CHAPITRE II LA SANCTIFICATION DU PEUPLE CHRÉTIEN
Lorsque, il y a quatre ans, Pie X prenait en main le gouvernail de la barque de Pierre, il se donnait comme devise, de tout restaurer dans le Christ et par le Christ, et, pour atteindre un but si élevé, quels moyens conseillait le saint Pontife à ses frères dans l'épiscopat? La sanctification du clergé : Curarum hœc prima... ut Christum formemus in Us qui formando in cœteris Christo officio muneris destinantur. La sainteté des fidèles résulte de la sainteté du prêtre. Nous avons mis en évidence cette capitale vérité. Parlons maintenant de la sanctification du peuple chrétien.
I. Dans le désarroi général et les difficultés de notre époque, le seul remède efficace aux maux qui nous afiligent est la sainteté, la sanctification des âmes. Un auteur contemporain, le P. Weiss, dans son Apologie du christianisme [la Perfection : Introduction, p. 27), s'exprime ainsi : « Les temps que nous traversons sont mauvais. Tout le monde
se lamente, toul le monde fait des plans pour éviter la catastrophe redoutée et pour préparer un avenir meilleur, fl faut tout renouveler de fond en comble : la science, l'art, la politique, la vie sociale, la philosophie, la morale, la théologie, le droit, la vie chrétienne. Et tout cela on voudrait l'améliorer avec des moyens purement extérieurs, avec de la politique, de la diplomatie, des déclamations creuses. Les remèdes proposés sont pires que le mal. Ce mal provient de ce que la vie intérieure de l'humanité est faible, qu'elle est même tout près de s'éteindre. Ce n'est pas en mettant notre confiance dans les moyens profanes, ni en nous appuyant sur le fragile bâton de la faveur populaire et de la protection si chèrement achetée des puissances terrestres, ni en faisant preuve d'une obséquiosité servile envers l'opinion publique, ni en approuvant les agissements du monde, ni en nous accommodant à l'esprit du temps, que nous trouverons le salut. Nous devons a va ni toul rentrer en nous-mêmes, avoir conscience des loi ces surnaturelles que Dieu a déposées en nous, et en faire usage sans iiésitcr un seul instant. Rien ne saurait mieux arrêter les dangers terribles de la détresse sociale, queles armes des vertus chrétiennes, de l'abnégation, de la justice, de la charité... Ce dont notre époque a besoin avant tout, pour ne
pas dire la seule chose dont elle ait besoin, ce sont des saints, de grands saints, capables de convaincre et d'entraîner; et sinon des saints, du moins des hommes nouveaux, des hommes complets, des chrétiens véritables, intérieurs, parfaits. » Voilà le grand remède, l'œuvre par excellence, l'entreprise nécessaire : agir sur les âmes, les vivifier, les sanctifier, les surnaturaliser. Les âmes sont égarées ; il faut les remettre dans la voie. Elles sont viciées ; il faut les purifier. Elles sont appauvries : il faut les enrichir. Elles sont asservies ; il faut les délivrer. Elles sont affaissées; il faut les relever. Elles sont mortes ou mourantes; il faut les régénérer. Elles marchent loin de Dieu et de leur éternelle destinée, il faut les ramener à Dieu et les conduire à la bienheureuse immortalité. Ici éclate la supériorité du christianisme sur toutes les œuvres qui ne sont que purement humaines. Les systèmes politiques ou philosophiques peuvent bien embellir et amuser notre fragile existence, mais ils ne peuvent pas la garantir des étreintes de la mort ; le christianisme seul nous conduit là où l'on ne meurt plus et nous garantit la félicité éternelle. Les sages de la terre peuvent bien donner un peu de science et de moralité à rame humaine, mais ils ne peuvent pas la régénérer et la renouveler à tond; le christianisme seul