aux autres.

Tous ces jeunes gens, qui seront dans quelques

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années prêtres du Seigneur ou simples laïques, sont confiés à des maîtres très instruits et très évoués. Fénelon disait aux maîtres chargés de ducation de la jeunesse : « Soyez pères, soyez mères î » Et, en effet, initier déjeunes esprits à la connaissance des lettres humaines, former de jeunes cœurs à la pratique de toutes les vertus, cultiver dans l'enfant l'intelligence, la sensibilité, la volonté, le caractère, c'est une tâche toujours grande, souvent écrasante, parfois ingrate, et il faut, pour la bien remplir, la fermeté du père, la tendresse de la mère, toutes les énergies et toutes les délicatesses d'un cœur sacerdotal ! — Avoir eu dans sa jeunesse de bons maîtres, quel Immense bienfait pour la vie tout entière ! Platon remerciait la Divinité de deux faveurs signalées : celle d'être né et d'avoir été élevé sous le ciel de la Grèce, et celle d'avoir eu Socrate pour précepteur. Alexandre le Grand disait que son amour pour son maître Aristote égalait l'affection qu'il avait pour son père, Philippe de Macédoine : « Si j'ai reçu la vie de l'un, disait-il, l'autre m'a appris à bien vivre. » Et il se plaisait à lui payer royalement sa dette de reconnaissance. Après la conquête de la Perse, il lui offrit une somme de huit cents talents, presque cinq millions de francs. Alcuin, le précepteur de Gharle-

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magne et de ses enfants, était tendrement aimé de ce grand prince. Sa mort fut pleurée par la famille impériale comme celle d'un ami et d'un père. Gharlemagne voulut écrire lui-même, en vers latins, l'éloge de cet illustre maître. Ainsi nous tous, prêtres ou laïques, à mesure que nous avançons dans la vie, nous nous rappelons avec une gratitude grandissante les maîtres vénérés qui, au petit Séminaire, ont guidé nos pas chancelants clans les sentiers difficiles de la science et de la vertu.

Oui, je dis bien, dans le sentier de la science. Au petit Séminaire la science est largement distribuée. La science est aujourd'hui très utile à tout le monde. Mais, au prêtre, elle est absolument nécessaire. Quel prestige aurait un prédicateur qu'on pourrait accuser d'ignorance? Quelle autorité aurait un prêtre qui ne serait pas instruit? Or, c'est quand on est jeune qu'il faut surtout s'instruire. La science passe sans laisser son empreinte sur les cerveaux durcis par l'âge. Les années, en mûrissant le jugement, ralentissent l'activité vitale et ferment la mémoire. Jeune boni me qui aspire au sacerdoce, va donc puiser au petit Séiuiminaire une Large provision intellectuelle, car demain, quand tu seras prêtre, c'est la science qui te donnera l'élévation îles pensées et la joie du

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