‹ Appel aux conservateurs [microform]Chapitre 34 sur 53 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

relative, l'esprit populaire subira sans effort l'ascendant organique du principe de l'Humanité, qui bientôt dissipera l'absolutisme démagogique. Tendant à développer la généralité des pensées et la générosité des sentiments, l'existence prolétaire est la plus propre à faire dignement

apprécier le Grand-Etre, qui condense et consacre toutes les saines aspirations, puisque sa nature ne comporte que de dignes éléments préalablement épurés. En comparant la Priorité, le Public , et la Postérité, qui composent la trinité positive , le groupe le plus imparfait s'y relève d'après sa subordination nécessaire aux deux extrêmes, d'où dérivent la base et le but de sa propre activité. Malgré sa moindre perfection, l'être moyen participe à l'épuration caractéristique; il n'admet que les dignes membres de la population objective, et les range selon leur vraie valeur ; dans les temps exceptionnels , la liaison de l'avenir au passé pourrait se concentrer chez une seule âme. La notion du Public, directement subordonnée à celle de l'Humanité, suffirait pour surmonter le dogme de la souveraineté populaire. Bientôt les vrais partisans du progrès social reconnaîtront que l'insurrection des vivants contre l'ensemble des morts est contradictoire avec la digne préparation d'un avenir qui suppose le passé. Même il suffit d'invoquer l'origine historique du prolétariat moderne pour faire convenablement sentir, dans le cas le plus décisif et le plus difficile, la corrélation nécessaire entre les deux éléments de la population subjective.

On ne doit pas craindre que l'avènement du principe de l'Humanité trouve, dans les âmes populaires, le grave obstacle qui résulte, chez les lettrés, de l'éducation métaphysique et de l'individualisme protestant ou sceptique.

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Les esprits mal cultivés , quand le cœur est peu développé , sont aujourd'hui disposés à qualifier d'entité la conception du Grand-Être, faute d'avoir assez élaboré le point de vue collectif, interdit à la synthèse absolue. Mais les prolétaires, outre leur aptitude spéciale envers la préparation générale que fournissent la Famille et la Patrie, sont directement poussés vers l'Humanité par l'homogénéité naturelle de leur existence sociale, qui déjà surmonte les diversités nationales.

Si leur esprit doit profondément accueillir la philosophie positive, le cœur les dispose naturellement à la morale correspondante, tant privée que publique, où l'ensemble de leurs aspirations se trouve irrévocablement systématisé. La religion de l'Humanité représente la régénération finale comme consistant à régler les forces spontanément résultées de l'évolution préparatoire. Cette appréciation sera facilement adoptée par ceux qui, souffrant le plus du mauvais emploi des moyens de tout genre, sont aussi les moins responsables d'un tel abus. Ils pourront bientôt sentir la connexité nécessaire, qui ne répugne qu'aux lettrés, entre la discipline et la consécration. Plus aptes que leurs chefs, tant spirituels que temporels, à développer la culture sympathique, qui lie le bonheur au perfectionnement, les prolétaires reconnaîtront, sous l'impulsion féminine , les avantages de la soumission et d'une digne irresponsabilité, seules garanties du plein essor de la vie domestique. Représentant la consolidation de la famille chez les travailleurs comme la meilleure base de l'ordre public , la religion positive dirigera la sollicitude civique des entrepreneurs vers une telle destination, à la fois individuelle et collective. Dès lors, elle disposera les prolétaires à respecter, et même

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