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OU LA SANCTIFICATION PERSONNELLE

Pour améliorer la situation religieuse, nous instituons nous, prêtres, des œuvres multiples. C'est bien. Mais nous ne devons pas oublier qu'il est une œuvre, qui doit précéder, accompagner et compléter toutes les autres, c'est l'œuvre de notre sanctification personnelle. Si tous les chrétiens étaient vraiment des chrétiens et si tous les prêtres étaient vraiment des prêtres, les questions sociales seraient bien vite tranchées et la question religieuse ne tarderait pas à se résoudre par un triomphe éclatant du catholicisme. Le salut de la société et de l'Église de France dépend beaucoup moins du perfectionnement des organisations que de la vertu, de la valeur momie des individus. Les qualités personnelles du clergé et des lidèles ont cent fois plus d 'influence et d'efficacité que la qualité et la quantité des lois et des œuvres. Soyons saints et le inonde marchera beaucoup mieux. Parlons donc en toute liberté et très abondamment des œuvres de piété et de sanctification personnelle qui con-

viennent soit au clergé, soit au peuple chrétien.

I. Nous affirmons d'abord que l'intérêt majeur de notre monde contemporain réside dans la piété et la sanctification du clergé. Là est le préalable nécessaire, la condition irremplaçable, le secret dernier de notre relèvement. Avec un clergé de vertu médiocre on ne saurait rien faire ; on pourra tout faire avec un clergé de vie surnaturelle intense. La piété est le premier devoir et le principal ornement du prêtre ; elle est sa véritable, nous allions dire son unique force. « Je puis tout en Celui qui me fortifie », disait saint Paul. Et, le regard toujours fixé sur Dieu, il prenait les choses comme elles venaient, sans trêve ni relâche, il se sanctifiait et sanctifiait les autres. L'histoire de l'Eglise est pleine des merveilles que de saints prêtres ont su accomplir pour la gloire du ciel et la consolation de la terre au sortir de leurs intimes entrevues, de leurs ineffables conversations avec Dieu. Nous nous imaginons quelquefois que tout l'avenir de la religion dépend des œuvres extérieures et retentissantes. Erreur ! Nos prières silencieuses et nos sacrifices cachés ont devanl Dieu plus de valeur que nos paroles et nos entreprises. L'Eglise est le royaume du surnaturel et elle repose tout entière sur les vertus des saints, sur

des prières inentendues et des sacrifices inaperçus, qui ne sont rien au regard des hommes, mais qui devant Dieu décident de tout.

La sainteté est pour le prêtre le principe de la vie apostolique. Pour glorifier l'Évangile et l'accréditer au milieu d'un monde indifférent ou hostile, le clergé doit d'abord se sanctifier. S'il n'a pas soin de mettre Dieu avec lui et de se tenir en union avec Dieu, non seulement ses travaux ne seront pas bénis, mais il se découragera au premier obstacle, à la moindre critique ; après quelques essais infructueux, il restera dans le champ battu de In médiocrité et de l'impuissance, il n'osera pas descendre sur les champs de bataille où l'appellent les besoins de l'heure présente. La mission du prêtre est, en effet, aujourd'hui surtout, une mission laborieuse et crucifiante. Administrer les intérêts de Dieu et des âmes, organiser le culte public, distribuer à tous l'enseignement catholique qui donne la lumière et les sacrements qui donnent la grâce, venir au secours de toutes les infirmités humaines et répandre d'innombrables bienfaits sur toutes les classes de la sociélé, faire connaître Dieu, le faire aimer et lui gagner partout des serviteurs, mener de front un double ministère d'assistance spirituelle et temporelle, et, pour accomplir comme il faut ce double ministère,

se tenir sans cesse sur la défensive ou prendre sans peur l'offensive, résister à l'erreur et aux mauvais, attaquer l'incrédulité et le vice, étendre ainsi au prix de ses sueurs et au risque de sa vie le royaume du divin Maître, le royaume de la lumière et de la vertu, travailler du matin au soir à l'honneur de Dieu et au salut du monde et reprendre chaque jour le sillon commencé la veille. . . telle est la mission du prêtre. Ce n'est pas une paix inactive, mais une guerre conquérante, une sainte milice, un apostolat, et il semble impossible de concevoir une vie sacerdotale, une vie apostolique qui ne serait pas avant tout une vie pieuse et sanctifiée. Un prêtre doit aimer Dieu et les âmes jusqu'à en mourir, et l'efficacité de sa mission se mesure à son degré de sainteté. Plus il se sanctifie, et plus il est puissant sur son propre cœur et sur le cœur de Dieu, plus aussi il est puissant sur le cœur de son peuple. Son âme pleine de piété, de miséricorde, de pureté, de charité, est comme un vase qui déborde et qui communique à tous la vie de la grâce dont elle est comblée. Son langage, inspiré par l'Esprit de Dieu, est tour à tour un miroir fidèle de la justice et de la mansuétude divine, un rayon lumineux et chaud qui dissipe les ténèbres du doute et fait fondre les glaces de l'indifférence, un parfum qui embaume

LA SANCTIFICATION DU CLERGE il

tous les cœurs de foi, d'amour et d'espérance. Ses actes réalisent ce qu'il enseigne et sont la vivante image de ses saintes dispositions intérieures. Il ne vit pas, c'est Jésus-Christ qui vit en lui et qui par lui se donne aux âmes fidèles.

Relisons ici ce qu'écrivait, il y a quarante ans, leP.Gratry, du saint curé d'Ars, aujourd'hui patron de tous les curés de France : « Un homme est mort, il y a peu de temps, homme prodigieux, qui, en tout temps prenant la croix et marchant sur la mort, alla chaque jour jusqu'au bout de luimême et de ses forces. Quotidie morior, je meurs tous les jours : cette parole de saint Paul, cet homme l'a pratiquée pendant sa vie entière, sans s'arrêter jamais. Qui était cet homme et que faisait-il donc? Il était curé de village, et il aimait Dieu et ses frères si ardemment que, pour exhorter, pour consoler, relever, purifier et bénir, il ne cessa de se donner d'àme et de corps, comme une Eucharistie, à la foule avide et serrée qui l'entourait et le pressait. Travaillant vingt heures sur vingtquatre, dormant deux heures, mangeant une fois par jour un peu de lait, il touchait sans cesse à la mort. Mais il renaissait sans cesse, en quelque sorte, d'une vie ressuscitée, transfigurée, active et ardente comme une ilarnme ; transmettant par ses mains, par sa voix, par ses yeux étonnants qui

embrasaient les cœurs, le feu, la vie, l'émotion et la foi, et surtout les larmes profondes et génératrices du repentir. La foule qui le pressait, qui le touchait corporellement, faisait comme partie de lui-même; il n'était pas seulement le grain de froment mort et ressuscité, c'était un épi, ou plutôt une gerbe d'épis. Il consola, il transforma les âmes par millions et guérit par milliers les corps malades. « Qui consent à perdre la vie. la trouve », dit l'Evangile. Cet homme avait trouvé la vie, et il semblait ne la posséder que pour la transmettre. Voilà le prêtre et le pasteur. 0 Jésus-Christ, faites la grâce, en ce siècle, à plusieurs de vos prêtres de posséder la vie par votre croix, afin de la transmettre au monde avec le feu du Saint-Esprit ! »

II. Jésus-Christ a voulu que les prêtres fussent le levain dans la pâte, le sel de la terre, la lumière du monde, des sauveurs d'âmes, les rédempteurs des peuples, lavant-garde du bien. Ils marchent les premiers, la société chrétienne les suit, mais elle reste toujours, inévitablement, d'un degré audessous d'eux. C'est pourquoi un profond philosophe du siècle dernier, Blanc de Saint-Bonnet, a pu écrire : « Un clergé saint fera un peuple vertueux. Un clergé vertueux fera un peuple honnête. Un clergé simplement honnête fera un peuple

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impie. » Jésus-Christ et le peuple chrétien exigent du clergé la sainteté et la vertu des apôtres. Qu'estce à dire ? Ce n'est ni le temps ni le lieu de tracer un programme complet de la vie ecclésiastique. Disons seulement que nous attendons de nos prêtres, à l'heure actuelle, une piété plus profonde et plus agissante que jamais, et par quelques brèves paroles suggérons aux vrais chrétiens la salutaire pensée de s'intéresser et de collaborer à la sanctification du clergé.

Pour suffire à leur sublime et difficile mission, les prêtres ont besoin d'entretenir et d'augmenter toujours plus en eux-mêmes les forces de résistance et les forces de conquête : la vivacité de la loi, l'impression profonde et présente des vérités éternelles, la crainte et l'amour de Dieu, la délicatesse de conscience, toutes les saintes dispositions en un mot qui constituent comme la santé et le bon tempérament de l'àme. Et c'est dans la fidélité aux exercices de piété qu'ils trouveront le moyen de se sanctifier et la possibilité de sanctifier leur peuple. L'oraison, la lecture spirituelle, la visite au Saint-Sacrement et le chapelet entretiennent au cœur du prêtre la ferveur et la dévotion, l'amour de Dieu, de Notre-Seigneur, de la Très Sainte-Vierge, avec cette profonde onction de la grâce qui est la consolation et la force

de toute vie sacerdotale. L'examen de conscience et la fréquente confession exercent sur l'âme du prêtre une puissance sanctifiante et préservatrice qui le rend vigilant, attentif, fort à l'endroit même des moindres fautes. Les retraites du mois et la retraite annuelle remédient périodiquement aux relâchements inévitables, renouvellent la vigueur et la jeunesse de Lame et la défendent contre l'envahissement de la tiédeur. Nous conseillons surtout au clergé le culte de l'Eucharistie. Jésus est près de nous, avec nous, à nous. Le Tabernacle est la tente où le prêtre est toujours sûr de le trouver. C'est là que notre Dieu attend nos hommages; c'est là qu'il est toujours prêt à nous prodiguer ses conseils et ses grâces. L'Eglise catholique ne peut manquer de saints prêtres, tant qu'elle possédera l'Eucharistie, qui est le dogme générateur de la piété et du zèle sacerdotal. Nous supplions tous nos prêtres, surtout les plus jeunes, de rester invariablement fidèles à leurs exercices de piété. « J'insiste sur ce point, écrivait MgT Dupanloup à son clergé, parce que je vois avec l'évidence du jour que, pour nous prêtres, tout dépend de là. Et si nous avons le bonheur, en France, de voir le clergé généralement si exemplaire, la cuise en est que, depuis deux siècles, nos excellents directeurs de Séminaire ne cessent d'incul-

quer à toutes les générations sacerdotales L'esprit de prière, et la fidélité à l'oraison et à tous les pieux exercices, dont on fait contracter aux ordinands la sainte habitude, pendant leur noviciat ecclésiastique. »

Il est pour le clergé un moyen de sanctification que nous nous contentons pour aujourd'hui de signaler par un simple mot. C'est la vie commune. Les prêtres sont généralement condamnés à un trop grand isolement physique et moral, à un malheureux individualisme de conduite, d'esprit, d'intérêts, de vie et d'action dont ils souffrent tous plus ou moins, et qui est pour quelques-uns absolument intolérable et dangereux. Ils ont besoin d'union et d'affections saintes pour entretenir leur vie spirituelle et leur vie apostolique. Leurs attraits, leurs vives aspirations de sainteté et de charité ne peuvent se satisfaire qu'au sein d'une confraternité sacerdotale. Et, au point de vue purement temporel, l'heure n'est-elle pas venue de demander à La vie commune un système d'économie qui rendra moins coûteuse la subsistance du clergé? Deux, trois, quatre ou cinq prêtres, vivant ensemble, sous le même toit, ont toute chance de conserver et d'accroître leurs forces vives : la piété, la science, les talents naturels et surnaturels, le zèle, l'habileté, le savoir-faire pastoral, les ressources môme

temporelles ; de devenir plus pieux, plus instruits, plus zélés, plus appliqués à la prière et à l'étude, plus forts dans l'action, en un mot capables de mieux servir Dieu et de faire plus de fruit dans lésâmes. Ils s'aident, se contrôlent et se stimulent les uns les autres, et par conséquent ils se sanctifient plus efficacement et toujours davantage, ils sont et demeurent pendant toute leur carrière sacerdotale de bons et saints prêtres de Jésus-Christ, intérieurs, surnaturels, pleins de foi, de religion et de zèle. Et que nous faut-il aujourd'hui sinon de saints prêtres, sinon des apôtres, capables de tout dans l'Église, même d'opérer, avec le temps et par la grâce de Notre-Seigneur, ce grand miracle qui s'appelle la régénération chrétienne d'une paroisse, d'un diocèse, d'une nation? « Les prêtres médiocres, écrivait déjà il y a cinquante ans Mgr Dupanloup, ne suffisent plus pour ce qui est à faire aujourd'hui, en présence de ces épouvantables envahissements du mal, et au sein d'une société démoralisée, et bientôt tout à fait déchristianisée. Ce qu'il nous faut, en de pareils temps, ce sont des saints prêtres, dans toute la force du mot ; des hommes de Dieu; surnaturels et pleins de foi, brûlants de zèle, nourris d'oraison et d'étude, détachés, désintéressés, dévoués, prêts à tout sacrifier et à se sacrifier eux-mêmes pour Dieu et pour

les âmes. C'est par des saints que la vie chrétienne s'est établie dans le monde païen il y a dix-neuf siècles, et ce n'est que par des saints que celte mémo vie peut être ressusciter dans un monde prêt à redevenir païen. » Qu'il nous soit permis de reproduire ici le portrait du saint prêtre, tel qu'il a été présenté dernièrement à l'Académie par le cardinal Mathieu, parlant de son prédécesseur le cardinal Perraud : « Et pourtant, c'est par la vie intérieure que nous valons, et c'est la gloire du christianisme de l'avoir, dans une certaine mesure, prescrite et rendue accessible à tous! L'âme chrétienne, purifiée parles sacrements, est transformée en un sanctuaire que Dieu consacre par la majesté et la douceur de sa présence. C'est la vraie loin- d'ivoire. Car, si l'on donne quelquefois ce nom aux retraites orgueilleuses où des hommes célèbres sont allés cacher leurs déceptions, habituellement, l'ivoire de ces tours n'est pas immaculé, et ce n'est pas l'amour divin qui console les reclus ! Au contraire, pour Je fidèle qui vit sous le regard du Père céleste, il n'y a plus de solitude; les biens extérieurs perdent leur attrait, In douleur ri la mort se transforment, et l'enfant de Dieu contracte, avec l'Hôte incomparable qu'il possède, une union Intime qui, dans la doctrine catholique, va jusqu'à faire de Jésus-Christ lui-même la nom-

riture et le convive de ceux qu'il a rachetés de son sang. Joies saintes des festins sacrés, que les profanes soupçonnent et qu'ils ne goûtent pas, parce qu'elles ne peuvent être achetées que par le sacrifice !

« Vous les voulez trop purs, les heureux que vous faites ! » s'écriait Musset avec découragement, et il interpellait les privilégiés :

C'est un amour profond qu'au fond de vos calices Vous buviez à plein cœur, moines mystérieux!

« Le cardinal Perraud, chaque matin, buvait à plein cœur dans son calice ! Toujours levé dès quatre heures, il passait plusieurs heures de suite à méditer, à prier, à dire la messe avec une dévotion qui dépassait de beaucoup la mesure des prêtres les plus fervents. « Adolphe, disait son frère Charles, est insatiable du Saint-Sacrement. » Pendant les tournées pastorales, il s'échappait des presbytères et s'en allait oublier sa fatigue devant le Tabernacle. Qui l'avait vu une fois agenouillé derrière une colonne, le buste droit, la tête inclinée, les mains jointes, les yeux clos, ne l'oubliait plus et croyait avoir assisté à une extase. »

Nous signalons ces grands exemples à la méditation du clergé, si désireux de se sanctifier et de faire tout son devoir, et nous demandons à Dieu

qu'il daigne susciter et envoyer à l'Eglise beaucoup de saints prêtres.

Parmi les moyens de sanctification offerts aux prêtres, je voudrais signaler les retraites qui chaque année se font dans les divers diocèses de France.

Il n'est point de communauté religieuse, de maison d'éducation bien réglée, où l'on ne consacre, tous les ans, quelques jours à la méditation des grandes vérités de la foi. Avant de recevoir les saints ordres, les jeunes lévites font une retraite de huit jours. Nous imposons une retraite de trois jours aux jeunes enfants qui se disposent à la première Communion. Les pasteurs zélés invitent, chaque année, les fidèles dont le salut leur est confié, à venir retremper leur àme dans la retraite pascale. Et quand nous voulons façonner des chrétiens fervents, des chrétiens apôtres, nous leur procurons le bienfait d'une retraite fermée. Si donc les retraites sont d'un usage général, si on y convie toutes sortes de personnes, sans exclure même l'enfant, si peu capable de réllexions sérieuses, n'est-ce pas parce que l'expérience prouve que cette pieuse pratique est d'une importance majeure et d'une efficacité souveraine?

Descendons dans notre àme, et consultons nos besoins. Une semaine de solitude nous est non

seulement utile, mais absolument nécessaire. Prêtres bien-aimés, pour glorifier Dieu et pour sauver votre peuple, il faut que vous soyez parfaits. Or, après toute une année consacrée à des fonctions très sublimes et très difficiles, n'éprouvez-vous pas l'impérieux besoin de rentrer dans votre conscience pour y discerner les manquements, les oublis, les déviations, les taches inaperçues qui échappent à l'attention même des meilleurs, des plus soigneux, des plus préoccupés de leur sanctification personnelle? Après avoir soutenu et comme tendu votre àme toute une année, pour empêcher votre zèle de décroître et votre piété de s'attiédir. n'éprouvez-vous pas une certaine lassitude et le désir intense de restaurer vos forces spirituelles, de ranimer votre première ferveur, de ressusciter la grâce de votre sacerdoce? Plus d'une fois dans une année, vous vous êtes demandé avec une douloureuse anxiété si l'insouciance ou la désertion de vos paroissiens ne venait pas de votre inaptitude à éclairer et à toucher leurs cœurs et vous vous êtes fait le secret reproche de ne pas allumer l'amour de Dieu dans les Ames parce que la votre n'en était pas suffisamment embrasée. Qui non ardel, non incendit. C'est pendant la retraite que la chaleur des vérités célestes vous pénétrera d'une manière plus intime et qu'en devenant des saints

et des ardents vous deviendrez des apôtres et des convertisseurs. De votre retraite dépendra tout le succès de votre ministère pastoral. A quoi bon insister sur la nécessité de ces saints exercices? Voire expérience, sur ce point, vous en a plus appris que ne pourraient faire mes paroles.

Et puis dans quels temps nous vivons ! Les circonstances actuelles nous écrasent et nous épuisent. Nous aimons les âmes avec une profondeur de dévouement qui ne se peut dire, nous voudrions les sauver et trop souvent nous constatons que nous ne le pouvons pas, qu'il y a entre elles et nous une barrière quasi infranchissable. Je ne connais pas sur la terre une tristesse plus douloureuse, une amertume plus amère que celle du prêtre, -du bon prêtre, du saint prêtre qui a faim et soif du salut de ses ouailles et qui, supplicié comme Tantale, se voit dans l'impossibilité d'apaiser celle faim et d'étancher cette soif. Pour discréditer uoire apostolat, on discrédite notre personne. On nous accuse d'être les adversaires du progrès, de la science, nous qui sommes les fils de la lumière et les propagateurs de la civilisation; on nous dénonce comme des ennemis du peuple et de la patrie, nous en qui l'amour divin exalte et centuple l'intensité de l'amour fraternel, nous qui avons fait la France comme les abeilles font la ruche, nous

qui sommes les serviteurs les plus désintéressés du bien public. Humbles prêtres cachés dans l'obscurité du ministère des campagnes, c'est à vous surtout que va ma pensée, sur vous surtout que s'épanche ma respectueuse affection ! Plus que jamais, il me semble, vous avez besoin de puiser, dans le recueillement et la prière, les grâces qui vous permettront de triompher des épreuves auxquelles vous êtes en butte. Et tous, soit à la ville, soit à la campagne, en présence de l'avenir qui s'annonce inquiétant et plein de dangers, ne devons-nous pas faire provision d'énergie, de patience, de calme, de résignation, de sérénité, pour mieux résister aux attaques, aux haines, aux violences peut-être, qui seront notre partage? Allons à la retraite. Venons chercher là les secours indispensables : la lumière, la consolation, la capacité d'endurer et de faire clos choses fortes, facere et pati forlia. La retraite annuelle est toujours nécessaire au clergé; mais, de nos jours, nous avons des motifs particuliers de n'y pas manquer.

Nous sommes à une heure où ceux qui ont mission de commander doivent se rapprocher de ceux qui n'ont qu'à obéir, et les évèques attendent la retraite ecclésiastique pour écouter les doléances duclergé,pour consulter les doyens et vice-doyens, pour s'inspirer de leurs lumières et de leurs ini-

tiatives, pour appuyer leur autorité sur la spontanéité de leur assentiment.

Nous sommes à une heure où il est bon à des frères de vivre ensemble, pendant quelques jours, sous le même toit, pour se soutenir, se fortifier, s'éclairer, sous le regard de Dieu, s'encourager eu commun, s'édifier réciproquement par une mutuelle et sainte rivalité de généreux efforts. Fatigués d'un long labeur, meurtris par les luttes inévitables, et inquiets du lendemain, vous aspirez à une semaine de silence, de repos et de réconfort spirituel, in silentio et quiète proficit anima devota.

Nous sommes à une heure, où la sainte Eglise elle-même, assiégée par toutes les puissances de l'enfer, ballottée par tant d'orages contre tant d'écueils, réclame nos réunions sanctifiées, nos prières collectives et toutes-puissantes pour triompher des machinations que le génie du mal s'étudie à multiplier.

Accourons à la retraite, là tous ensemble nous raviverons en nous l'esprit sacerdotal, nous resserrerons les liens de la hiérarchie ecclésiastique, nous nous préparerons à un apostolat plus désintéressé, plus ardent et plus fécond, et nous demanderons à Dieu qu'il rende à l'Eglise sa jeunesse et sa force, à la société civile la paix et la prospérité, à nos paroisses un renouveau de vie chrétienne.

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