CHAPITRE III
Navigateur
« Commis-voyageur du Bon Dieu ». — Treize mille kilomètres clans la sauvagerie. — Canol d’écorce. — Kayak esquimau. — Le « haleur de grève ». — Le 17 février chez les Oblals de Marie Immaculée. — Morl du Frère Rio. — En barge. — Le Frère Meyer à la rivière de l’Ours. — Le Frère Louis Beaudet en Omiak. — Le Saint-Joseph. — Portage. — Le Saint-Alphonse. — Frères O’Connell, O’ Brien el William. — Le Sainte-Marie. — Pourquoi fut-il vendu? — Les « fiévreux de l’or ». — L’appel de Mgr Breynal , en 1921. — Petits vapeurs el yachts. — Episode nocturne du Grand Lac des Esclaves. — Les radeaux. — Le Frère Chcirbonneau et le drame de 1895 dans les rapides du fort Smith.
On a dit familièrement que le missionnaire était le « commis-voyageur du Bon Dieu ». S. G. Mgr Breynat, vicaire apostolique du Mackenzie, a même choisi la devise de saint Paul : Peregrinari pro Chrislo, voyager pour le Christ.
Voyageur, pour montrer combien l’apôtre de l’Athabaska-Mackenzie l’a été et le restera, ne suffirait-il pas de considérer qu’à répartir également ses ouailles sur l’étendue
de sa paroisse, il ne rencontrerait qu’une seule âme par soixante-dix lieues carrées?
Nous ne parlons pas des premiers missionnaires, partis de Montréal, métropole du Canada, en canot d’écorce, pour n’arriver à Saint-Boniface-Winnipeg, porte de l’Ouest, que deux mois plus tard ; d’où ils traversaient le Nord- Ouest, soit par un autre mois de navigation jusqu’au Portage la Loche, soit par deux mois de marche, à côté des charrettes à bœufs, jusqu’au lac la Biche. A ces voyageurs l’arrêt d’un hiver s’imposait, avant qu’ils pussent entreprendre l’étape du versant de l’océan Glacial (1).
Aujourd’hui les chemins de fer, de Montréal à Winnipeg, de Winnipeg à Edmonton et d’Edmonton à Mac Murray, nous déposent, en l’espace d’une semaine, au bord de la rivière Athabaska, où commence le monde inorganisé, la nature vierge, la sauvagerie.
A travers ce monde, cette nature, cette sauvagerie, il reste pour atteindre la dernière mission polaire, près de trois mille kilomètres sur la rivière Athabaska elle-même, le lac Athabaska, la rivière des Esclaves, le Grand Lac des Esclaves et le fleuve Mackenzie. A l’est et à l’ouest de cette immense artère, dix mille kilomètres appellent encore le missionnaire, sur les rivières la Paix, au Sel, des Liards, Nelson, de l’Ours, et sur le Petit Lac des Esclaves, les lacs Esturgeon, Wabaska, le Grand Lac de l’Ours : rivières et lacs tributaires de l’Athabaska et du Mackenzie.
Ces voies fluviales, ces lacs incommensurables, auxquels l’été arctique n’accorde guère que trois mois de mouvement, il faut les franchir hâtivement, afin de distribuer aux missions échelonnées sur leurs rivages les matériaux de leurs