PREMIÈRE PARTIE
Mais, outre qu'on pourrait l'appeler Priorité, l'ensemble des prédécesseurs devenant le principal objet du culte universel , il se trouve dispensé d'un nom distinct , pouvant toujours rester désigné, sans confusion, comme le Grand-Être dont il forme, de plus en plus, la base nécessaire.
L'avènement de ce principe résume et termine l'initiation humaine , puisque sa construction suppose et représente l'épuisement, intellectuel et social, du régime préparatoire; la tutelle fictive devait spontanément s'éteindre aussitôt que sa nature et sa destination seraient systématiquement appréciées. Toutes les populations actuelles aspirent, plus ou moins, à développer l'amour universel d'après une activité pacifique guidée par une foi démontrable , en regardant comme dégradantes les croyances chimériques et les impulsions destructives qui durent provisoirement prévaloir. Quoique la régénération finale doive spécialement commencer en Occident, et même chez le peuple central, son accomplissement constitue , sur l'ensemble de la planète humaine, l'unique issue de l'orageuse stagnation partout résultée de l'épuisement radical des divers modes du régime préliminaire.
Intellectuellement considéré, le principe universel présente directement les propriétés, esthétiques et théoriques, qu'exige sa destination fondamentale. Érigeant l'amour en source continue de la suprême existence, il subordonne à l'essor aff'ectif l'évolution spéculative et même active, de manière à constituer la véritable unité. Consacrant le caractère subjectif que le fétichisme dut spontanément imprimer à la synthèse humaine, il y substitue le relatif à l'absolu, d'après un irrévocable remplacement du type individuel par le type collectif.
en écartant à jamais la systématisation objective vainement poursuivie sous le théologisme. Devenant inséparable du culte, l'art s'élève au-dessus de la science, comme mieux apte à seconder le développement de l'unité réelle, en idéalisant l'avenir et le passé dont la combinaison doit de plus en plus dominer l'existence humaine. Mais en restreignant l'essor théorique autant que l'exige sa destination normale, le principe positiviste lui procure une incomparable consécration en le vouant à l'étude de l'ordre universel, tant extérieur qu'intérieur, que le Grand-Etre résume et perfectionne.
Quelle que soit l'importance de la discipline spéculative que l'Humanité vient ainsi fonder au milieu d'une anarchie essentiellement intellectuelle, je dois ici faire davantage sentir l'efficacité sociale, d'abord morale, puis politique, de la foi régénératrice, dont un tel service peut mieux caractériser l'urgence.
Attaquant, à sa vraie source, la révolution moderne, elle institue, plus qu'au moyen âge, la culture du sentiment, graduellement effacée sous l'essor désordonné de l'inteUigence et de l'activité. Cette reconstruction s'y trouve préservée de toute mysticité, parce qu'elle est toujours rapportée au développement direct de la discipline humaine. Le progrès final étant ainsi conçu comme devant surtout régler des forces déjà surgies, sa conciliation avec l'ordre normal ressort aussitôt d'un tel régime, qui dissipe autant la rétrogradation que l'anarchie, en satisfaisant mieux que chacune d'elles à la destination correspondante.
Politiquement envisagé, le principe de l'Humanité fournit à des pouvoirs empiriques, tant privés que publics, la consécration et le régulateur qui leur manquent.
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