‹ Appel aux conservateurs [microform]Chapitre 37 sur 53 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

tj

liber téd' exposition et même de discussion, depuis que les dangers qu'elle suscite en un temps d'anarchie mentale et morale peuvent être assez surmontés par le pouvoir spirituel, d'après une doctrine complète et décisive. Quoique le sacerdoce positif reste encore réduit à son fondateur, il peut déjà remplir un office dont les conditions fondamentales sont entièrement satisfaites. Son extension doit naturellement résulter du développement de ce service, qui suppose le libre cours de la maladie, essentiellement intellectuelle, que la religion universelle est maintenant destinée à guérir, pour inaugurer le règne de l'Humanité. Toutes les divagations théoriques doivent pouvoir se produire sans obstacles, sauf la répression spéciale des perturbations pratiques qu'elles susciteraient. Mieux on apprécie le besoin d'une discipline spirituelle, plus on doit sentir l'importance d'une liberté nécessaire à son avènement, soit pour ôter aux anarchistes le prestige de la persécution, soit afin de prouver au peuple que les bases de la société ne redoutent aucun examen.

Une telle condition ne sera bien remplie qu'en réduisant toute la police de la presse à la stricte obligation de àigner un écrit quelconque, plus l'indication du domicile de l'auteur, avec la date et le lieu de sa naissance. La responsabilité personnelle n'étant jamais contestable, -la législation peut être sévère contre quiconque voudrait Téluder; malgré l'anarchie actuelle, les mœurs occidentales, surtout chez les prolétaires, seconderont toujours, à cet égard, la sollicitude officielle.

Pour compléter l'installation de la liberté spirituelle, sans laquelle la révolution moderne ne saurait se terminer, il faut que les conservateurs ôtent autant aux onto-

logistes qu'aux théologistes la présidence de l'éducation universelle, en supprimant tout budget théorique. Quoique celui du catholicisme soit le plus onéreux, il n'est pas le plus nuisible ; son abolition, d-dessus motivée, serait non moins insuffisante qu'injuste, si les métaphysiciens, et même les savants, gardaient leurs subventions officielles. Le dernier chapitre de ma Politique positive exjiliqae Tensemble des mesures qu'exige la triple émancipation, soit pour indemniser les personnes, soit afin de remplacer les services, suivant les modes propres à la transition organique. Si le sacerdoce apte à terminer la révolution doit longtemps rester dépourvu de tout subside officiel, les doctrines qui tendent à la perpétuer ne sauraient conserver leurs budgets sans une inconséquence aussi nuisible à l'ordre qu'au progrès, li faut espérer que les hommes d'État sentiront bientôt Ja contradiction qu'ils présentent quand ils déplorent l'influence des lettrés, tout en protégeant des classes que la liberté rendrait bientôt impuissantes. Je ne dois pas négliger d'étendre spécialement cette appréciation jusqu'aux corporations scientifiques, dont le budget, quoique le moins dispendieux, est, au fond, le plus pernicieux, parce qu'il entretient une dégénération directement nuisible à la source théorique de la réorganisation occidentale. Également anarchiques et rétrogrades, ces corps, heureusement détruits par l'ébranlement fran- ^ çais, ont assez prouvé, depuis leur restauration, combien fut sage, quoique empirique, leur première abolition , quand ils avaient déjà rempli leur office passager.

Je n'aurais point assez caractérisé la conduite des Dispositions

,,,,.. . , spéciales.

conservateurs envers les révolutionnaires si son appréciation générale n'était pas suivie, comme pour les ré-

fi.

^* APPEt AUX CONSERVATEURS.

trogrades, de l'indication des dispositions spéciales qui doivent compléter une telle politique. Les deux modes connexes de ce complément exigent d'abord une commune explication, quant à la modification nécessaire du , vote universel qui constitue la consécration officielle de la maladie occidentale. Quoiqu'il importe de restreindre, autant que possible, un usage toujours subversif il ne saurait entièrem'ent cesser que quand la réorganisation spirituelle aura transformé l'état anormal dont il fournit le symptôme légal.

Néanmoins, sans attendre l'avènement direct de la sociocratie, on peut maintenant faciliter la préparation qu 11 exige en apportant au vote deux modifications générales, qui seront bientôt acceptées par tous les dignes démocrates. La première consiste dans l'entière publicité des suffrages, afin d'assurer une responsabilité que les âmes corrompues ou timides peuvent seules refuser. Secondement, il faut autoriser la libre délégation de chaque vote, pour que l'influence officielle se proportionne à l'ascendant réel.

- La moralité des sufi-rages et leur concentration graduelle étant ainsi garanties, l'état démocratique se trouvera bientôt modifié de manière à permettre les deux développements connexes qui doivent caractériser la conduite des conservateurs envers les révolutionnaires. 1- Système d'épuration. Dès son] début, au quatorzième siècle, la révolution occidentale fit spontanément surgir une distinction, de plus en plus marquée dans tout son cours, entre les deux écoles qui concoururent au mouvement moderne, l'une par la liberté, l'autre pour 1 égalité. Leur incompatibilité se trouva dissimulée tant que le progrès politique dut surtout consister à dé-

Page 1