‹ Appel aux conservateurs [microform]Chapitre 22 sur 53 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

cas, où l'insuffisance i3pontanée concerne davantage l'énergie que la tendresse; sans altérer le type principal, on se borne alors à changer le sexe des deux autres.

Un tel culte est éminemment esthétique , puisque l'idéalisation s'y pousse jusqu'à l'évocation subjective, de manière à faciliter l'essor d'une religion qui nous fait habituellement vivre avec ceux que nous ne pouvons voir. Mais cette aptitude ne saurait aucunement altérer l'efficacité théorique de la prière positiviste , où la commémoration suivie d'effusion ne peut atteindre son but normal que d'après un respect continu pour les lois qui lient l'ordre moral à l'ordre intellectuel et même à l'ordre physique. C'est ainsi que l'indivisibilité de la synthèse universelle se trouve profondément sentie, de manière à faire chérir la discipUne involontaire sur laquelle doit toujours reposer la règle volontaire; toute consistance est interdite aux sentiments qui ne sont point assistés par des convictions. En même temps , la connexité directe entre la spéculation, l'affection, et l'action nous devient assez familière pour éviter également l'empirisme et le mysticisme, en représentant la foi, l'amour, et l'activité comme devant se stimuler et se régler mutuellement. Ayant ainsi lié le dogme et le régime à notre culte le plus cher, nous pouvons toujours prévenir l'arbitraire, en suppléant, par le sentiment, à la fréquente insuffisance des motifs théoriques et pratiques. L'intime adoration nous fait habituellement reconnaître que l'imperfection de notre nature nous expose sans cesse à la domination des instincts les moins disciplinables et les plus contraires au bonheur comme au devoir. Nous sommes ainsi conduits à sentir que notre existence ne peut acquérir une vraie consistance qu'en appliquant à tous

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ses modes la double liaison qu'indique le mot religion, au dedans par l'amour, au dehors par la foi. Vie privée. Puisque le positivisme surpasse le théologisme pour la morale personnelle, seule directement accessible à la synthèse absolue, sa supériorité demande peu d'explications envers la famille, source nécessaire et continue de l'essor sympathique sur lequel repose la systématisation universelle. Non moins liée à la vie individuelle qu'à la vie collective, l'existence domestique constitue l'unique base de la subordination de l'égoïsme à l'altruisme. Quoique surtout propre à développer l'attachement, elle procure à la vénération, et même à la bonté , la culture fondamentale sans laquelle l'amour universel serait toujours illusoire et deviendrait souvent perturbateur.

Mais, le positivisme ne consacre la Famille qu'en la discipHnant, d'après sa subordination à l'Humanité par Tentremise de la Patrie. Outre la célébration propre à l'existence domestique dans le culte général du Grand- Etre, il institue pour elle un culte spécial, où toutes ses phases normales sont autant réglées que sanctifiées par les neuf sacrements sociaux. Je dois ici me borner à signaler le triple aspect sous lequel la religion de l'Humanité développe et consolide l'association élémentaire où surgit la séparation nécessaire entre le conseil et le commandement.

Normalement érigée en centre fondamental de la famille, la femme exerce, au sanctuaire domestique, deux offices sociaux , en perfectionnant le serviteur actuel et préparant le serviteur futur du Grand-Être dont elle offre à chacun d'eux la meilleure personnification.

Sous le premier aspect, le positivisme consolide et développe l'union conjugale en complétant l'institution de

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