‹ Appel aux conservateursChapitre 13 sur 35 · AVÈNEMENT DES VRAIS CONSERVATEURS · texte numérisé non relu

AVÈNEMENT DES VRAIS CONSERVATEURS

Destinée à terminer la révolution commencée, dans institution tout l'Occident, au quatorzième siècle, la crise où la France dune doct ^ne

# * . . mm , . . universelle.

se trouve plongée depuis 1789 n a point encore acquis un caractère décisif. Elle continue d'osciller entre la rétrogradation et l'anarchie, en laissant toujours redouter des orages sans solution. Le besoin de concilier radicalement l'ordre et le progrès est pourtant senti de plus en plus depuis soixante ans. 11 a fait graduellement surgir, sous le nom de conservateurs, un parti nombreux et puissant , qui s'efforce sincèrement d'écarter à la fois les révolutionnaires et les rétrogrades. C'est là que réside habituellement l'autorité politique, qui ne passe en d'autres mains qu'au moment des orages. Mais une telle pré-

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pondérance reste essentiellement neutralisée par l'absence d'une doctrine appropriée à cette destination. Un parti qui semble devoir irrévocablement éteindre l'état révolutionnaire ne tend jusqu'ici qu'à le faire indéfiniment durer, en consacrant à la fois la rétrogradation théologique et l' anarchie rçrôtaphysique, afin de pouyoif toujours opposer l'une à l'autre.

La prolongation d'une crise qui s'aggrave de plus en plus ne résulte pas du défaut de volonté , ni même de puissance. Elle est surtout due, malgré l'altération croissante des sentiments, à l'interrègne intellectuel déterminé par l'entier épuisement du théologisme et l'impuissance organique de l'ontologiçme. Dès soja début , l'explosion française fit également ressortir la caducité d'une religion incapable de prévenir ou d'arrêter un tel ébranlement et le danger d'une philosophie qui ne peut rien construire. Sous cette double démonstration, les deux opinions, dont la lutte remplit les cinq siècles de la révolution occidentale, sont également discréditées, chez tous les esprits actifs. Néanmoins, jusqu'à l'installation d'une doctrine vraiment adaptée à la situation, l'empirisme se trouve forcé de rattacher l'ordre $u type rétrograde et le progrès aux inspirations anarphiques, sans aucune conviction réelle. Ceux qui croient conduire ne peuvent obtenir ou conserver l'autorité que d'après une hypocrisie dégradante, où les inférieurs imposent leur é\ at au* supérieurs. Voilà comment , depuis que le besoin de construire est devenu prépondérant, le scepticisme, qui ne convenait qu'au siècle de la démolition, constitue le principal obstacle à la véritable ém^npip^ion-

Non moins contraire à la sécurité qu'à, h dignité, h situation contradictoire des hommes d'éW les empêche

ft«t$nt d§ retenir qus dp pousser * En temps binaire, ils emploient les prqya>ncps rétrogrades et les dflgmea anarchiques à se peutraliser mutuellement, sans pouvoir nulle part trpuver des principes} dp prévision ni de con^ duitp. Ils ne peuvent éviter les déyiatjqns qu'en demeurant passifs, quoique la situation les force souvent d'agir* Toujours incapables de guider on d'arrêter !© public, ils se bornent; à le seconder, $qjt quggc( Jps vices dp la rétrogradation suscitent des secousses ariarc^jque^ , sp|$ lorsque les désastres résultés (3e pelles-pi déposent fr rétrograder davantage. C'est ainsi que, faute (fë doctrine prppre, le$ cflpseryateurs actuels n'ont réellement cqn** pilié que les (fangers du cjrqjt diyin pt Pfiux de 13, squypT rçinpté ppRplairp.

IJS ne peuvent changer cette attitude qu'en devenant sagement systématiques, d ? aprè$ une théorie vraiment capable d ? écl^irer 1$, pratique, ^fin d'instituer la réorganisation spirituelle qui seqje termiPS r $ k réyqlutiqi) qpcicjentale. ïfais. une telle solution (\&yai\ exclusivement émaner des philqsoptjes, s$ns que lgs hqminps 4']$tati tous uniquement préoccupés de considératiqus m^térieJT lps, pussent aucunement' !$ §pponder-p}te exigeait que la raisqn moderne surmnntët l6BlU s Wiv^Spl fit le p}i# profond (Jes préjuges révolutionnais, en P^nt conp$ T ypir, fintre Jes jdefjx pijissanpss, m$ 4jvisiqn fonffànaçn r t^le, destinée à combiner le programme du moyen âgç avep celui de l'antiquité.

Poqr comporter une suffisante efficacité, cette pon r struction devait embrasser l'ensemble jde Texistenc^ humaine, à la fois théorique, mprale, et pratique. Lp caractère, essentiellement intellectuel, de la révolution moderne obligeait d'abord à poser une base philosopha

que, qui permît d'établir, par la démonstration , une foi non moins refusée aux abstractions métaphysiques „ qu'aux fictions théologiques. Mais la destination , éminemment sociale, du mouvement occidental exigeait ensuite que, sur ce fondement, surgît une synthèse vraiment universelle, aussi satisfaisante pour le sentiment et l'activité qu'envers l'intelligence.

Quoique la combinaison finale des conditions successives dût offrir de grandes difficultés, elle était spontanément conforme à la nature du principal effort, consistant à pousser jusqu'au domaine humain l'extension continue de l'esprit positif. Au milieu de la tempête française, ce complément de la science réelle se trouva dignement signalé sous la tentative, non moins admirable qu'avortée, où Condorcet entreprit de fonder la politique sur l'histoire. D'après cette impulsion, la solution fut irrévocablement abordée, en 1822, dans l'opuscule fondamental qui constata ma découverte décisive des lois sociologiques, interdite à mon éminent précurseur par ses lacunes scientifiques et ses préjugés révolutionnaires.

Ce début m'a permis d'accomplir, en une génération, d'abord la fondation philosophique, ensuite la construction religieuse, conformes à l'ensemble de ma mission. L'intime connexité des deux élaborations doit bientôt étendre à la seconde, achevée seulement l'an dernier, l'irrésistible sanction quelles meilleurs esprits ont unanimement accordée, depuis treize ans, à la première. Il faut maintenant indiquer la nature et la marche de chacune d'elles, afin de mieux appliquer leur ensemble à former la doctrine qui convient aux conservateurs systématiques.

Je puis assez caractériser la première opération en la Fondation représentant comme destinée à transformer la science ^ p *"** réelle en une véritable philosophie, suivant le programme posé par Bacon et Descartes sous l'impulsion générale du mouvement moderne.

A travers l'anarchie mentale qui se développe, en Occident, depuis la fin du moyen âge, on aperçoit une issue nécessaire, d'après le contraste décisif entre l'ascendant graduel de l'esprit positif et l'extinction continue de l'esprit théologico -métaphysique. Cette opposition n'offre rien de fortuit, puisque la décadence de l'ancienne philosophie résulte surtout de révolution de la nouvelle, sans laquelle la foi surnaturelle aurait toujours surmonté l'ontologie dissolvante. Pour instituer la solution indiquée par une telle situation, il fallait que la positivité, bornée jusqu'alors au terrain profane, s'emparât aussi du domaine sacré , qui semblait exclusivement appartenir aux théories déchues. Imposée par les besoins intellectuels, cette extension finale devenait également conforme aux exigences sociales, afin de guider l'activité régénératrice des populations avancées. Voilà comment surgit la conciliation nécessaire entre Tordre et le progrès, la discipline intellectuelle reposant sur un perfectionnement théorique qui rendait spontanément impossible toute rétrogradation.

On ne pouvait solidement compléter l'esprit positif que d'après une saine appréciation de l'ensemble de ses acquisitions effectives, en comparant chaque partie actuelle du domaine scientifique, soit à toutes les autres, soit à ses propres états antérieurs. Cette double comparaison comportait un essor décisif, quoique la positivité restât, comme dans l'ébauche grecque, restreinte au

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champ matériel et vital. Un tel elhpfre offrait tîttë base suffisante à Pexartien philosophique, t|ui pouvait alors combiner les théories mathéttiàtico-astronortriques avec les conceptions biologiques par l'entremise des doctrines physico-chimiques.

En comparant ces trois parties essentielles du domaine profane, on forme une progression qui peut être sponta* némertt prolongée jusqu'au domaine sacré, de manière à compléter le système des spéculation réelles. Car l'ordre humain est naturellement inséparable de l'ordre vital, considéré même dans ses phénomènes les plus simples et les plus universels ; puisque l'existence végétative fournit la base nécessaire de l'animalité, dont l'existence sociale constitue seulement le plein développement. Ainsij quand la positivité, qui longtemps ne put suffire qu'envers le domaine astronomico-mathématique* fut, au dix-huitième siècle , irrévocablement étendue, d'abord à la chimie, puis à la biologie, elle dut bientôt pénétrer jusqu'à la sodiologte. Vu l'intime connexité de toutes les vraies théories, l'extension finale est mentalement analogue aux deux précédentes, et même elle semble moins prononcée que la dernière, où la science s'éleva de la mort à la vie. Son importance et sa difficulté supérieures n'étaient réellement dues qu'à son étroite liaison avec le système général de l'organisation sociale ; Ce qui ne permit à l'esprit positif d'acquérir une telle plénitude que d'après l'ébranlement décisif du centre occidental.

Tandis que la raison moderne se trouvait ainsi poussée à se compléter, elle était pareillement conduite à se coordonner, en instituant, entre des théories longtemps incohérente^, une hiérarchie indispensable à leur pria-

cipale destination. Mais le second besoin convergeait spontanément avec le premier, soit quant à la source d'unité, soit erivets la loi de classement. Car, en s'étendantà l'ordre humain, la positivité s'élevait nécessairement au seul point de vue qui puisse être vraiment universel, en considétarit nos conceptions quelconques comme des produits naturels de notre évolution, à la fois individuelle et collective. D'uhe autre part, l'accomjilissëtoent d'une telle extension érigeait la science finale en dernieir terme de la progression déjà manifestée par les éciences préliminaires , où nos spéculations avaient toujours embrassé des phénomènes de moins en moins généraux et de plus en plus compliqués. Ainsi surgit, d'abord entré les événements, puis envers les êtres ou les existences, la hiérarchie fondamentale qui partout subordonne Tordre le plus noble au plus grossier, afin que la régularité de l'Un et la perfectibilité de l'autre permettent une harmonie autrement impossible.

Voilà comment, d'après l'ébauche décisive de la biologie, corporelle et cérébrale, la comparaison statique des éléments essentiels de la philosophie naturelle me conduisit à regarder la fondation de la sociologie comme la base nécessaire de l'unité spéculative. En même temps, leur comparaison dynamique me fournit la loi de filiation qui devait spontanément instituer la science sociale. Car, le premier état de chaque étude, même la plus simple, me présentait, envers sa constitution actuelle, un contraste équivalent à celui de la philosophie morale avec la philosophie naturelle. Je pus ainsi découvrir la loi fondamentale de Phistoirte, en reconnaissant que chacune de nos théories doit être d'abord fictive, puis abstraite, éhfin pôéitivé. La hiérarchie réglée pai^ la gérié-

ralité décroissante et la complication croissante explique les anomalies apparentes d'une telle évolution, en déterminant l'inégale vitesse avec laquelle nos diverses conceptions parcourent leurs trois états successifs.

Bientôt confondues en une seule, suivant la simultanéité de leur avènement, les deux lois de l'intelligence éclairent et complètent celle de l'activité, spontanément entrevue d'après la comparaison générale entre la sociabilité moderne et la civilisation ancienne. On reconnaît alors que l'existence pratique offre aussi trois états successifs, la conquête, la défense, et le travail, en harmonie avec les trois modes ou degrés de l'existence théorique. La combinaison des lois sociologiques suffit pour instituer la philosophie de l'histoire, qui seule manquait à notre intelligence, afin de systématiser notre sociabilité. Ce complément nécessaire se lie spontanément à l'ensemble des théories préliminaires, en érigeant l'évolution sociale en extrême prolongement de la progression animale, comme celle-ci développe la hiérarchie générale des existences réelles. Ainsi se trouve enfin fondée l'unité mentale, quand l'accomplissement spontané de l'initiation humaine conduit à saisir les lois qui doivent désormais régler l'état systématique.

Mais cette fondation, quoique constituant ma principale difficulté, ne pouvait aucunement dispenser de la construction, seule décisive, qui devait caractériser ma seconde carrière. D'après la nature de ma première élaboration, terminée en 1842, ses meilleurs résultats ne pouvaient surgir qu'à la fin d'une longue ascension, qui ne permettait plus à l'esprit épuisé de développer et d'appliquer la synthèse dont il avait posé les bases logiques et scientifiques. Fidèle reproduction de l'ensemble

de l'initiation humaine, cette marche ne pouvait directement instituer l'état normal, tant que ces conclusions ne se trouvaient pas transformées en points de départ.

Une telle imperfection coexistait avec une lacune capitale, qui devait même interdire de regarder comme suffisamment établi le principal résultat, l'institution de la philosophie de l'histoire, dont l'efficacité décisive se bornait alors à l'irrécusable démonstration des lois sociologiques. Outre la prépondérance d'abord accordée à l'étude du progrès, quoique celle de l'ordre dût finalement prévaloir, l'appréciation du passé ne s'y trouvait point systématisée avec assez de précision pour permettre de déterminer l'avenir de manière à régler le présent. Envers un mouvement indivisible, ce défaut provenait de l'insuffisance d'une synthèse embrassant alors l'intelligence et l'activité sans comprendre le sentiment, unique source de la véritable unité. C'est pourquoi ma première élaboration ne pouvait, même sous l'aspect théorique, et surtout dans l'ordre pratique, devenir vraiment satisfaisante qu'en fournissant la base nécessaire de la seconde, où devait consister ma principale mission, indiquée dès mon début. Ainsi ressort l'inconséquence de ceux qui, faute d'apprécier l'ensemble de ma carrière, se sont vainement efforcés de restreindre, à la transformation préliminaire de la science en philosophie, l'évolution de la doctrine universelle, capable de rallier et de régler.

La destination sociale de la religion positive me fit Construction graduellement sentir les conditions propres à ma seconde re,i « ieU8e élaboration. Dans la première, je tendais à surmonter l'esprit révolutionnaire en iqptituant une foi nouvelle, qui pouvait seule obtenir un assentiment universel et

durable, d'après l'irrésistible connexité de là sociologie avec l'ensemble des sciences déjà constituées. Mais cette opération, où l'intelligence semblait prévaloir, paraissait directement confirmer le principe essentiel de l'anarchie moderne, qui consiste surtout à soulever la raison contre le sentiment. En même temps, la nouvelle philosophie tendait à prévenir toute rétrogradation, en s' emparant du seul domaine réel qui restât à l'esprit théologico- métaphysique. Cependant, elle ne pouvait pas remplacer l'ancienne foi tant qu'elle h' était point parvenue à diriger la culture morale, que le moyen âge avait fait irrévocablement prévaloir. Ainsi, malgré la substitution décisive des lois aux causes, le positivisme demeurait au-dessous des besoins d'ordre et de progrès, même théorique, jusqu'à ce que le sentiment s'y trouvât convenablement embrassé. Tant que la suprême condition n'était point assez remplie, là nouvelle philosophie ne pouvait régler l'existence humaine, et restait incapable de fournir aux vrais conservateurs la doctrine dont j'avais entrevu l'avènement nécessaire dans mon opuscule fondamental de 1822.

Gette extension, seule décisive, se trouvait annoncée par la seconde et principale moitié de ma première élaboration* À mesure que la fondation de la science sociale y poussait meé conceptions à devenir plus synthétiques, je sentais mieux l'indivisibilité de notre véritable unité, qui ne saurait lier nos pensées sans embrasser nos sentiments autant, et même plus, que nos actes. Dans ma lente ascension du monde vers l'homme, l'explication du spectacle historique me forçait d'accorder une attention spéciale à l'essor, mental le plus rapproché de l'existence morale, en appréciant l'évolution esthétique,

naturellement rattachée au culte proprement dit. Le dernier volume de ma fondation philosophique contient même des ihdications directes de ma tendance définitive à faire dignement prévaloir le sentiment sur l'intelligence et l'activité* pour instituer l'unité, personnelle et sociale, que je poursuivais depuis vingt ans. Mais ces diverses préparations n'auraient jamais suffi sans l'intime ébran* lement qui vint, en temps opportun, ranimer chez moi la source, nécessairement affective, de la vraie synthèse.

J'ai suffisamment expliqué, dans ta préface générale de ma Politique poiitive, le fatal concours d'influences exceptionnelles, trop conformes à la situation anarchique des Occidentaux, qui priva mon cœur d'une digne culture jusqu'à l'âge de ma pleine maturité. Mais, en 1845, pendant que je préparais ma seconde élaboration, j'eus enfin le bonheur de subir convenablement l'unique impulsion qui pût me placer au niveau de ma principale mission. Une sainte union, devenue fatalement subjective après une seule année, produisit une régénération morale dont la réaction mentale se trouva pleinement caractérisée par la dédicace exceptionnelle que j'écrivis, en octobre 1846, pour l'angélique collègue que j'avais objectivement perdue six mois auparavant. Depuis que ma construction religieuse est entièrement accomplie, on reconnaît que ce début en contenait tous les germes essentiels, développés, l'année suivante, dans l'exposition orale où surgit le dogme fondamental de la religion positive, comme le constata, dès 1848, le discours préliminaire du traité terminé l'an dernier. Outre ma juste gratitude envers une incomparable patronne, qui, j'ose l'assufer, se trouve irrévocablement liée aux

destinées générales de l'humanité, mon hommage doit ici faire spécialement ressortir Funité réelle, où la vie privée suscite les principales améliorations de la vie publique.

Deux perfectionnements connexes dominent l'ensemble de ma seconde élaboration, en comblant les lacunes, sympathiques et synthétiques, qui laissaient la première au-dessous de sa destination sociale. Tout le positivisme s'y condense dans le dogme de l'Humanité, centre continu de nos sentiments, de nos pensées , et de nos actes, surgi de ma philosophie, sous l'impulsion féminine, pour diriger ma politique. En même temps, la décomposition normale de l'ordre humain érige la morale, que j'avais d'abord confondue avec la sociologie, en terme suprême dé la hiérarchie encyclopédique, enfin formée de sept domaines : mathématique , astronomique , physique, chimique, vital, social, et moral. Ces deux progrès systématisent respectivement l'instinct social auquel aboutit l'incorporation romaine et la culture affective que le moyen âge fit prévaloir. Ainsi se constitue le privilège de la religion positive envers le double programme légué par nos ancêtres occidentaux, en combinant irrévocablement la vie publique et la vie privée , suivant l'admirable pressentiment que manifesta la chevalerie à travers le catholicisme.

Quoique ma seconde élaboration ait dû surtout développer l'aptitude morale du positivisme, la supériorité mentale de la vraie synthèse s'y trouve, dès le début, profondément caractérisée par trois réactions capitales, à la fois scientifiques et philosophiques. La première consiste à simplifier l'ensemble de la conception encyclopédique en faisant définitivement coïncider la séparation

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entre l'abstrait et le concret avec la division entre la théorie et la pratique, de manière à dissoudre la vicieuse intercalation que j'avais d'abord consacrée. En second lieu, le principe sympathique m'a permis d'instituer la vraie logique, fondée sur ta combinaison des sentiments avec les images et les signes : ce qui fait aussitôt surgir la méthode subjective, suprême complément de l'investigation humaine, d'abord déductive, puis inductive, et finalement constructive. Un troisième pas constate l'efficacité transcendante du nouveau mode, en construisant ma théorie cérébrale, type normal et premier fondement de la systématisation biologique, dont j'ai d'ailleurs posé les principales lois. Mais, quelle que soit l'importance, théorique et pratique, de ces diverses acquisitions, je ne dois ici les signaler que pour montrer combien la domination normale du cœur est, dès sa naissance, favorable au digne essor de l'esprit.

Suivant la nature et la destination de cet opuscule, ma seconde élaboration s'y trouve principalement caractérisée par la construction décisive de la philosophie de l'histoire, que la première avait pu seulement ébaucher. Elle n'a désormais besoin que d'être graduellement developpéee à mesure que les applications sociocratiques exigeront plus de précision dans les explications sociologiques. Déjà celles-ci sont abstraitement suffisantes, puisqu'elles conduisent l'interprétation du passé jusqu'à déterminer assez l'avenir pour permettre de systématiser le présent, de manière à constituer le point de vue général des affaires terrestres, auparavant inaccessible.

On peut ainsi réduire la synthèse historique à distinguer envers l'espèce, comme chez l'individu, deux vies successives : Tune où nos forces de tous genres se déve-

lopp^nt pfwr un exercice essentiellement spontané ; l'autre qui règle leur essor d'après les lois ipanifestées <fcns leur préparation, y évolution sopiale exige cette distincr tion plus profondément que l'existence personnelle ; car celle-ci se trouve toujours dirigée, tandis que celle-tè ne peut réellement l'être que quand l'initialtion s'est aG* complie, sous une tutelle nécessairement Idéale, dont l'institution honore notre enfance,

Pjotre première vie, qui maintenant s'achève chez les peuples avancés, se décompose en deux états successifs : l'un plus spontané, susceptible de persister, d'après les modifications convenables, dans l'existence normale; l'autre, plus systématique, entièrement propre fr l'âge préparatoire. La tutelle fictive y présente les caractères respectifs du fétjchisme et du théologisuje : celui-ci ne devant finalerrçeut laisser que des impressions historiques ; tancfts que celui-1^, toujours reproduit pour l'in T divicju, doit définitivement fournir au positivisme un supplément général. Dans l'existence théologique, il faut distinguer deux modes successifs : |a théocratie, essentiellement orientale, qui fournit jusqu'jp} le seul type vraiment complet de l'ordre Jmiflain ; lq, transition, de plus eR plus r^YOlntjqpnaire, où, depuis trente siècles, les Occidentaux préparent la spciocratie universelle. Cette successiop fut indispensable à notre initiation, où )e premier régiipe, pressentant l'état nornjal, régie), nos forces q-vant qu'elles ne fussent développées, de panière k comprimer leur essor décisif, qui ne put s'accomplir que d'après trois évolutions partielles nécessairement consécutives* Elles firent respectivement prévaloir d'abord la vie spéculative, puis la vie active, enfin la vie affective, que la théocratie, émanée du fétichisipe par

l'a#9lâtriç, &v#t autant co^binéçs gtfe}|es pitfspent l'êtr§ jusqu'à Pipstalfotipn de la 9opigçr9.tje< Quoique te derrière transition, en ébauchant la division fondamentale des 4 e H? puissances, qit directement préparé l'ordre définitif, elle était trop incompatible e,vec l'essor théorique et pratique, pour que l'épuisement 4** théologisme ne suscitât pas, à l'issue du ifloyen âge, une anarchie croissante. IJniyerselle et spontanée pendant deux siè-. clés, cçtte révq|Htion ? ou furent ê' élaborer Fespqt positif et l'activité pacifique, devint de plus en plus systématique dans les trois suivants, en se localisant graduellement, de manière à borner sa plisse finale au peup|e cpntral, chargé de la solution occidentale,

11 serait ici spperflu d'insister davantage sur le résultat social de ma construction religieuse, puisqne les hommes d'état qui voudront l'apprécier devront l'étudier à sa source, quand ils spront assez préparés. Mais, quelle que soit cefte étude, je ne saurais espérer, ni même désirer, qu'elle procure aux praticiens une préparation théorique qui ne pourra se concilier avec leur principal caractère que quand l'éducation encyclopédique aurq, suffisamment prévalu. Sans devoir devenir pleinement positivistes, les vrais conservateurs peuvent aujourd'hui se rendre la nouvelle synthèse assez familière pour en faire sagement des applications décisives, aussi favorables à leur dignité personnelle qu'à leur office social.

Tels sont les motifs qui destinent cet opuscule à choisir, dans le positivisme, les principes essentiels dont l'active combinaison peut suffisamment instituer la politique occidentale. L'assentiment tacite de tous les partis a déjà ratifié la proclamation réitérée où je représentai la religion positive comme venant dignement saisir la

direction, jusqu'ici vacante , de l'ensemble des affaires terrestres, en laissant aux divers théologistes le domaine céleste. Mais , avant que cette mission , où le conseil doit toujours prévaloir, puisse être directement assistée par le commandement, son avènement décisif a besoin d'être préparé par une influence indirecte, réservée aux conservateurs proprement dits.

Pour les y guider, je vais consacrer la première et principale partie de cet opuscule à composer la doctrine, d'abord abstraite, puis concrète, qui maintenant suffit aux hommes d'état susceptibles de devenir systématiques. Dans les deux autres parties, la solution générale sera spécialement développée envers les rétrogrades et les révolutionnaires, en expliquant comment deux écoles diversement vicieuses peuvent désormais être également contenues et secondairement utilisées. Enfin, ma conclusion offrira le complément dynamique d'un tel ensemble d'indications statiques, en caractérisant la marche générale des conservateurs systématisés, jusqu'à leur fusion finale parmi les positivistes, qui seuls aujourd'hui peuvent dignement servir l'ordre et le progrès.

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