PREMIÈRE PARTIE
dont l'ensemble suffit aux hommes d'État qui, sans être maintenant convertis à la religion positive, peuvent déjà sentir son aptitude à terminer la révolution moderne. Mais, malgré l'évidence de chacune d'elles et leur consolidation mutuelle, leur explication abstraite exige le complément qui va résulter de leur application combinée aux trois degrés de l'existence humaine, d'abord personnelle, puis privée, enfin publique.
H° Appréciation e**erète.
Dans le développement ordinaire de la société , le public assiste spontanément ses guides , parce que la marche s'accomplit sous une impulsion unanimement sentie. Mais les difficultés propres aux temps de transition se trouvent naturellement aggravées par la résistance, passive ou même active, de la masse sociale aux âmes d'élite qui seules comprennent alors l'ensemble des besoins humains. Quand il faut modifier ou renouveler la doctrine fondamentale, les générations sacrifiées au milieu desquelles s'opère la transformation y demeurent essentiellement étrangères et souvent y deviennent directement hostiles. Leur masse ne participe à la marche générale de l'humanité que par l'élaboration, toujours nécessaire, du trésor matériel ; loin de seconder l'essor intellectuel et moral , elle entrave les efforts exceptionnels qui s'y vouent. Cette situation oblige les dignes serviteurs du Grand-Être à s'affranchir spécialement des influences contemporaines, en contemplant l'avenir qu'ils préparent et le passé qui les soutient.
Adaptées aux transitions quelconques, ces dispositions sont surtout propres à la phase actuelle de la grande crise
où devait aboutir la révolution occidentale. La rénovation vers laquelle tend l'ensemble du mouvement moderne constitue la plus profonde transformation de notre espèce, dont l'état normal s'y doit directement instituer, d'après l'entier accomplissement de l'initiation nécessaire. Pendant la génération qui vient définir, la doctrine destinée à guider cette reconstruction fut pleinement élaborée, en fondant , sur l'explication du passé , la conception de l'avenir et l'appréciation du présent. Tandis qu'elle se développe et se propage, les hommes d'État y peuvent déjà puiser les moyens de seconder la réorganisation universelle en surmontant l'orageuse fluctuation d'un milieu dominé par des habitudes rétrogrades et des tendances anarchiques. Mais ils ne sauraient ainsi concourir à la construction qui doit seule caractériser un siècle exceptionnel qu'en se rendant assez familière l'existence finale dont il accomplira l'installation.
En considérant d'abord l'ensemble de l'état normal * on peut aisément reconnaître que la religion positive s'y trouve complètement adaptée. Car, le sentiment, l'intelligence , et l'activité doivent simultanément recevoir un essor continu, jusqu'alors impossible, (en se vouant au service direct de l'Humanité, seule base inaltérable de consécration et de discipline. L'unité fondée sur l'union trouve la source et le but de toute digne vie, individuelle ou collective, dans le concours permanent qu'exigent la conservation et le développement du Grand- Etre qui préside au perfectionnement universel, doftt il offre le meilleur type. D'après sa nature relative, la suprême existence est directement préservée des contradictions insurmontables que présentait l'omnipotence divine. Néanmoins, sa prépondérance nécessaire n'est pas plus
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contestable que sa réalité directe» A mesure que l'Humanité se développe , chacun de ses trois éléments eollectifs exerce un ascendant croissant sur tous ses serviteurs : la Priorité nous dominé mieux, l'homme dépend davantage du Public , et nous gommes plue liés à la Postérité. Sous ce triple empire, la loi du devoir et celle du bonheur coïncident spontanément, parce que tous deux consistent h vivre ptittr àUtrUi> d'après l'essor continu qui devient ainsi propre aui instincts sympathiques, seuls susceptibles de prépondérance finale , malgré leur infériorité primitive*
Le culte» complété par Fart, se développe et ëe purifie en exprimant la gratitude et la vénération dues à la suprématie d'où dérivent toujours les matériaux et les procédés des opérations humaines. En adorant la source directe de tous nos biens, nous devons aussi glorifier son siège nécessaire j que l'incorporation du fétichisme au positivisme nous permettra d'hôhorer dignement, en idéalisant la Téi¥e et àes annexes célestes , de manière à réparer l'ingratitude croissante du théofogismë. Mais notre reconnaissance ne saurait être complète qu'en pas* sant du oonoret à l'abstrait * poufr s'étendre jusqu'à la fatalité modifiable qui domine à la foie le Monde et l'Humanité» Sa suprématie nécessaire, que Tégoïsme et l'a-* veuglemeflt théologique rious détournaient d'honorer^ doit naturellement obtenir de digries hommages dans la sociolâtrie, fcomme fournissant, même d'après son immuabilité, la première base de toute notre existence. C'est seulement ainsi que le culte se trouve en pleine harmonie aVec le dogme et le régime; directement voués à l'ordre universel* pour l'aplprëciëret l'améliorer* Dans oe double complément du cul te fondamental ? la recon^
naissance et la soumission sont simultanément développées, d'après les réactions normales de l'expression sur l'impression. Il nous fait naturellement apprécier les meilleurs types d'une régularité que la providence systématique étendra jusqu'à l'ordre le plus complexe, pour réparer les imperfections spontanées de l'économie universelle.
Je dois maintenant signaler l'aptitude spéciale de la religion positive envers chacun des trois degrés de l'existence humaine. Cette seconde moitié de mon exposition générale de la doctrine propre aux vrais conservateurs est surtout destinée à faire convenablement sentir ce que la régénération finale offre d'immédiatement réalisable. La transition organique doit toujours s'accomplir d'après les mêmes influences que développera l'état normal, leur essor actuel étant à la fois moins régulier et plus intense. Existence Quoique directement sociale, la religion positive ne personnelle, discipline l'individualité qu'en la consacrant, comme siège nécessaire du service objectif de l'Humanité, dont chaque fonction , malgré sa nature collective , ne peut jamais s'accomplir que d'après une concentration personnelle. L'existence du Grand-Être n'exige pas moins Tindépendance que le concours chez tous ses serviteurs directs ; sa supériorité cesserait aussitôt que ses organes deviendraient inséparables. Ses meilleurs attributs supposent une harmonie toujours volontaire, d'oii résultent à la fois l'ordre par l'amour et le progrès d'après la liberté. Mais, réciproquement, la pleine consécration de Thomme au service continu de l'Humanité procure à l'individu la consistance et la dignité qu'il chercha vai-' nement dans un céleste isolement. Pour faire vraiment prévaloir la sociabilité , la religion positive accorde à la
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