DES ORNEMENTS D EGLISE
nourrit jadis son Ame de l;i sainte Eucharistie. L'Église, c'est pour le peuple et pour tous le ciel sur la terre, la famille et le toit paternel, la patrie el les aïeux, et tout ce qu'il y eut jamais de grand, de doux et de sacré ici-bas au cœur de l'homme. Mais encore faut-il que l'Eglise possède et conserve toute sa sublime beauté, pour répondre à sa destination, pour exercer sur les âmes une attirance victorieuse.
II. Et ici une question se pose. Pour entretenir et embellir nos temples, pour subvenir aux besoins matériels de la religion et à la décence, à l'éclat extérieur du culte, où trouver des ressources? Jadis, dans l'ancien régime, l'Eglise avait des biensfonds, un patrimoine, une propriété territoriale qui lui avait été léguée on ne peut plus légitimement par de libres donateurs, par de généreux fidèles. Elle vivait de son bien, et c'était une grande joie de cœur pour elle que de pouvoir ouvrir largement les portes de ses temples, pour laisser entrer la multitude des chrétiens, riches et pauvres, qui avaient une place gratuite dans les sanctuaires; c'était pour le prêtre un grand soulagement d'âme de n'avoir pas à tendre la main pour les besoins journaliers du culte.
Cet état de choses, vous le savez, a été renversé.
L'Eglise, en 1789, a été dépouillée de sa fortune territoriale... et pendant le xixe siècle elle a vécu, au jour le jour, avec le produit de locations, de permissions concédées, de quêtes, de troncs, de droits tarifés sur les cérémonies religieuses. Que vouliez-vous qu'elle fit? De trois choses l'une : ou il fallait rendre à l'Eglise les biens qu'on lui avait enlevés, ou l'Etat devait lui en donner une compensation suffisante pour tous ses besoins, ou l'Église, sublime mendiante, était obligée de tendre la main. Elle prit ce dernier parti et elle ne pouvait pas en prendre un autre. Elle quêta, et, grâce à la générosité de ses enfants, elle sut trouver non seulement de quoi vivre, mais encore de quoi bâtir des temples, de quoi offrir à son Dieu un calice d'or et à ses prêtres des ornements convenables.
Une pareille audace et un pareil succès ne pouvaient pas contenter les impies. De nouveau ils viennent de se précipiter sur l'Eglise de France et de la voler indignement. Cette fois ils nous prennent tout et ils ont l'air de nous faire une grâce en laissant provisoirement à notre disposition nos églises et notre mobilier sacré. Qu'allonsnous l'aire? Allons nous perdre notre temps à maudire ces infâmes et à pleurer sur des ruines? Ce serait parfaitement inutile. Nous allons garder
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nos églises jusqu'à ce qu'on ait l'impudence de nous en chasser, el nous allons continuer d'assurer la décence et la beauté de nos cérémonies religieuses. Préparons^nous à ouvrir de nouveaux lieux de culte et à fabriquer de nouveaux ornements aussi beaux que les anciens. Seulement, cette fois-ci, délions-nous des voleurs, prenons des précautions contre les spoliations possibles et probables, assurons la propriété de notre bien et n'ayons pas la naïveté de l'abandonnera la voracité de l'Etat et des communes. On nous demandera peut-être comment il faut s'y prendre pour sauvegarder l'avenir et garantir la pérennité des dons faits à l'Eglise de France. La réponse à cette question est difficile et complexe, et ce n'est pas ici que nous pouvons la donner. Nous devions seulement avertir le clergé et les fidèles des dangers de demain. C'est fait. Et maintenant nous répétons qu'il ne faut pas délaisser l'entretien des Irinplcs et des ornements sacrés.
III. Et nous disons que les femmes chrétiennes ont sous ce rapport une mission particulière à remplir. Dans tous les temps, les daines cb rétiennes ont eu à cu*ur de contribuer à l'entretien et à la splendeur de la maison de Dieu. C'est une obligation, plus urgente depuis que l'Klat et
les communes se désintéressent des besoins de l'Eglise, depuis que les iidèles sont chargés à eux seuls de pourvoir à tous les frais du culte. D'un autre côté, les dames pieuses qui veulent bien s'occuper des objets du culte y apportent une sollicitude et un dévouement qu'on demanderait vainement à des mains mercenaires. Dans un admirable discours prononcé dans l'église de la Madeleine, le 4 février 1858, en faveur des pauvres églises de campagnes. M8' Dupanloup disait : « Ah! sans doute. Mesdames, vous avez, vous ici, le luxe et les délices de la religion, comme de tout le reste dans votre vie : vous priez dans l'opulence comme vous y vivez. Mais laissez-moi vous le demander : n'y a-t-il donc que vous sur celte terre? Et les vingt-sept millions de laboureurs, qui défrichent vos campagnes et vos terres, ne sont-ils pas aussi les enfants de l'Evangile, et votre Dieu n'est-il pas leur Dieu?... L'Église ne rougit pas de sa pauvreté, mais vous, vous devez en rougir... c'est pour le corps adorable de Jésus- Christ que je vous parle, c'est pour la divine Eucharistie .que je plaide... Je n'hésite pas à vous dire qu'après l'Œuvre des Séminaires, qui vous donne des prêtres. l'Œuvre dont je vous parle est la première, et nulle ne doit demander de vous de plus grands sacrifices. » Quelles admirables pa-